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    Le Paléolithique

    L’Afrique est considérée comme le berceau de l’humanité, car c’est sur ce continent qu’ont été retrouvées les plus anciennes traces de l’homme, notamment dans le Rift est-africain. Ces découvertes s’inscrivent dans l’ère quaternaire, qui englobe le Pléistocène et l’Holocène. Toutefois, au début du XXIè siècle, il apparaît que ce berceau pourrait s’être déplacé vers le Sahara et, plus particulièrement, vers le bassin du lac Tchad, avec la découverte de Toumaï. Comme le disait l’abbé Breuil, « le berceau du monde est à roulettes » (cité par Pales 1962), pour signifier que les recherches apportent constamment de nouveaux éléments susceptibles de repositionner ce berceau.

    C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui avec les travaux de Hublin, qui identifie l’homme de Djebel Irhoud, au Maroc, comme le plus ancien Homo sapiens connu, daté de 315 000 ans BP (Ben-Ncer et Hublin 2017 ; Hublin et al. 2017). L’archéologie connaissant un fort développement au Maghreb, il n’est dès lors pas surprenant de découvrir dans l’Oued Boucherit, près de Sétif, un Oldowayen daté de plus de 2 Ma, ainsi qu’un Acheuléen de 1,7 Ma, remettant ainsi en question la chronologie du Paléolithique africain (Vernet 2021). À la théorie d’une émergence de l’homme en Afrique de l’Est succède donc une vision panafricaniste de l’apparition des hominidés et de l’homme moderne.

    S’il n’y a pas encore eu de découverte majeure au Niger, et en particulier dans notre zone d’étude, la diversité des habitats qu’on y trouve, entre plaines et montagnes, a pu être favorable à une occupation humaine à différentes époques, en atteste les découvertes tchadiennes.


    Les hominidés du Tchad : Toumaï et Abel

    Toumaï (Sahelanthropus tchadensis) est actuellement le plus ancien hominidé connu. Exhumé en 2001 dans le désert du Djourab, au nord du Tchad, il est daté, grâce à la faune associée, entre 6 et 7 millions d’années. Cette découverte repousse ainsi la date de divergence avec les chimpanzés, auxquels il présente certaines affinités (Brunet et al. 2002). Elle permet également d’étendre l’aire géographique des hominidés à l’Afrique centrale et occidentale, renouvelant ainsi les hypothèses sur leurs origines.

    L’ensemble des caractères morphologiques indique que Sahelanthropus tchadensis est peu apparenté aux grands singes anthropoïdes (chimpanzés ou gorilles), et suggère clairement son appartenance à la lignée des hominidés bipèdes. Au Miocène supérieur, il vivait dans un environnement sans doute comparable à celui du delta de l’Okavango (Botswana), caractérisé par une grande diversité d’habitats constitués d’une mosaïque de milieux lacustres et ripicoles, de marécages, de zones forestières, de savanes boisées, de prairies et d’espaces désertiques (Brunet et al. 2025).

    À la suite de Toumaï, il convient de mentionner deux autres découvertes réalisées au Tchad, non loin de notre zone d’étude. En 1995, l’équipe de Michel Brunet met au jour Abel (Australopithecus bahrelghazali), le plus occidental des australopithèques. La faune de mammifères associée permet de lui attribuer un âge biochronologique compris entre 3 et 3,5 millions d’années. Abel élargit lui aussi considérablement l’aire de répartition des préhumains en montrant que, très tôt, ceux-ci occupaient un vaste territoire s’étendant de l’Afrique australe à l’Afrique occidentale, en passant par l’Afrique orientale (Brunet 1995).


    Les premières industries lithiques : Lomekwien et Oldowayen

    Le Paléolithique débute avec les premières industries lithiques associées à l’homme (Homo habilis), il y a près de trois millions d’années (2,6 Ma). Cette période culturelle correspond à celle durant laquelle l’espèce humaine va évoluer sur le plan physique, passant des pré-Australopithèques à Homo sapiens. Son système économique reposait essentiellement sur l’exploitation naturelle des ressources animales et végétales. À cette époque, l’homme consacrait davantage son énergie à sa survie qu’à la transformation ou à la maîtrise de son environnement, vivant principalement là où les ressources étaient disponibles.

    Aujourd’hui, les discussions restent ouvertes quant à l’attribution des premiers outils à Homo habilis. Les indices, bien que parfois dépourvus de contexte clair, se multiplient et tendent à repousser la chronologie des premières industries lithiques, et donc à remettre en question leur attribution exclusive au genre Homo. C’est notamment le cas de la culture lithique du Lomekwien, identifiée dans l’ouest du bassin du Turkana, au Kenya, et solidement datée de 3,3 Ma. On ignore encore si cette phase précoce de fabrication et d’utilisation d’outils en pierre s’est prolongée et transmise à d’autres groupes, ou s’il s’agit d’un épisode isolé. Le complexe oldowayen qui lui succède dans le temps, mais sans être en filiation, est plus récent d’environ 700 000 ans. Ce hiatus chronologique pourrait être comblé par de futures recherches, mais il pourrait également correspondre à une réalité (Holl 2025).

    L’espèce la plus proche géographiquement du site de Lomekwi est Kenyanthropus platyops, découvert dans les années 1990 dans le même contexte sédimentaire. Il est parfois rapproché d’Australopithecus afarensis dont il est contemporain, bien qu’il soit principalement localisé dans la région de l’Afar, en Éthiopie (Roche 2025). Cette situation évolue avec l’Oldowayen précoce, daté de 2,6 à 2,3 Ma. Les sites associés sont compatibles avec la présence du genre Homo et, d’un point de vue anthropologique, l’Oldowayen récent s’inscrit sans ambiguïté dans ce genre.


    Occupations anciennes du Sahara et du Sahel

    Durant toute cette période du Paléolithique, au cours de laquelle les groupes humains vivaient essentiellement de prédation, de chasse, de pêche et de cueillette (fruits et coquillages), des populations s’étaient installées dans les régions sahariennes supposées les plus favorables, notamment l’Aïr, le Ténéré, le Kawar et le Djado. C’est du moins ce que suggèrent les industries lithiques (bifaces et hachereaux), bien qu’aucun fossile humain de type paléolithique n’ait été découvert à ce jour au Niger, malgré la présence d’industries anciennes, dont certaines pourraient remonter à un million d’années (Gado et al. 2001).

    Cette première industrie lithique, dite des « galets aménagés », souvent assimilée à l’Oldowayen, est attestée autour du bassin du lac Tchad, dans la vallée de la Tafassasset entre l’Aïr et le Fezzan, dans le Hoggar ainsi qu’au Mali. En revanche, aucune trace n’a encore été identifiée aux abords de l’Ighazer. Plus au sud, la zone forestière nigériane a également livré quelques sites de galets aménagés datés d’environ 2 Ma. Notre Ighazer est donc cerné d’indices oldowayens mais n’en a encore révélé aucun.

    On connaît encore peu de choses de la vie des tailleurs de galets, si ce n’est qu’ils vivaient préférentiellement à proximité des lacs, où ont été retrouvés des indices d’aménagement de huttes (Aumassip 2004). Ils devaient se nourrir de chasse de petit gibier, mais surtout de cueillette (baies) et de ramassage d’escargots, sans exclure la consommation de charognes. L’augmentation de la part de nourriture carnée a sans doute permis de libérer du temps, favorisant ainsi l’évolution technique de leur industrie lithique. Cette culture des galets aménagés évoluera localement vers l’Acheuléen (Pales 1962), également attesté au Niger, notamment autour du grand lac Tchad, dans l’est de l’Aïr, le Ténéré, le Djado, ainsi que dans la vallée de la Mékrou au sud-ouest du pays (Gado et al. 2001 ; Vernet 2004).

    Même si la plaine de l’Ighazer n’a pas livré de sites de cette période, il est probable que, lors des phases climatiques les plus favorables, les groupes humains aient fréquenté et exploité la vallée et ses marigots, qui devaient constituer des zones d’habitat au moins temporaires, à l’image du pourtour du grand bassin du lac Tchad. Le PAU n’a d’ailleurs recensé que deux sites paléolithiques en Ighazer : Abatrakum, un atelier de débitage à l’ouest de la plaine, et Azeten, un site d’habitat au nord de la plaine, sans précision sur les matériels identifiés (Poncet 1983).

    Selon le PAU, il est remarquable qu’un si faible nombre de sites paléolithiques ait été découvert, et il est possible qu’ils soient aujourd’hui enfouis sous une importante couverture de dépôts (sables éoliens et alluvionnaires, argiles alluviales), les rendant invisibles en surface (Poncet 1983). Robert Vernet mentionne également deux sites paléolithiques au sud des falaises de Tiguidit, sans autre précision (Vernet 1993). On notera enfin la découverte d’un « coup de poing » chelléen entre In Gall et Assaouas par des unités méharistes dans les années 1930 (Le Rumeur 1933).


    Du Paléolithique inférieur au Paléolithique moyen

    En somme, les australopithèques, apparus vers 4,4 Ma, ont appris, à l’instar de leurs successeurs du genre Homo à partir de 2,5 Ma, à maîtriser progressivement leur environnement et à développer des comportements techniques et culturels. Dès la phase lomekwienne, datée de 3,3 Ma, les recherches suggèrent un mode de vie sténotopique, nomade et fortement dépendant des contraintes écologiques, qui, en l’absence de preuves contraires, aurait perduré jusqu’à la phase oldowayenne (2,6 Ma). L’Acheuléen ancien apparaît vers 1,8–1,5 Ma, période durant laquelle les premiers groupes humains auraient développé des formes d’organisation plus structurées, marquant les prémices d’un mode de vie culturel plus élaboré, eurytopique et écologiquement adaptatif. Dans ce contexte, les Australopithecus et les Homo habilis, ergaster ou encore erectus, auraient progressivement développé des savoirs et des compétences transmises de génération en génération entre 3,3 Ma et 1,5 Ma (Bagodo 2025).

    Cette transition est marquée au nord de l’Afrique sur le site d’Aïn Hanech en Algérie, qui a fourni les artefacts lithiques les plus anciens du Maghreb, probablement entre 1,7 et 1,9 Ma. Récemment, des artefacts oldowayens en pierre et des traces de découpe de viande sur des os exhumés de deux remplissages préhistoriques voisins à Aïn Boucherit ont été estimés entre 1,9 et 2,4 Ma. Les sables limoneux calcaires constituant le niveau L à Casablanca au Maroc, renfermant les artefacts acheuléens, ont une polarité magnétique inverse, suggérant un âge plus ancien que 0,78 Ma. Enfin, les âges OSL effectués sur quartz sont compris entre 0,8 et 1,2 Ma. Le niveau L est probablement le plus ancien niveau acheuléen d’Afrique du Nord avec Aïn Hanech (Falguères 2022).

    Les débats relatifs aux industries antérieures à l’Acheuléen, en Afrique du Nord, méritent d’être soulignés afin de mettre en évidence la nécessité de poursuivre les recherches et les discussions engagées autour des artefacts lithiques découverts à Casablanca, en particulier ceux provenant du niveau d’occupation le plus ancien de la carrière Thomas. En Afrique de l’Ouest, les questions liées à la caractérisation et à la datation fiable des phases de l’Oldowayen et du Paléolithique inférieur ancien demeurent une problématique majeure encore non résolue (Bagodo 2025).


    L’Acheuléen

    Également appelé Early Stone Age (ESA), l’Acheuléen débute en Afrique avec Homo ergaster et l’apparition de certains outils spécialisés notamment destinés à la chasse. Les plus anciennes manifestations sont datées d’environ 1,75 Ma au Kenya, tandis que sa disparition varie selon les régions et peut se prolonger jusqu’à environ 200 000 ans BP. L’Acheuléen est caractérisé par sa pièce emblématique, le biface, mais l’outil le plus représentatif de l’Acheuléen africain demeure le hachereau, largement répandu à travers le Sahara (Camps 1974).

    Au Sahara, la fin de l’Acheuléen se situerait plutôt vers 300 000 BP. Les assemblages y relèvent principalement d’un Acheuléen moyen à récent, marqué par un recours croissant au débitage Levallois, une diminution du nombre de hachereaux et une évolution progressive des bifaces vers des formes plus élaborées. Ces populations acheuléennes étaient des chasseurs-cueilleurs maîtrisant le débitage Levallois et possédant ainsi des capacités de planification technique révélatrices d’une pensée conceptuelle. Elles vivaient à proximité des lacs et des sources, dans des habitats de type hutte, et connaissaient un usage du feu opportuniste, notamment à la suite d’incendies naturels provoqués par la foudre (Aumassip 2004). Celui-ci aurait été utilisé dès 1,5 Ma, mais sa domestication effective semble plus solidement attestée vers 700 000 BP (Lewis 2025). La maîtrise du feu modifia profondément les comportements sociaux, favorisant la convivialité autour des foyers et l’accès à une alimentation cuite, susceptible d’avoir contribué au développement de ses capacités cérébrales et cognitives.

    La maîtrise du débitage Levallois marque une étape importante dans l’évolution des capacités cognitives humaines. Cette technique suppose en effet l’anticipation de la forme finale de l’outil avant les premiers enlèvements. Homo ergaster devait également disposer d’une forme de langage articulé, sans doute encore rudimentaire, mais suffisante pour assurer une communication efficace au sein du groupe. Encore peu équipé pour affronter systématiquement le grand gibier, il demeurait autant charognard que chasseur.


    L’Acheuléen en Afrique du Nord

    Au Maroc, l’Acheuléen apparaît vers 1,3 Ma et connaît une évolution régionale complexe durant le Pléistocène moyen, conduisant progressivement à l’émergence du Middle Stone Age (MSA), entre 400 000 et 300 000 ans (Raynal 2022). Cette phase est notamment illustrée par les fossiles de Dar-el-Beida, près de Casablanca, attribués à la période finale de l’Acheuléen vers 700 000 à 500 000 BP. Ces spécimens semblent représenter, en Afrique du Nord, une nouvelle humanité apparue en plusieurs régions du continent au cours du Pléistocène moyen, dont les relations exactes avec les autres fossiles africains et maghrébins restent encore à préciser, notamment à la lumière des découvertes de Djebel Irhoud (Raynal 2021).

    Pour le Sahara septentrional, les débuts de l’Acheuléen sont généralement situés vers 700 000 BP (Alimen 1977), tandis que, dans le Sahara central, le site d’Adrar Bous a été placé dans une fourchette comprise entre 400 000 et 200 000 BP (Gallin 2009). Les premières phases de l’Acheuléen au Niger demeurent donc mal connues. Elles ont surtout été reconnues dans le nord Niger, notamment à Adrar Bous, dans les oueds Tagueï et Agamgam à l’est de l’Aïr, ainsi qu’à Bilma et dans le Djado (Maley et al. 1971 ; Bernus et al. 1986).

    L’industrie y comporte encore une proportion importante de galets aménagés, accompagnés de polyèdres, de bifaces archaïques, de trièdres et de pics. Les assemblages comprennent également quelques hachereaux et outils sur éclats, avec un répertoire technique relativement limité de sept à huit catégories d’outils. Ces datations, relativement récentes au regard des connaissances actuelles sur le Paléolithique africain, devront probablement être réévaluées à la lumière des avancées récentes de la recherche.

    En Afrique de l’Ouest, l’émergence ou la diffusion de l’Acheuléen paraît relativement tardive comparativement à d’autres régions du continent, en raison notamment du manque de données et de la faible caractérisation de nombreux sites (Mesfin et Thiam 2022). L’Acheuléen occupe au moins 3 km² à Lagreich, dans le bas Tilemsi (Mali). D’autres gisements de moindre extension sont connus dans ce secteur ainsi que plus au nord, jusqu’au sud du Tanezrouft (Dupuy 2022).

    Cette industrie est également attestée dans le Djado, au nord-est du Niger, ainsi que dans la vallée de la Mékrou, au sud-ouest du pays (Vernet 2004). Entre ces deux extrémités géographiques du Niger, force est de constater que peu de recherches lui ont été consacrées. À Adrar Bous, l’industrie acheuléenne est associée à des limons datés d’au moins 250 000 BP et peut-être même de 400 000 BP (Clark 2008). Les assemblages sont aisément attribuables à un Acheuléen supérieur, avec des bifaces comprenant aussi bien des formes de haches à main que des fendoirs, associés à une technologie bifaciale solidement liée à la méthode Levallois.

    Lors des épisodes arides, les populations sahariennes se replient vers les massifs montagneux, mais surtout vers le Sahel méridional et la vallée du Nil. Ces mouvements de populations entraînent des réoccupations successives de nombreux sites, compliquant l’interprétation des chronologies culturelles sahariennes. Néanmoins, la forte concordance spatiale entre les sites à galets aménagés et ceux de l’Acheuléen suggère une évolution locale de ces traditions techniques (Aumassip 2004), même si la présence de galets aménagés ne constitue pas nécessairement un indicateur d’ancienneté oldowayenne (Vernet 2004).


    Homo sapiens et la transition technique

    Pour Chavaillon, « l’Acheuléen final ou évolué se situe là où le désert l’emporte aujourd’hui sur une région qui a été plus humide et sans doute lacustre. Il témoigne d’ouest en est d’une perfection technique remarquable, de l’association systématique de pièces appartenant à une époque ancienne, reliques des premiers stades de l’Acheuléen, avec l’outillage nouveau du Paléolithique moyen. Curieusement, dans les mêmes sites, on a trouvé les grands bifaces de l’Acheuléen évolué et les petites pièces bifaciales, plates, foliacées qui sont les prémices de nouvelles cultures, l’Atérien nord africain d’une part, le Lupembien d’Afrique équatoriale de l’autre, toutes industries du Paléolithique moyen ayant une même technique de débitage, la méthode Levallois, pour des pièces aux retouches régionalement adaptées aux climats et aux hommes » (Chavaillon 1992).

    Entre 400 000 et 300 000 BP, une importante évolution technologique dans la taille de la pierre se manifeste donc à l’échelle du continent africain. Les travaux récents de Hublin et de son équipe ont permis de mettre cette transformation en relation avec les premiers Homo sapiens. Les nouvelles datations obtenues à Djebel Irhoud ont considérablement modifié l’interprétation de ce site, dont les fossiles étaient auparavant estimés à environ 40 000 ans et rapprochés de formes africaines de Néandertaliens. Les datations par thermoluminescence ont finalement établi un âge d’environ 315 000 BP. Djebel Irhoud constitue ainsi l’un des plus anciens sites africains documentant les premiers stades de Homo sapiens et démontre que les processus ayant conduit à l’émergence de notre espèce ont concerné l’ensemble du continent africain et non le seul Rift est-africain (Hublin et al. 2017 ; Ben-Ncer et Hublin 2017).

    Les découvertes de Djebel Irhoud suggèrent ainsi que les innovations techniques caractéristiques du Middle Stone Age sont liées à l’émergence et à la diffusion d’Homo sapiens à travers l’Afrique. Des assemblages lithiques comparables sont connus dans plusieurs régions du continent à la même époque et témoigneraient d’adaptations ayant favorisé cette expansion. Les fossiles de Djebel Irhoud représentent actuellement les plus anciennes traces connues d’Homo sapiens en Afrique et s’intègrent probablement dans un vaste ensemble de populations réparties à l’échelle continentale (Ben-Ncer et Hublin 2017). Cette période marque la transition entre les cultures lithiques acheuléennes et celles du Middle Stone Age (MSA), caractérisées par la préparation méthodique d’un nucléus destiné à produire des éclats de forme prédéterminée selon la méthode Levallois (Lewis 2025).


    Le Paléolithique moyen saharien

    Au Sahara, la transition entre l’Acheuléen final et le Paléolithique moyen demeure difficile à appréhender. Si l’on observe des rapprochements entre les industries acheuléennes tardives et l’Atérien, les séquences stratigraphiques révèlent souvent des hiatus qui pourraient être liés aux fluctuations climatiques. Dans cette région apparaissent d’abord des sites moustériens, notamment au nord de l’Aïr, dont l’origine pourrait être liée à la vallée du Nil. Cette culture s’intercalerait entre l’Acheuléen évolué et le pré-Atérien.

    Le Moustérien africain présente de nombreux faciès susceptibles de traduire des évolutions locales. Il se caractérise par une technologie Levallois classique associée à des éclats retouchés latéralement, des pointes, des denticulés et des encoches. Il couvre approximativement la période comprise entre 300 000 et 30 000 ans et est attesté sur une grande partie du Sahara (Caparrós 2022). La continuité régionale entre le Moustérien du Maghreb et l’Atérien paraît nette, tout comme celle observée entre ce dernier et le Haut-Levalloisien du Sahara oriental (Hawkins et Kleindienst 2001). Entre l’Acheuléen et l’Atérien se développent ainsi de nombreuses industries moustéroïdes fondées sur la méthode Levallois, présentes à travers le Sahara mais également du Sénégal au Cameroun, y compris dans le sud-ouest du Niger et sur le plateau du Djado (Vernet 2004). Pour Garcea néanmoins, la dénomination MSA (Middle Stone Age) reste la plus appropriée pour toutes ces industries moustériennes européocentrées.

    À proximité de l’Ighazer, deux sites présentant une industrie levalloisienne ont été identifiés à Gara Tchia Bo, dans le massif du Termit, et correspondraient à un Acheuléen tardif (Quéchon 1983). Aux industries bifaciales de tradition acheuléenne succèdent donc progressivement des industries sur éclats où le débitage Levallois intervient dans des proportions variables. On notera quand même l’absence d’Atérien dans le massif du Termit (Quéchon 1995). 

    Tandis que le Moustérien évolue vers l’Atérien, le Sangoen donne naissance au Lupembien, caractérisé notamment par le biface lancéolé observé à Ounjougou, près de la falaise de Bandiagara (Hawkins et Kleindienst 2001), ainsi qu’à Adrar Bous. Homo sapiens est alors présent sur l’ensemble du continent africain. Le débitage Levallois devient la norme et les outils se spécialisent davantage. Les populations adoptent des modes de vie semi-sédentaires et se déplacent en fonction des contraintes d’un environnement progressivement plus aride.

    Pour l’Ighazer, il convient également de mentionner une possible influence du Sangoen et du Lupembien largement représenté au Ghana et au Nigeria. Longtemps interprété comme une adaptation aux milieux forestiers, ces cultures lithiques sont aujourd’hui reconnu dans des contextes environnementaux variés. Toutefois, le Sangoen ne présente ni véritable unité chronologique ni homogénéité technique ou géographique, et la distinction entre Sangoen et Moustérien demeure parfois difficile à établir. À l’heure actuelle, l’idée selon laquelle les cultures sangoène et lupembienne constituent des technologies utilisées pour la chasse et la cueillette dans des environnements boisés est étayée par diverses preuves, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir pour en apporter la démonstration irréfutable (Taylor 2014). Au vu des données actuelles, les technologies sangoène et lupembienne, considérées dans leur ensemble, semblent être apparues pour la première fois il y a environ 400 000 ans et ont pu perdurer peut-être jusqu’à il y a environ 40 000 à 50 000 ans.

    La plaine de l’Ighazer se situe donc à la confluence de plusieurs traditions culturelles paléolithiques, entre le MSA au nord et les faciès Sangoen et Lupembien plus méridionaux dont le site du Messak Settafet a également suggéré une filiation d’avec le Lupembien (Cancielleri cité par Garcea 2022). À cette époque, Homo sapiens atteint un niveau technique et culturel relativement homogène à l’échelle africaine (Vernet 2004). Les industries lithiques, tout en reposant sur des principes techniques largement partagés, présentent cependant de fortes particularités régionales. Celles-ci témoignent à la fois d’échanges entre groupes humains et d’appropriations locales, donnant naissance à une grande diversité de faciès culturels dont les frontières demeurent souvent difficiles à définir avec précision. Ces distinctions apparaissent centrales pour mettre en évidence, au début du Pléistocène moyen, une diversité culturelle africaine que la nomenclature actuelle et la typologie ne laissent pas encore percevoir (Mesfin et al. 2023).

    À l’heure actuelle, il semble clair que l’Afrique du Nord et l’Afrique saharienne abritent certains des sites acheuléens les plus riches au monde, attestant de l’occupation de cette zone tout au long du Pléistocène supérieur. Vers environ 300 000 et 200 000 BP, dans le contexte d’une tendance climatique continue vers une aridité croissante, les assemblages lithiques plus complexes du MSA, avec leur profusion de petits outils retouchés et variés, remplacent les industries acheuléennes (Barsky 2019). Un scénario multiculturel se dessine progressivement à partir de 191–130 ka BP et surtout au cours de la période 130–71 ka BP, qui met en évidence des complexes culturels distincts et géographiquement circonscrits au Maghreb, au Sahara, dans la vallée du Nil et sur les côtes méditerranéennes (Garcea 2022). C’est à partir du début du MIS5 (130-74 ka) et pendant le MIS4 (74-60 ka) que le MSA africain classique se généralise et devient abondant (Lahr 2013).

     

    1. Programme Archéologique d’Urgence de la Région d’Ingall-Tegidda n’Tesemt


    Références

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