Les communautés

La plaine de l'ighazer rassemble des communautés venues de l'ouest et du nord ... mêlées aux autochtones, des influences berbères, songhay, arabes et haussa.

Les Iberkoreyan sont des berbères maraboutiques ou Ineslemen, ce sont donc des lettrés, ils lisent et écrivent la langue du prophète. D’ailleurs, les trois principales composantes de ce groupe ont leurs marques de propriété, apposées sur les animaux mais aussi les objets du quotidien, qui forment le nom de Mohamed, M-HD-D, Ayttawari (mim), Icheriffen (taghamimt), Kel Eghlal (dal) (Bernus 1996).

Étymologiquement Iberkoreyan est la forme berbérisée de « boro koray » qui en Songhay signifie hommes blancs (Nicolas 1938 ; Hamani 1989). C’est un indice important pour matérialiser le contact prononcé qu’il dû y avoir entre ces berbères et les songhayphones, mais aussi qui signale que ce sont sans doute les premiers berbères blancs que croisent les populations songhayphones.

Si les confédérations touarègues sont le résultat de fusion de différents groupes au grès des vicissitudes et autres opportunités politiques ou migratoires, il semble que ce soit le processus inverse qui caractérise les Iberkoreyan, à savoir une dislocation de ce groupe à différentes époques et notamment vers le XVè siècle à Agadez et le XVIIè siècle dans la région d’In Teduq en Azawagh.

La dynamique de mise en place des communautés peuplant actuellement l'Ighazer, se construit à partir du VIIè-VIIIè siècle. Elles sont pour l'essentiel nomades, venues de l'ouest et du nord-est sous l'impulsion des conquêtes arabes au Maghreb puis de l'invasion des Banu Hilal vers le XIème siècle. La particularité de l'Ighazer en ces contrées sahéliennes, est bien d'avoir encore un habitat sédentaire vieux de 500 ans, avec Agadez la capitale du Sultanat de l'Ayar mais aussi les bourgades d'In Gall et Tegidda n'Tesemt. Ces derniers sont des Isawaghen qui possèdent un langage propre, mélange de Songhay, Tamasheq et Arabe.


Les Igdalen seraient présents dans l'Ighazer depuis la fin du VIIIè siècle ou le début du IXè siècle, et sont considérés comme les Berbères les plus anciennement installés dans l'Ighazer. Ils appartiennent aux Kel Aïr sous l'autorité directe du Sultan d'Agadez. Ce sont des populations nomades d'origine Berbère, dont les us et coutumes sont similaires à celles des Kel Tamasheq, mais ils gardent entre eux un parlé spécifique à base Songhay, la Tagdal, proche de la Tasawaq des sédentaires d'In Gall. Ce sont des gens pacifiques, pieux, qui ne portent pas les armes et se mettent le plus souvent sous la protection de tribus Imajeren ou Imrad pour les défendre.

L’histoire orale d’Ingall est diversement relatée selon les personnes qui la présente et leurs origines. Entre des récits rapportant que les Isawaghen sont les descendants d’Askia Mohamed, que la fondation d'In Gall échoie à des Isheriffen ou les relatons étroites avec Takedda et Tegidda n'Tessoumt, les données archéologiques viennent compléter ces traditions orales pour aboutir à une structuration des Kel In Gall qui ressemble fort à celle des confédérations Touareg malgré leur sédentarité, c'est à dire un agencement de divers groupes humains au grès des vissicitudes de l'histoire. On peut alors parler de Kel In Gall.

Les Kel Fadey appartiennent à la confédération des Kel Aïr, et se trouvent donc sous l'autorité du Sultanat d'Agadez. Ils nomadisent au sud-ouest des falaises de Tiguidit et remontent jusque vers Teguidda n'Tesemt et Fagoshia dans l'Ighazer. A l'ouest de leur territoire d'attache, c'est la confédération des Ouelleminden Kel Dinnik, et à l'est les Kel Aïr, dont les Kel Ferwan sont le bras armé. Kel Aïr et Kel Dinnik se sont de tout temps disputés la vassalité des tribus Kel Fadey, et l'histoire des Kel Fadey relate les actes brillants de ses tribus et héros légendaires, tantôt contre les Ouelleminden, tantôt contre les Kel Ferwan.

L'origine du groupement des Kel Ferwan prend sa source près du village d'Iférouane au nord des montages de l'Aïr. Ce ne serait que récemment, XVIIè ou XVIIIè siècle qu'ils se seraient déplacés autour de la capitale du Sultanat de l'Aïr, devenant ainsi le bras armé d’un Sultan sans armée.