Les Iberkoreyan

Les Iberkoreyan sont des berbères maraboutiques ou Ineslemen, ce sont donc des lettrés, ils lisent et écrivent la langue du prophète. D’ailleurs, les trois principales composantes de ce groupe ont leurs marques de propriété, apposées sur les animaux mais aussi les objets du quotidien, qui forment le nom de Mohamed, M-HD-D, Ayttawari (mim), Icheriffen (taghamimt), Kel Eghlal (dal) (Bernus 1996).

Étymologiquement Iberkoreyan est la forme berbérisée de « boro koray » qui en Songhay signifie hommes blancs (Nicolas 1938 ; Hamani 1989). C’est un indice important pour matérialiser le contact prononcé qu’il dû y avoir entre ces berbères et les songhayphones, mais aussi qui signale que ce sont sans doute les premiers berbères blancs que croisent les populations songhayphones.

Si les confédérations touarègues sont le résultat de fusion de différents groupes au grès des vicissitudes et autres opportunités politiques ou migratoires, il semble que ce soit le processus inverse qui caractérise les Iberkoreyan, à savoir une dislocation de ce groupe à différentes époques et notamment vers le XVè siècle à Agadez et le XVIIè siècle dans la région d’In Teduq en Azawagh.


Des origines à TigiddaM HD D

Nombre d’auteurs nous signale que les Iberkoreyan sont venus, sinon en même temps, tout juste après les Igdalen, c’est à dire vers la fin du VIIIè début du IXè siècle (Urvoy 1936 ; Séré de Rivières 1965 ; Hama 1967 ; Nicolaisen 1982 ; Hamani 1989 ; Bernus et al. 1999). Même si quelques éléments font penser qu’ils pourraient provenir du Fezzan ou d’Awdjila, d’ailleurs comme nombre de traditions touarègues d’origine, il semble bien que c’est de l’ouest qu’ils seraient issus, tout comme les Igdalen et les Messufa de Tigidda. Norris notamment les faits venir d’Awdjila en compagnie des Messufa et des Illisawan (Bernus et al. 1999), mais nous savons que ces derniers sont issus de la boucle du Niger et des Ifoghas. Il en fait également des Lamta dont on sait qu’ils ont fondé la dynastie songhay des Dia autour de Bentiya-Kukiya courant du VIIè siècle. Les premiers recueils de traditions au début du XXè siècle mentionnent très clairement cette provenance des Ifoghas (Nicolas 1938), venus de la rive droite du Niger pour Jean (Jean 1909).

Le second argument qui nous permet de dire qu’ils proviennent de l’ouest est celui du langage parlé par certaines de leurs tribus les plus importantes comme les Ayttawari Seslem et les Kel Eghlal n’Enniger, dont le parlé, la Tetserret, se rapproche du berbère Zenaga qui se situe au sud-ouest du monde berbère c’est à dire en Mauritanie. La Tetserret est une langue sacrée pour ses locuteurs, langues des anciens Iberkoreyan, elle relève des fonctions historique, politique, religieuse de parenté et de symbolisme. Dans l’état actuel des recherches linguistiques, l’origine de la Tetserret semble plutôt se situer vers le sud-ouest du pays berbère, soit la direction opposée qu’indiquent les différentes traditions et hypothèses des Ayttawari eux-mêmes à propos de l’origine des Iberkoreyan (Walentowitz et Attayoub 2003). Comme la présence des Iberkoreayn est attestée depuis le deuxième millénaire en Ighazer et peut être même dès le VIIIè siècle, leur histoire commune d’avec le Zénaga remonte donc à la deuxième moitié du premier millénaire si ce n’est encore plus avant. L’épicentre de cette rencontre pourrait se situer à l’ouest de la boucle du Niger, qui est la zone de contact la plus occidentale entre les berbères occidentaux et les berbères Touareg. C’est d’ailleurs dans cette région que Boubou Hama a relevé l’existence d’un groupe, les Kel Sinsar parlant la Tetserret (Hama 1967), information qu’il est néanmoins nécessaire de vérifier, ‘sinsar’ serait aussi équivalent à Tetserret. Kel Ansar de Goundam et Zenaga de Mauritanie sont tous des Ineslemen.

Il est donc possible, comme plusieurs auteurs le rapporte, que les Iberkoreyan soit à l’origine un groupe de berbère composé des Igdalen (Hamani 1989) et dont la différenciation se fera plus tard dans l’histoire, comme celles des autres composantes, Ayttawari, Kel Eghlal et Isherifen, dont la plupart des groupes existants encore actuellement seraient issus de l’ouest. L’Adrar est bien entendu cité, mais si l’on regarde la distribution actuelle de ces différents groupes elle suit une latitude qui passe d’Agadez à Gao et même semble-t-il jusque vers Goundam et le terroir des Zenaga. Cette zone d’influence à l’évident avantage d’être une zone de fort contact linguistique d’avec le Bilad al Sudan. Aucun indice fort ne nous permet d’ailleurs de douter que cette zone fut sur une autre latitude, autre que celle qui fait varier la limite naturelle du Sahel septentrional.

Si leur caractère maraboutique ne fait pas de doute dans l’historiographie actuelle, il faut noter que leur présence va devenir semble t-il de plus en plus urbaine et de plus en plus pieuse. Lorsque le royaume de Tigidda émerge on les retrouve à Takadda (Hamani 1989 ; Bernus et Cressier 1992), puis Anisaman et enfin au XVè siècle à Agadez, suivant ainsi le pouvoir central et se mettant dit-on au service des sultans comme homme de cour (Hamani 1989). Il est peut être possible de faire ici un parallèle avec la visite que fit Ibn Battuta au Sultan de Takadda, qui le fit hébergé parmi les Yénathiboun qui sont comme des domestiques. Le terme employé par Ibn Battûta est al-waçfân, qui est un pluriel irrégulier du terme 'waçîf' ou un autre de la même racine qui définit la qualité, la propriété et aussi la description, la louange d'une chose (Simon Pierre, communication personnelle), comme un homme de cour ?


Hommes de cour

iberkoreyanLes Iberkoreyan participent donc à la vie du royaume de Tigidda et porte très certainement les premiers pas de l’Islam en Ighazer tout du moins auprès des élites locales et donc très certainement auprès des Messufa. La question de l’acquisition de cette érudition est toujours entière et méritera de plus amples développement car elle éclairera très certainement encore quelques pans de notre histoire. Durant la période messoufite, on peut donc se convaincre que les Iberkoreyan ont déjà un statut d’Ineslemen et ce sont très certainement les premiers Ineslemen en Ighazer avec les Igdalen.

Enfin, j’évoquerais une citation de Palmer qui mérite une attention particulière qui sera d’ailleurs développée dans mon article sur le domaine de Maranda. Palmer fait des Iberkoreyan une caste sacerdotale des Zaghawa et les assimile d’ailleurs aux Takarkari sans avoir si ce sont les même que ceux qu’Ibn Battuta nous relate dans son expédition en Ighazer. Pour Palmer les Zaghawa seraient les descendants des Garamantes qui occupaient le Fezzan et sans doute plus largement le Sahara central (Palmer 1934). Cette interprétation nous fait remonter encore dans le temps très certainement quelques siècles avant l’avènement de l’Islam, les Garamantes se seraient dispersés du Tibesti à la boucle du Niger ce qui correspond assez bien à la répartition actuelle des Touareg et pourra étayer des scénario sur les évolutions linguistiques des parlés berbères méridionaux.

A la suite de Benedetta Rossi, je remets en question l'affirmation contenue dans les textes de Palmer et dans les Chroniques d’Agadez traduites par Urvoy, selon laquelle les Lisawan, Iberkoreen, Imiskikian et Inoussoufan avaient joué un rôle dans l'établissement du sultanat de l'Aïr, cette série d'ethnonymes a probablement été incluse dans les copies des manuscrits faites au XXe siècle pour valoriser l’histoire de certains au détriment d’autres tribus face aux colonisateurs français et anglais (Rossi 2016).

Au début du deuxième millénaire, les Iberkoreyan semblent bien installés en Ighazer aux côtés des chefferies de Tigidda, ils sont influents sur le centre religieux émergent d’Anissaman et au début du XVè siècle semblent bien s’acclimater du nouveau pouvoir politique naissant en Ighazer à Agadez qu’ils occupent avec les Gobirawa (Walentowitz et Attayoub 2003). Mais au milieu de ce siècle très certainement sous le règne de Illisawan, les Iberkoreyan et leurs alliés Gobirawa et Katsinawa se révoltent et sont expulsés de la cité (Chapelle 1949 ; Hamani 1989). La discorde d’avec le Sultan viendrait de la construction du palais et de la grande mosquée d’Agadez sur une parcelle achetée par les Iteseyan aux Gobirawa (Urvoy 1936 ; Hamani 1989). Un achat de terre n’est pas anodin en Ayar, il matérialise le caractère quasi inaliénable de cette propriété pour ses détenteurs. Cette construction s’apparente à une main mise sur la ville qui rapidement n’est pas acceptée par les autochtones, ce qui va entraîner la révolte des Iberkoreyan et Gobirawa à Agadez relaté par Séré de Rivières vers 1430 (Séré de Rivières 1965 ; Hamani 1989). Palmer va encore plus loin en proposant que les Iteseyan, premier partisan du Sultan d'Ayar, remplacent leurs arrangements d’avec les Gobirawa et Iberkoreyan par le nouveau pouvoir politique qu’ils souhaitent imposer (cité par Rossi 2016). Pour Boubou Hama cela se passe plutôt vers 1450 sous le Sultan Yussuf (Hama 1974), la généalogie officielle du Sultanat plaçant Yussuf vers 1462, Hamani précisant 1470 (Hamani 1989), pour l’heure on retiendra le milieu du XVè siècle pour cet événement ou sa deuxième moitié.


Fondation d’In Teduq

iberkoreyanLa fuite des Iberkoreyan de l’Ighazer se fera par l’ouest, ils fonderont alors les premières installations fixes autour du puits d’In Teduq en Azawagh (Bernus et al. 1999), leurs alliés Gobirawa prenant la direction du sud-ouest où ils sont déjà influents. Les Iberkoreyan garderont une influence au moins sur la partie ouest de l’Ighazer, l’ancienne Takadda dont les populations se sont dispersées fin du XVè siècle, notamment sur Tegidda n’Tesemt et In Gall, mais seront toujours actifs dans la diffusion de l’Islam.

Le fondateur d’In Teduq, qui serait aussi l’ancêtre paternel des Ayttawari, serait Afalawas (Bernus et al. 1999), et on peut noter que ces porteurs d’un islam rigoriste se réfèrent à une paternité plutôt qu’une maternité comme cela est souvent le cas chez les Touareg. Est-ce une construction a posteriori ou de fait, on ne le sait pas, mais il semble d’après les Tarikh recensés par divers auteurs que ce soit le nom d’un érudit venu du Maghreb. C’est également à partir d’In Teduq que la différenciation semble se faire entre Ayttawari et Kel Eghlal.

Dans tous les cas les traditions notent l’influence d’In Teduq sur la sous-région passant par les Tegidda en Ighazer mais aussi plus au sud jusque vers l’Ader où l’on retrouve encore aujourd’hui les Ayttawari. Durant les siècles suivant, il semble que le lutte continue contre le pouvoir central agadézien, mais que de toute évidence In Tedup reste sous protectorat du Sultan d’Agadez.

La tradition note également une bataille près de la vallée de Sekiret à Agalangha contre les Kel Owey vaincus, sans doute au milieu du XVIIè siècle (Bernus et al. 1999). Elle est le fait du nouvel Aménokal des Iberkoreyan, Hadahada de mère Dahushahaq et père Kel Eghlal. Il battit les Kel Owey et les traita en esclave car ils étaient noirs, mais pourtant hommes nobles et libres. Dès lors la rupture d’avec le Sultanat de l’Ayar était consommée et In Teduq pris son indépendance. Mais cette indépendance dirigeait par une caste Ineslemen ne pouvait pas tenir en Azawagh.

L’histoire est incertaine mais il n’est pas improbable qu’à la suite de cette rupture, les tribus Iberkoreyan d’In Teduq s’attachèrent à s’allier avec les Imajeghen Kel Nan des Ifoghas en train de se scinder entre Ouelleminden de l’est et de l’ouest. Sans doute Hadahada s’est-il senti trahi, qu’il détruisit la ville d’In Teduq (Bernus 1989 ; Bernus et al. 1999). La ville est sans doute un terme exagéré car les fouilles faites par les équipes de Bernus ne mirent au jour aucun élément urbain caractéristique, seuls quelques mosquées et un important cimetière encore objet de pèlerinage de nos jours. Ces événements de la destruction d’In Teduq, de la scission des Ouellminden sont aussi à mettre en parallèle de la fin de l’autre centre religieux de l’Ighazer, Anisaman. Ainsi, religion et politique se trouvent étroitement liées en cette fin de XVIIé siècle.

C’est à partir de ce moment que se différencieraient les Ayttawari, les Kel Eghlal et les Isheriffen en Azawagh. C’est aussi à ce moment la fondation de la confédération des Tagaraygarayt qui donne aux Ineslemen Iberkoreyan le droit de porter les armes pour défendre aux côtés des Kel Nan leur territoire d’influence, l’Azawagh. Cette confédération est une alliance entre un pouvoir politique porté par des suzerains Imajeghen, les Kel Nan venus des Ifoghas et les Ineslemen Iberkoreyan qui détiendront le pouvoir religieux et participeront donc à la nomination de l’Aménokal des Ouelleminden Kel Dinnik. Peu à peu, les Kel Eghlal prirent de plus en plus d’importance et gagnèrent l’Imanat détenu jusque là par les Ayttawari. Dès lors l’histoire des Iberkoreyan se confond avec celle des Ouelleminden Kel Dinnik.


Ayttawari, Kel Eghlal, Isheriffen

Aujourd'hui Aberkoray, le singulier de Iberkoreyan à deux significations en Azawagh, celui d’une tribu Ineslemen, guerrier-lettrés organisés. Certains lui attribue aussi une autre connotation à valeur négative par rapport à l'islam (Bernus 1990), montrant leur dédain vis à vis de cette caste sans doute trop entreprenante ces derniers siècles, notamment vis à vis des Imajeghen avec par exemple la prise de pouvoir d’El Jelani qui revendiqua un temps l’aménokalat des Kel Dinnik, affront certain pour les Imajeghen.

Comme évoqué plus haut, les Ayttawari rapportent de part leur tarikh des origines peu en phase avec la réalité linguistique de leur langue, étroitement liée au zenaga de Mauritanie. La situation des Kel Eghlal n’est pas forcément mieux documentée mais on relève dans des traditions rapportée dans les années 40 par Marty (Bernus et al. 1999), des origines avec le Sahara occidental et le Maroc également plus en phase avec les hypothèses de travail que j’ai faite pour les origines des Igdalen, autre groupes Ineslemen de l’Ighazer et de l’Azawagh.

Néanmoins, il semble que les Kel Eghlal n Enninger qui ont un parlé proche de celui des Ayttawari n’appartiennent pas à l’origine au groupe des Kel Eghlal, et ferait peut être parti du groupe des Kel Esaghed, autres tribus maraboutiques, dépendants des Imajeghen Kel Nan venus de l’ouest (Lux 2011).
Enfin, le cas des Isheriffen reste encore mystérieux, à In Gall ils étaient aussi appelés Iberkoreyan (Hamani 1989), il semble que les Isawaghen d’In Gall groupaient tous les Ineslemen sous un même vocable Iberkoreyan, dont les Igdalen et les Isheriffen.

Aujourd’hui, les Iberkoreyan rassembleraient 25 tribus, 5 pour les Ayttawari (Ayttawari Seslem, Ayttawari n’Adrar, Ireznam, Iderfan qui seraient des affranchis et Ikanawan qui seraient des anciens potiers, tous désormais composant le groupe 8 des Ouelleminden, 10 tribus Kel Eghlal et 10 tribus Isheriffen composant le groupe 2 des guerriers lettrés Ouelleminden.

A travers la classe sacerdotale des Ineslemen présente entre Ifoghas et Aïr, il semble se dessiner une origine commune à partir du Maroc et/ou du Sahara occidentale. Les liens sont encore faiblement établis mais se dévoilent peu à peu. Il manque surtout à ce panorama de mieux comprendre comment furent acquises les qualités d’érudition de cette caste Touareg et comment elles purent propager des islams variés le long des voies commerciales ouest-est entre Sahara et Sahel.


Références

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Bernus E. 1996 – Marques de propriété touarègues et pierres tombales (plaines au sud-ouest de l’Aïr), Sahara, (8), p. 7‑18.
Bernus S., Cressier P. 1992 – Programme archéologique d’urgence 1977-1981 : 4- Azelik-Takedda et l’implantation médiévale, Etudes Nigériennes no 51, IRSH, 390 p.
Bernus E., Cressier P., Paris F., Durand A., Saliège J.-F. 1999 – Vallée de l’Azawagh, Etudes Nigériennes no 57, SEPIA, 422 p.
Chapelle J. 1949 – Les Touareg de l’Aïr, Cahiers Charles de Foucauld, 12, p. 66‑95.
Hama B. 1967 – Histoire traditionnelle d’un peuple, les Zarma-Songhay, Présence Africaine, 278 p.
Hama B. 1967 – Recherches sur l’histoire des Touareg sahariens et soudanais, Présence Africaine, 556 p.
Hama B. 1974 – L’empire Songhay : ses ethnies, ses légendes et ses personnages historiques, Pierre Jean Oswald, 175 p.
Hamani D. 1989 – Le Sultanat Touareg de l’Ayar : au carrefour du Soudan et de la Berbérie, L’Harmattan, 513 p.
Jean C. 1909 – Les Touareg du Sud-Est : l’Aïr ; leur rôle dans la politique saharienne, Larose Editions, 361 p.
Lux C. 2011 – Etude descriptive et comparative d’une langue menacée : le tetserret, langue berbère du Niger., , Lyon, Lyon, Université Lumière Lyon 2, inédit, 527 p.
Nicolaisen J. 1982 – Structures politiques et sociales des Touaregs de l’Aïr et de l’Ahaggar, traduction de Suzanne Bernus, Etudes Nigériennes no 7, IRSH, 86 p.
Nicolas F. 1938 – Les industries de protection chez les Touareg de l’Azawagh, Hespéris, XXV, p. 43‑84.
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Séré de Rivières E. 1965 – Histoire du Niger, Berger-Levrault, 310 p.
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