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    L'ounanien

    L'industrie ounanienne s'insère chronologiquement à la fin du Pléistocène et au début de l'Holocène (10 000–7 000 BCE), après le hiatus aride de l’Ogolien séparant l'Atérien des cultures holocènes. L'émergence et la dispersion de l'Ounanien coïncident avec la réactivation des réseaux fluviatiles et paléolacustres au début du grand humide africain vers 11 500–10 000 BCE. Les corridors de drainage reliant les massifs centraux du Sahara (Aïr, Hoggar) aux dépressions endoréiques (Ighazer, Azawad, Ténéré) ont favorisé une mosaïque d'écosystèmes de savanes ouvertes et de zones humides idéales pour le grand gibier et, par conséquent, pour la mobilité stratégique des communautés de chasseurs-cueilleurs.

    Définie par l'Abbé Breuil en 1930 à partir d'une industrie de l'ouest saharien identifiée près du puits d'Ounan (au sud de Taoudeni, nord du Mali), la pointe d'Ounan est une lame appointée présentant à sa base une longue barbelure unilatérale. Cet outil morphologiquement caractéristique, à la fonction exacte encore discutée mais interprété comme une armature de projectile particulièrement fragile, ne suffit pas à lui seul à définir un ensemble culturel uniforme.

    Sa répartition géographique est relativement vaste, de l’Égypte et la Nubie aux massifs centraux du Sahara, Fezzan, Aïr, et de manière plus parcimonieuse au Sahara algérien et malien plus récents chronologiquement, suggérant une diffusion est-ouest et en faisant un marqueur des déplacements et contacts transsahariens (Vernet 2014). Cet instrument est peu connu au Maghreb (Amara 2013), on en retrouve de manière anecdotique dans un Capsien ancien du Maghreb (Camps 1974).

    Sur le plan techno-typologique, la pointe d'Ounan se caractérise par une retouche directe ou abrupte dégageant un pédoncule dissymétrique ou une barbelure unilatérale à la base d'une lame ou lamelle standardisée. L'analyse des stigmates d'impacts distaux observés sur les échantillons du Sahara méridional renforce l'hypothèse d'une utilisation préférentielle comme armature d'extrémité de projectiles légers tirés à l'arc (Paris 1996). Les pointes servaient donc vraisemblablement d'armatures pour la chasse au gros gibier, marquant l'introduction probable de la chasse à l'arc en Afrique de l'Ouest. Cette innovation technique aurait offert une portée et un pouvoir vulnérant supérieurs, permettant d'évincer progressivement les utilisateurs de lances.

    Cette industrie montre néanmoins des variations typologiques régionales. Si les pièces sahariennes et maghrébines montrent une forme effilée spécifique, les pointes dites d'« Ounan-Harif » recensées dans la vallée du Nil (Égypte, Nubie, Nabta Playa, Bir Kiseiba lors de la phase El Jerar vers 7800–7300 BCE) sont plus courtes, plus larges et présentent une extrémité distale retouchée, suggérant des affinités morphologiques avec le Proche-Orient sans que le lien de filiation direct avec le Sahara central ne soit totalement établi (Riemer et al. 2004 ; Gallay 2020). Au Maghreb, la pointe d'Ounan reste très anecdotique (présente sporadiquement dans le Capsien ancien) et n'a pas connu de développement ultérieur (Camps 1974 ; Amara 2013).

    Dans le Sahara central libyen (Fezzan), l'Ounanien trouve un pendant chronologique dans l'Épipaléolithique Early Acacus (9800–8800 BCE), également caractérisé par des campements temporaires de chasseurs-cueilleurs très mobiles exploitant la faune sauvage avant l'apparition du pastoralisme (Di Lernia 2012). Toutefois, contrairement au faciès d'Acacus, l'Ounanien saharien se distingue par la morphologie exclusive de ses armatures pédonculées et une présence plus précoce d'éléments céramiques dans ses faciès méridionaux.

    Selon les auteurs et les contextes, l'Ounanien est qualifié d'Épipaléolithique ou de Néolithique ancien. L'association fréquente des pointes d'Ounan avec du matériel de broyage (meules et molettes) et les premières productions céramiques témoigne d'une transition précoce vers l'économie de production ou la collecte intensive de végétaux (Amara 2013 ; Gallay 2020).


    Les sites du Niger

    Au Niger, l'industrie ounanienne occupe une position charnière au pourtour des massifs montagneux et dans les bassins sédimentaires (Aïr, Ténéré du Tafassasset, vallée de l'Azawagh, Gobero, Termit). Son cadre stratigraphique et chronologique a fait l'objet de débats académiques.

    Dans le massif de l'Aïr et Ténéré, on recense des pointes d’Ounan sur les sites d’Adrar Bous, Mont Gréboun, Temet, Tagalagal, Tin Ouaffadene, Rocher Toubeau. Les occupations sont datées entre le Xᵉ et le VIIIᵉ millénaire avant notre ère, notamment à Temet, Adrar Bous 10 et Tagalagal (Roset 1983 ; Durand 1995).

    Pour J.P. Roset, les séries d'Adrar Bous, Temet et Tagalagal doivent être requalifiées en Néolithique ancien, car les pointes d'Ounan y sont associées en stratigraphie à une céramique diversifiée, un matériel de broyage et un outillage géométrique sur microlithes. À l'inverse, J. D. Clark et A. B. Smith considèrent l'Épipaléolithique d'Adrar Bous-Gréboun comme un faciès autonome, non microlithique, sur lames, dépourvu de poterie et d'outils en os, précédant nettement le Kiffien et le Ténéréen néolithiques (Clark 2008). Clark interprète ces gisements comme des campements de courte durée, hautement spécialisés pour la chasse au gros gibier au bord des paléolacs. Des pointes d'Ounan persistent néanmoins au sein de faciès néolithiques Ténéréens ultérieurs (Camps 1974 ; Clark 2008). Les découvertes d'Ounjougou au Mali (Huysecom 2020) démontrant l'existence d'une céramique d'invention autochtone dès 9400 BCE soutiennent l'hypothèse de Roset selon laquelle des récipients en terre cuite ont pu être adoptés par des groupes d'inventeurs ou d'utilisateurs de pointes d'Ounan au Niger dès le IXᵉ millénaire BCE, sans que cela n'implique d'emblée une économie pastorale.

    Dans la vallée de l'Azawagh, les sites de Tamaya Mellet, Takene Bawat recense des pointes d’Ounan. Ils livrent des datations du IXᵉ millénaire BCE (Bernus et al. 1999). À Tamaya Mellet et dans l'Azawagh, la présence des pointes d'Ounan apparaît inversement proportionnelle à celle des autres armatures de flèches, s'intégrant dans un Néolithique ancien encore pauvre en céramique (Issaka Maga 1993). Dans les vallées maliennes descendants du massif des Ifoghas, en rive droite du haut Tilemsi (Kreb in Karoua), l'abondance des lamelles à bord abattu confirme une occupation épipaléolithique synchrone, bien que difficile à dater précisément (Dupuy 2022).

    À Gobero, au sud-ouest de l’Aïr, des artefacts ounaniens se trouvent à la base de la séquence paléodunaire (14000–7700 BCE). L'absence de structures funéraires dans ce niveau stratigraphique peut traduire le passage transitoire de groupes de chasseurs-cueilleurs avant l'implantation des premières sépultures (Sereno et al. 2008).

    Encore plus au sud, dans le massif de Termit, des niveaux contemporains ont livré des haches polies et des plaquettes à encoches latérales (possibles houes), suggérant l'émergence précoce d'une économie proto-agricole (Quéchon 1995), mais sans pointes d’Ounan, amenant ainsi pour cette période une possible limite méridionale.


    Les implications dans les migrations et le peuplement au début de l'Holocène

    La vaste répartition géographique de la pointe d'Ounan en fait un marqueur privilégié pour restituer les réseaux de contact, les voies de migration et les dynamiques de repeuplement du Sahara au début de l'optimum climatique holocène.

    Selon Vernet (2014), le dégradé chronologique des faciès ounaniens (dont les dates semblent plus anciennes à l'est qu'à l'ouest) témoigne d'une diffusion d'est en ouest et matérialise le premier peuplement holocène du désert.

    La continuité typologique entre l'Aïr oriental, la vallée de l'Azawagh et le Sahara malien indique l'existence de corridors de mobilité contournant le bassin de l'Ighazer par le nord ou le sud. De plus, certains traits technologiques (comme le débitage bipolaire ou la technique du microburin) suggèrent des connexions matérielles avec les zones subsahariennes (Clark et Brooks 2018).

    Blench (2006) propose un modèle corrélant l'expansion des industries à pointes d'Ounan au Sahara malien et nigérien (9500–5000 BCE) avec l'émergence et la dispersion des locuteurs du proto-Niger-Congo. L'adoption de l'arc — que peut attester la reconstruction linguistique précoce des mots « arc » et « flèche » dans le phylum — aurait conféré à ces groupes une suprématie technique et démographique sur les populations résiduelles munies de lances. Pour Blench, le berceau des langues Niger-Congo se situerait ainsi dans ces ensembles épipaléolithiques du Sahara malien vers 12000–9500 BCE.

    Ce modèle linguistique fait toutefois l'objet de réserves (Gallin 2009 ; Gallay 2020). À Ounjougou (Pays dogon, Mali), l'apparition précoce de la céramique et d'une industrie lithique à pointes bifaciales dès le Xᵉ millénaire BCE, associée à une collecte sélective de graminées, intervient à une époque où le proto-Niger-Congo était vraisemblablement déjà scindé entre ses branches Atlantique et Bénoué-Congo (cité par Gallay 2020).

    Un modèle d'adaptation environnementale bimodal a également été proposé par Drake et Blench (Drake et al. 2010), dans lequel les données ounaniennes s'insèrent dans le schéma global de repeuplement du Sahara, qui distingue deux vagues humaines adaptées à des niches écologiques différenciées. Des groupes exploiteurs des milieux aquatiques et lacustres, utilisateurs de pointes en os et d'hameçons, associés au phylum Nilo-Saharien et porteur d’un décor de céramique dit en « vague » ou « vague pointillé ». Des chasseurs terrestres de savane exploitant l'arrière-pays au moyen de l'arc et des pointes d'Ounan avec comme origine donc la boucle du Niger associé au phylum Niger-Congo.

    En définitive, si l'industrie à pointes d'Ounan constitue un jalon archéologique central du repeuplement holocène, des recherches complémentaires demeurent nécessaires pour affiner sa caractérisation technologique, sa chronologie fine et l'étendue exacte de ses réseaux de diffusion (Gallin 2009).


    La céramique à décor de vague

    La poterie à lignes ondulées et à lignes ondulées pointillées apparaît au huitième millénaire avant notre ère dans la vallée du Nil et s'étend jusqu'à l'ouest du Sénégal, dans le Sahara occidental, en association avec une économie lacustre fondée sur les mammifères aquatiques et les poissons. Les hommes étaient des chasseurs-cueilleurs et la culture matérielle associée à leur économie, outre la poterie, se compose principalement d’équipements de chasse tels que des pointes de flèches, des harpons en os et des microlithes (Mohamed-Ali et Khabir 2003).

    D’un point de vue chronologique, il semble que les datations radiométriques globales des premières céramiques de la vallée centrale du Nil concordent généralement avec celles de leurs homologues de la ceinture Sahara-Sahel, datées du VIIIe au VIe millénaire BCE. Dans ce cadre chronologique, la poterie à lignes ondulées pointillées est apparue plus tôt dans la ceinture Sahara-Sahel que dans la vallée du Nil où, a contrario, les lignes ondulées sont plus anciennes (Mohamed-Ali et Khabir 2003).

    La nature disparate des sites qui renferme ce motif de céramique affaiblit l’hypothèse d’une aire culturelle homogène. Néanmoins, certains chercheurs ont estimé que les décorations à lignes ondulées et à lignes ondulées pointillées sur une série de sites répartis dans de si vastes zones pourrait indiquer la présence d’une aire culturelle s’étendant du Sénégal à la mer Rouge.

     


    Références

    Amara I. 2013 – « Ounanien – Pointe d’Ounan » in « Encyclopédie berbère », Editions Peeters, volume. 36, p. 5977‑5979.
    Bernus E., Cressier P., Paris F., Durand A., Saliège J.-F. 1999 – Vallée de l’Azawagh, Études Nigériennes no 57, SEPIA, 422 p.
    Blench R. 2006 – Archaeology, language, and the African past, Lanham, MD, Etats-Unis d’Amérique, AltaMira Press.
    Camps G. 1974 – Les civilisations préhistoriques de l’Afrique du Nord et du Sahara, Paris, France, Doin, 366 p.
    Clark J.D. 2008 – Adrar Bous: archeology of a central saharan granitic ring complex in Niger, Tervuren, Belgique, Royal museum for central Africa, 403 p.
    Clark J., Brooks N. 2018 – The Archaeology of Western Sahara : A Synthesis of Fieldwork, 2002 to 2009, Oxbow Books, 256 p.
    Di Lernia S. 2012 – The emergence and spread of herding in Northern Africa: A critical reappraisal, p. 523‑536.
    Drake N., Blench R., Armitage S., Bristow C., White K.H. 2010 – Ancient watercourses and biogeography of the Sahara explain the peopling of the desert, Proceedings of the National Academy of Sciences, 108, p. 458‑462.
    Dupuy C. 2022 – Le Tilemsi et ses abords de la préhistoire à nos jours, in Les sociétés humaines face au changement climatique, Archaeopress Archaeology, volume. 22, p. 224‑256.
    Durand A. 1995 – Sédiments quaternaires et changements climatiques au Sahara central (Niger et Tchad), Africa Geoscience review, 2 (3‑4), p. 323‑614.
    Gallay A. 2020 – Pour une histoire des peuplements pré- et protohistoriques du Sahel, Afrique : Archéologie & Arts, (16), p. 43‑76.
    Gallin A. 2009 – Clark, Desmond J. et Gifford-Gonzalez, Diane (eds), 2008, Adrar Bous : Archaeology of a Central Saharan Granitic Ring Complex in Niger, Journal des Africanistes, 79 (2), p. 408‑410.
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    Issaka Maga A. 1993 – Le néolithique de l’Azawagh oriental (Niger) : étude de quelques collections des gisements sahariens de surface, Tome 1, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, inédit, 359 p.
    Mohamed-Ali A., Khabir A.-R. 2003 – The Wavy Line and the Dotted Wavy Line Pottery in the Prehistory of the Central Nile and the Sahara-Sahel Belt, African Archaeological Review, 20 (1), p. 25‑58.
    Paris F. 1996 – Les sépultures du Sahara nigérien du néolithique à l’islamisation, Études et Thèses, ORSTOM, 376 + 621 p.
    Quéchon G. 1995 – La fin du néolithique et les débuts de la métallurgie dans le massif de Termit (Niger) : éléments de méthodologie, Paris, Hommes et Sociétés, Paris, ORSTOM, p. 303‑312.
    Riemer H., Kindermann K., Eickelkamp S. 2004 – Dating and production technique of Ounan points in the Eastern Sahara. New Archaeological evidence from Abu Tartur, Western Desert of Egypt., Nyame Akuma, 61, p. 10‑16.
    Roset J.-P. 1983 – Nouvelles données sur le problème de la néolithisation du Sahara méridional : Aïr et Ténéré, au Niger, Cahiers ORSTOM Série Géologie, 13 (2), p. 119‑142.
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    Vernet R. 2014 – Les marges préhistoriques du nord-est de la Mauritanie : le Tiris et le Zemmour, Cahiers de l’AARS, 17, p. 185‑223.