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    La Naissance du Sahara et de la plaine de l’Ighazer

    Si le Sahara apparait aujourd’hui comme une terre aride, désolée et inhospitalière, son histoire géologique révèle une réalité bien différente. Avant d’occuper sa position actuelle, cette région a connu des transformations majeures sur des centaines de millions d’années. Son climat désertique, tel que nous le connaissons, ne s’est installé que récemment à l’échelle des temps géologiques, façonnant progressivement son environnement naturel et humain, et lui conférant son caractère unique, en particulier la plaine de l’Ighazer, zone d’épandage inféodée à sa montagne, l’Aïr.

    Les preuves géologiques suggèrent que le désert du Sahara n’aurait pas plus de 2 à 3 millions d’années (Ma), l’aridification de l’Afrique du Nord s’étant intensifiée au début des périodes glaciaires du Quaternaire, bien que cette datation reste débattue (Zhang et al. 2014). L’aridité du Sahara varie en fonction de l’intensité de la mousson estivale, elle-même influencée par le cycle de précession ainsi que par les fluctuations du volume global des calottes glaciaires. Lorsque la précession orbitale maximise l’insolation estivale de l’hémisphère nord, ou lorsque le volume de glace est faible, une mousson forte apporte davantage d’humidité en Afrique du Nord depuis l’Atlantique tropical.

    Le désert du Sahara actuel résulte de la présence de hautes pressions atmosphériques persistantes au niveau du tropique du Cancer. Ces anticyclones forment une zone de descente d’air sec, issu des masses d’air montantes de la région équatoriale. En descendant, cet air s’assèche davantage et se réchauffe, contribuant à instaurer les conditions chaudes et sèches caractéristiques du Sahara. La position de ces anticyclones est influencée par les calottes glaciaires des pôles et les cycles de précession, qui modifient la circulation générale de l’atmosphère et participent au déplacement nord-sud du Sahara durant le Quaternaire (Rognon 1985). En somme, le climat saharien est le produit d’une interaction entre des mécanismes atmosphériques verticaux et des influences climatiques horizontales.

    Notre région, la plaine de l’Ighazer et les montagnes de l’Aïr, se situe à l’interface entre le Sahara et le Sahel, dont les précipitations dépendent crucialement de cette dynamique climatique.


    L’émergence des reliefs de l’Aïr et de l’Ighazer

    Vers 600 à 700 millions d’années (Ma), le continent africain se situait dans l’hémisphère sud et était recouvert d’une calotte glaciaire. Vers 550 Ma, une intense activité orogénique atteignit son apogée, favorisant l’émergence de l’ensemble des massifs du Sahara central, suivie d’une période d’érosion prolongée qui transforma une grande partie du Sahara en une vaste plaine à faible relief. Vers 450 Ma, un nouvel épisode de soulèvement annonça les glaciations de la fin de l’Ordovicien dans la région saharienne. Puis, autour de 430 Ma, le Sahara commença lentement sa migration vers l’équateur. La déglaciation du Gondwana entraîna d’importantes inondations, et le Sahara fut envahi par la mer durant le Silurien. Au Dévonien, vers 400 Ma, il émergea de nouveau des eaux, et un climat humide s’installa, favorisant la formation de vastes réseaux fluviaux.

    Au Carbonifère, vers 320 Ma, le Sahara se trouvait en zone tropicale sèche, ce qui entraîna la formation des grès rouges du Tegama, visibles aujourd’hui sur les pourtours sud de l’Ighazer et de l’Aïr. Cependant, cette région faisait encore partie de l’hémisphère sud. Entre 300 et 250 Ma, une crise majeure — possiblement liée à un changement climatique extrême ou à l’impact d’une météorite — provoqua la disparition de 95 % des espèces marines et de 70 % des espèces terrestres à l’échelle de la Pangée. Ce phénomène est documenté dans la région d’Arlit, au nord de l’Ighazer, où des fossiles de crocodiliens, d’herbivores et d’autres reptiles témoignent d’un écosystème en mutation. Cette zone aurait servi de refuge à certaines espèces, favorisant l’émergence de formes de vie endémiques, différentes de celles observées ailleurs sur le supercontinent Pangée.

    Au Trias, vers 240 Ma, la dérive des continents se poursuivit vers l’équateur, apportant des conditions climatiques plus humides. C’est l’ère des dinosaures, des premiers crocodiles et des tortues, dont notre plaine recense un grand nombre. À cette époque se forme la série des grès d’Agadez, qui sépare le massif de l’Aïr de la plaine de l’Ighazer et se déposent les premières strates d’argiles qui comblent le bassin des Ouelleminden.

    Au Jurassique, vers 170 Ma, se déposent les argiles de l’Ighazer comme couche supérieure du bassin des Ouelleminden, qui marquent ainsi la véritable naissance de notre plaine. La plaine argileuse était alors une vaste forêt peuplée de gigantesques arbres offrant gîte et couvert à de nombreux dinosauriens, dont le Jobaria tiguidensis, un herbivore de 20 mètres au long cou. Ces grands arbres donneront plus tard les bois silicifiés, utilisés comme matière première par les populations préhistoriques des pourtours de l’Ighazer. C’est également à cette période, vers 150 Ma, que les premiers mammifères apparaissent.

    Durant le Crétacé, entre 115 et 90 Ma, l’Afrique se sépare de l’Amérique du Sud (Jacobs et al. 2011). La région connaît ensuite une période de submersion, avant de redevenir continentale au début du Tertiaire, vers 66 Ma. C’est à cette époque qu’a lieu l’extinction des dinosaures, dont le crocodilien Sarcosuchus imperator, suivie de l’apparition des premiers primates. Le Sahara se rapproche alors progressivement de sa position actuelle, marquant l’étape finale d’un long voyage géologique et climatique qui a façonné ses paysages.


    Des primates aux premiers hominidés

    Vers 45-50 Ma le groupe de tous les singes s’identifie. Puis vers 35 à 40 millions d’années (Ma), apparaissent les premiers Catarrhiniens qui comprend les singes de l’Ancien Monde et les Hominoïdes (Nantet 1998). Vers 23 Ma, cette lignée se différencient progressivement en deux grands ensembles : les cercopithèques, macaques et autres babouins, et les hominoïdes auxquels appartiennent les grands singes et la lignée humaine.

    Autour de 15 Ma, une détérioration brutale du climat pousse certains hominoïdes à quitter leur habitat forestier pour s’adapter à des environnements plus ouverts, notamment la savane. C’est à partir de cette époque, le Miocène supérieur, que la bipédie commence à émerger, entre 10 et 7 Ma, chez des formes appartenant aux australopithèques et aux hominidés (Aumassip 2004). Apparaissent alors les premiers grands singes modernes, dans lesquels une première séparation évolutive se produit entre les gorilles et la lignée hommes-chimpanzés vers 9 Ma, suivie de la divergence entre hommes et chimpanzés entre 4 et 6 Ma.

    L’apparition des premiers hominidés s’inscrit dans le contexte du déclin des grandes forêts tropicales et de l’expansion des prairies au début du Miocène. Après 8 Ma, les premiers hominidés, Sahelanthropus tchadensis, Orrorin tugenensis, Ardipithecus kadabba qui, bien qu’étant quadrupèdes, avaient la possibilité d’adopter des postures bipèdes à des degrés divers, sont apparus dans un environnement encore plus ouvert. Il est probable que l’environnement dans lequel vivait Sahelanthropus tchadensis était très similaire aux forêts en galeries de l’Okavango dans le désert du Kalahari (Lezine 2025).

    Enfin, vers 3 Ma, les premiers humains dont la posture bipède est incontestable (Australopithecus, Kenyanthropus, Paranthropus puis Homo) sont apparus dans un contexte d’aridité encore plus marqué, qui s’est achevé par l’extension des écosystèmes désertiques dans le nord tropical de l’Afrique et aux abords de la Méditerranée.

    En 2009, dans notre région sahélienne, une découverte inattendue dans les collections du Muséum national d’histoire naturelle de Paris attire l’attention : un fragment de mandibule fossile, probablement issu d’un grand singe proche du chimpanzé, découvert au Niger entre Abalak et Tchintabaraden en 1964. L’ossement, estimé entre 5,5 et 11 Ma (Pickford et al. 2009), constitue le premier hominoïde fossile décrit en Afrique de l’Ouest. La faune associée — perches du Nil, crocodiles, formes anciennes d’hippopotames, gazelles de type reduncine — suggère un environnement de grand lac d’eau douce, bordé de zones marécageuses et de savane arborée, comparable à celui de la plaine argileuse de l’Ighazer en période estivale.

    Déjà en 2001, au Tchad, la découverte de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), daté d’environ 7,3 Ma — bien que certains auteurs proposent un âge plus récent —, a bouleversé les certitudes sur la théorie du berceau de l’humanité, centré sur le rift oriental africain (Brunet et al. 2002). Toumaï vivait dans un environnement de savane arborée, avec des îlots forestiers, des prairies, des marécages et des lacs, abritant une faune diversifiée : poissons, crocodiles, tortues, pythons, buffles, girafes et diverses antilopes. Il est probable que la plaine de l’Ighazer offrait alors un cadre environnemental similaire, étant située à la même latitude que le bassin du lac Tchad, bien que le réseau lacustre y fût moins développé.

    Entre 6 et 3 Ma, le climat reste humide, avec de vastes étendues lacustres dans la région du lac Tchad, où a été découvert Abel (Australopithecus bahrelghazali), daté de 3,5 Ma (Brunet 1995). Ce dernier remet aussi en cause l’idée d’une origine exclusivement orientale de l’humanité. Australopithecus bahrelghazali représente probablement le résultat d’une adaptation locale à la tendance à l’aridification, comme le montre son régime alimentaire, axé sur des graminées spécifiques comme les carex (Macho 2015). Les australopithèques occupaient alors un territoire très étendu, de l’Afrique du Sud au Maroc. Ces découvertes renforcent ainsi l’hypothèse d’une origine panafricaine de l’humanité, dans laquelle le Sahara aurait joué un rôle majeur grâce à ses environnements variés, aujourd’hui largement effacés par l’aridification.

    Avant 3,5 Ma, la forêt et la savane s’étendaient au moins jusqu’à 21°N, et se maintinrent jusque vers 2,5 Ma, soit 5 à 10° plus au nord qu’actuellement (Dupont et Leroy 1995). L’émergence du genre Homo est aujourd’hui estimée à 2,8 Ma (Caparrós 2022). Jusqu’à cette période, le Sahara demeure plus humide que désertique. Cependant, au début du Quaternaire, entre 2 et 3 Ma, les enregistrements polliniques indiquent tous une aridité croissante qui s’est aggravée au cours du dernier million d’années entraînant le refroidissement progressif du pôle Nord et une expansion des zones désertiques vers le nord de l’Afrique (Lezine 2025).


    Le Pléistocène : alternance de déserts et de savanes

    1995 dupont leroyLes massifs centraux du Sahara central, notamment l’Aïr, constituent le socle granitique ancien de l’ère primaire, avec des sommets atteignant localement plus de 2 000 mètres, comme les monts Bagzan ou le Tamgak. Ces hauts reliefs sont en grande partie le produit d’une réactivation de phénomènes volcaniques récents, liés à des périodes d’activité intense datées du Miocène au Pliocène (Rognon 1994), soit la fin de l’ère tertiaire qui précède le Quaternaire.

    Cette orogenèse volcanique est donc contemporaine des premières phases d’aridification du Sahara. Elle aurait véritablement débuté au Pliocène, il y a environ 3 millions d’années, parallèlement à l’installation de la glaciation quaternaire dans l’hémisphère Nord. Vers 2,6 Ma, les fluctuations climatiques globales deviennent plus marquées. Ce phénomène est lié à la complexification des cycles orbitaux terrestres (inclinaison, excentricité, précession), qui modifient l’insolation reçue par la Terre (Médail et Quézel 2022). Depuis cette époque, les alternances de périodes humides et arides observées au Sahara sont en grande partie expliquées par ces variations orbitales. Ces changements climatiques importants ont probablement provoqué des modifications de la flore et de la faune africaines, avec des liens possibles avec l’émergence des premiers hominidés en Afrique du Nord (Brunet et al. 2002).

    Le Pléistocène est divisé en quatre grandes étapes chronologiques : le Gélasien (2,6 à 1,8 Ma), le Calabrien (1,8 Ma à 781 ka), l’Ionien (781 ka à 125 ka), et le Tarantien (125 ka à 11 700 ans), qui se termine par l’épisode froid du Dryas récent, marquant l’entrée dans l’Holocène, époque du Néolithique et du développement des premières civilisations. Au cours des 1,65 million d’années passées, correspondant approximativement à la période quaternaire, il y a eu environ 17 cycles glaciaires, chacun durant environ 100 ka. L’opinion générale est que les périodes glaciaires sont arides au Sahara et les périodes interglaciaires humides. Ainsi, des périodes particulièrement humides au cours des stades isotopiques 5 vers 125 ka, 11 vers 420 ka et 13 vers 490 ka auraient repoussé la limite entre le Sahara et le Sahel jusqu’à au moins 25°N, nous permettant d’identifier la présence de grands lacs et l’extension de zones forestières dans des régions aujourd’hui désertiques (Lezine 2025).

    Au Pléistocène, aucune preuve directe de la présence d’Homo habilis, d’Homo erectus ou d’espèces associées n’a encore été découverte au Niger. De tels fossiles ont été retrouvés dans un nombre limité de sites nord-africains, notamment dans le nord de l’Algérie, où les premières traces d’occupation humaine dans la région ont été enregistrées et datées de 1,8 Ma (Sahnouni et al. 2011). Cette période de l’âge de pierre, le Paléolithique, est caractérisée par deux technologies différentes au Sahara, l’Oldowayen et l’Acheuléen, selon la terminologie la plus répandue (Clark 1977).

    Durant tout le Pléistocène, la limite entre le Sahara et le Sahel — actuellement marquée par la plaine de l’Ighazer et l’Aïr méridionale — a connu d’importantes fluctuations latitudinales, oscillant entre 12° et 25° de latitude nord, soit sur plus de 1 000 km. En 1995, Dupont et Leroy ont proposé une représentation de ces variations, mettant en évidence leur lien avec les cycles climatiques glaciaires-interglaciaires. Notre plaine a ainsi connu des climats très différents tout au long de l’ère quaternaire.

    Récemment, sur le site de la carrière Thomas à Casablanca, la datation précise de restes humains à 773 000 ans par l’équipe de Jean-Jacques Hublin montre un foyer où la lignée menant aux Homo sapiens s’est différenciée très tôt. En utilisant des méthodes de datation comme le paléomagnétisme, les chercheurs ont pu confirmer que ces individus vivaient durant une phase de transition climatique cruciale, renforçant l’idée d’une évolution humaine complexe et panafricaine (Hublin et al. 2026). La côte sud de la Méditerranée était la destination finale de nombreux groupes humains primitifs venus du sud, qui traversaient le Sahara en suivant le réseau hydrographique dense qui existait à l’époque et ont pu traverser notre plaine.

    Entre les stades isotopiques 8 à 15, soit de 600 à 300 ka, la limite Sahara-Sahel se situait soit au niveau actuel, soit plus au nord, traduisant des conditions climatiques relativement plus favorables dans la région de l’Ighazer. Toutefois, deux épisodes majeurs d’aridification sont identifiés vers 440-420 ka et 340-330 ka, lorsque le désert avance jusqu’au plateau de Jos, au Nigeria.

    Il y a 300 ka, l’apparition de l’homme moderne est attestée jusque dans le nord-ouest de l’Afrique, au Maroc (Hublin et al. 2017), marquant ainsi une occupation panafricaine d’Homo sapiens. Ce dernier mène une vie nomade de chasseur-cueilleur, dans un monde en pleine transformation climatique et écologique. Même si aucun fossile aussi ancien n’a été mis au jour dans le Sahara central, il ne fait pas de doute que notre plaine et ses pourtours, selon les époques climatiques, ont été parcourus par Homo sapiens suivant les avancées et les reculs climatiques.

    Trois grandes phases de dégradation climatique sont observées, autour de 180, 140 et 110 ka, correspondant aux épisodes les plus arides du Pléistocène. Dans ce contexte, seuls deux épisodes marquent un retour des conditions humides : l’un vers 125 ka, au stade isotopique 5, et l’autre à l’entrée de l’Holocène, autour de 11 700 ans.


    Le Pléistocène supérieur

    Vers 150 ka, les conditions climatiques sont nettement plus froides qu’actuellement. Cependant, vers 130 ka, une phase plus humide s’installe, favorisant l’expansion des forêts tropicales et recouvrant de végétation les déserts d’Afrique du Nord. Cette période atteint son optimum entre 125 et 120 ka, correspondant à l’interglaciaire de l’Eémien (Mutri 2014). Ce début du stade isotopique 5 semble avoir été d’une intensité comparable à celle de la période humide du début de l’Holocène.

    Durant cette phase lacustre, la plus marquée du Pléistocène supérieur, les précipitations annuelles sur le Sahara sont estimées à environ 500 mm. Elles provenaient très probablement des systèmes méditerranéens atteignant les 27° de latitude nord. Des observations récentes confirment l’existence de cette humidité accrue dans l’ensemble du Sahara. Au nord du Mali, à Sbeita, des sites d’outillages lithiques de type moustérien-levalloisien sont associés aux formations de cette époque. Ces données, conjuguées aux preuves polliniques retrouvées dans les sédiments marins, confirment une extension maximale de la forêt tropicale vers 125 ka (Petit-Maire 1989). Cela suggère l’influence simultanée des pluies méditerranéennes du nord et des pluies tropicales du sud, arrosant ainsi la majeure partie du Sahara.

    Vers 110 à 90 ka, le climat se refroidit et s’assèche à nouveau. L’enregistrement de formations dunaires dans le sud-ouest de l’Afrique indique qu’au moins une partie de cette période a été extrêmement aride. Un pic de froid semble survenir autour de 70 ka, avec des conditions végétales probablement comparables à celles du désert ogolien qui apparaîtra plus tard au maximum glaciaire (Mutri 2014).

    De 57 ka à 24 ka, le climat devient instable et fluctue sur des périodes de quelques milliers d’années. Ces variations entraînent très probablement des mouvements de population, dictés par la disponibilité des ressources de chasse, de cueillette ou de pêche. Deux épisodes humides sont enregistrés à l’échelle saharienne : l’un vers 45 à 40 ka, l’autre entre 35 et 24 ka. Ces phases favorisent l’apparition de petits marécages et de lacs peu profonds, interrompant temporairement une phase semi-aride (Yan et Petit-Maire 1994 ; Caparrós 2022). Au cours du dernier maximum glaciaire, il y a environ 21 ka, le désert du Sahara couvrait une superficie beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui, comme le montre la datation de dunes fossiles situées au sud de l’étendue actuelle des dunes mobiles (Brooks et al. 2005).

    Ainsi, alternativement, lors des périodes humides, la plaine de l’Ighazer a pu accueillir des populations, et lors des périodes plus arides, celles-ci ont pu se réfugier sur les marges de ces zones ou en altitude dans les montagnes de l’Aïr.


    Le désert Ogolien : le Sahara à son apogée

    Le Pléistocène reste encore relativement humide vers 22 000 ans BP, bien que cette période soit encore mal connue. On y observe la présence de grands mammifères et de mollusques autour de vastes lacs qui se dessèchent en quelques millénaires. Cela marque le dernier maximum glaciaire et une forte phase d’aridité, vers 18 000 ans BP. Le Sahara s’étend alors rapidement vers le sud, atteignant le Nigeria et le plateau de Jos, tandis que les fleuves Sénégal et Niger disparaissent dans les dunes. Le désert progresse vers le sud du continent africain, il forme le désert Ogolien, aussi appelé Kanémien dans le bassin du lac Tchad. L’isohyète des 100 mm de précipitations annuelles — marquant souvent la limite désertique — se situe alors autour de 13 à 14° de latitude nord, c’est-à-dire au sud du Niger actuel, bien en dessous de notre plaine, avec des précipitations environ 50 % inférieures aux valeurs actuelles (Petit-Maire 1989).

    Les anciennes dunes, aujourd’hui enfouies sous les sables actuels du Sahara ou sous la savane sahélienne, peuvent être datées grâce à la méthode de luminescence des quartz. Elles se sont formées pendant la phase du désert Ogolien (Petit-Maire 2021). Cela indique que le Sahara s’étendait alors au moins 500 km plus au sud qu’aujourd’hui. L’humidité de l’Holocène qui a suivi a permis à la végétation de fixer ces dunes, visibles notamment dans les régions de l’Azawagh et de la Tadarast.

    Cependant, cette période, comprise entre 22 000 et 15 000 ans BP, n’est pas homogène dans l’ensemble de la région. Cette variabilité spatiale a peut-être permis la survie de certains groupes humains, notamment dans les montagnes du Sahara central, comme l’Aïr. En témoignent les importants dépôts de diatomites retrouvés dans les cratères du Tibesti, formés durant cette période (Médail et Quézel 2022). Durant cette phase, le grand désert a constitué une barrière biogéographique favorisant l’isolement et la différenciation de certaines espèces végétales, comme l’olivier, entre le nord et le sud de l’Afrique (Médail et Quézel 2022).

    La plaine de l’Ighazer, en revanche, ne présente aucune de ces couvertures sableuses, comme si elle avait été nettoyée de tout sable, laissant apparaître les argiles caractéristiques de cette zone. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce phénomène, et elles sont probablement complémentaires. Tout d’abord, les montagnes de l’Aïr ont joué un rôle bloquant ou déviant pour les vents alizés de l’est, empêchant ainsi l’accumulation de sable dans l’Ighazer. De plus, l’Ighazer a joué un rôle drainant important durant les phases humides de l’Holocène, car il recevait presque toutes les eaux de pluie tombant sur l’Aïr.

    Dans le Sahara méridional, les données stratigraphiques et les datations révèlent des transformations environnementales profondes, bien que très contrastées selon les régions. On y dénombre jusqu’à huit phases humides, une situation qui diffère considérablement de celle du Sahara septentrional, oriental ou des zones montagneuses. Ces conditions ont offert aux populations humaines des possibilités de repli ou de migration sur de courtes distances vers des espaces refuges situés en altitude ou en marge du désert.

    Outre la variabilité glaciaire-interglaciaire à long terme, dont les causes sont essentiellement orbitales, une variabilité climatique plus rapide a eu un effet profond sur l’Afrique tropicale pendant la période glaciaire. Le refroidissement soudain de l’océan Atlantique lors d’épisodes de fonte des icebergs (événements de Heinrich) et l’affaiblissement de la circulation méridionale ont entraîné des phases de sécheresse sévère sur le continent africain en raison de la migration de la zone de convergence intertropicale (ZCIT) vers le sud. L’événement du Younger Dryas est désormais bien connu, mais c’est l’événement daté entre 16 000 et 17 000 ans, qui fut sans aucun doute le plus marquant (Lezine 2025).


    Le younger Dryas : une rupture climatique

    À la suite de la période hyperaride du Sahara, une augmentation des précipitations survient, entraînant une courte phase humide au sud du Sahara vers 14 500 ans BP. Le terme « Dryas » désigne ces brèves périodes survenues à la fin de l’ère glaciaire, caractérisées par des variations climatiques rapides et intenses. On distingue d’abord le Dryas ancien, qui aurait duré environ trois siècles, puis le Dryas récent, ou Younger Dryas, qui s’est installé entre 12 900 et 11 700 ans BP. Ce dernier épisode se manifeste par un refroidissement très soudain, accompagné d’une phase aride en Afrique du Nord (Mutri 2014).

    Certaines hypothèses récentes avancent que cette brusque perturbation serait liée à un ou plusieurs impacts cosmiques ayant frappé la Terre dans l’hémisphère Nord, provoquant la fonte accélérée de la calotte glaciaire. Ce scénario expliquerait non seulement l’épisode climatique du Younger Dryas, mais aussi l’extinction de la mégafaune du Pléistocène, tels que les mammouths, ainsi que la disparition de cultures humaines comme celle de Clovis en Amérique du Nord. La fin du Younger Dryas serait marquée par un autre impact cosmique, cette fois dans les océans, entraînant une évaporation accrue de l’eau et augmentant de fait l’effet de serre, ce qui aurait produit un réchauffement climatique. Ce réchauffement climatique semble coïncider avec une élévation rapide du niveau marin, bien que ce phénomène fasse encore l’objet de débats (Hanninen 2021).


    L'optimum holocène et le Sahara vert

    Durant cet optimum humide, on observe d’abord un recul rapide du désert, sous l’influence du réchauffement des eaux du golfe de Guinée. L’humidification du Sahara au cours de l’Holocène résulte du déplacement vers le nord de la zone de convergence intertropicale, phénomène dépendant en partie des températures océaniques et de l’intensité des jets atmosphériques, mais également de l’instabilité glaciaire-interglaciaire aux hautes latitudes nord, des variations d’insolation, ainsi que des fluctuations des conditions atmosphériques dans l’Atlantique Ouest (Caparrós 2022). Entre 15 000 et 7 000 BP, le régime pluviométrique se caractérise par de faibles précipitations, avec une végétation steppique prédominante dans l’Aïr. De 7 000 à environ 4 000 BP, les précipitations deviennent plus intenses, générées par des cumulonimbus associés aux dépressions mobiles, ce qui instaure un régime de mousson estivale (Maley 1983) et favorise le développement d’environnements de savane ou de steppe boisée : c’est la période dite du Sahara vert. L’intensité et la direction de cette mousson sont principalement modulées annuellement par les contrastes de température et de pression atmosphérique entre le continent et l’océan.

    Durant ce dernier optimum climatique, la limite sahélo-saharienne remonte jusqu’à environ 23° de latitude nord, ce qui signifie que la plaine de l’Ighazer se trouvait à cette époque sous un climat soudanien (Dupont et Leroy 1995). Les précipitations augmentent pour atteindre 400 millimètres par an en plein Sahara (Yan et Petit-Maire 1994). Ce changement du bilan précipitation/évaporation favorise la formation de lacs saisonniers ou de marécages dans les dépressions topographiques comme l’Ighazer. C’est l’époque du grand humide de l’Holocène, dont l’optimum, situé entre 8 500 et 6 500 BP, est marqué par l’extension du Méga-Lac Tchad. Dans les massifs centraux du Sahara, comme à Tagalagal sur les monts Bagzan, on retrouve quelques traces de céramiques parmi les plus anciennes d’Afrique de l’ouest, indiquant la présence, même saisonnières de populations qui consomment les céréales sauvages en abondance.

    Une faune aquatique et lacustre, ainsi que de grands mammifères, se développent jusqu’aux pieds du massif du Hoggar. Entre la Tamesna et la plaine de l’Ighazer, s’étendait un grand lac alimenté par les déversements des rivières Timersoï et Ighazer. Ce lac peu profond se reformait probablement chaque année, les deux affluents se rejoignant vers In Abangarit pour former la vallée de l’Azawagh. Le début de cette vallée était l’exutoire unique des deux massifs sahariens, le Hoggar et l’Aïr, faisant de l’Ighazer une baignoire qui se remplissait plus rapidement qu’elle ne se vidait. Ce lac a également joué un rôle de delta intérieur en Ighazer, probablement difficile d’accès une grande partie de l’année, avec des nappes d’eau douce plus ou moins permanentes et des marécages étendus. L’extension des plans d’eau en surface est particulièrement remarquable pendant cet optimum, et les sols bruns témoignent d’une végétation herbacée abondante. Néanmoins, les marqueurs d’une activité humaine sont très ténus durant cette période, et ce n’est qu’après cet optimum climatique que l’homme marquera pleinement son passage, notamment par l’art rupestre et les monuments funéraires.


    L’aridification récente et les occupations humaines

    L’homme vivait de manière sédentaire dans cette région dès 7 000 BP, comme le montrent les études paléo-ethnologiques de Dutour (Dutour 1988). Ces populations néolithiques étaient connues jusque-là uniquement au Pléistocène supérieur du Maghreb et de la Nubie, ainsi que de l’Holocène inférieur du sud du Maroc. Cela suggère la possibilité d’une migration à travers le Sahara à la fin de la période aride du nord du Sahara, il y a environ 9 300 ans.

    Le pic d’humidité est suivi, à partir de 6 000 BP, par une évolution climatique caractérisée par une diminution de l’humidité et une baisse des températures. Des épisodes de sécheresse ou de salinisation, tels que ceux observés dans la cuvette de Taoudenni, sont enregistrés dans les dépôts lacustres (Petit-Maire 2021). Cet épisode, court mais significatif, est largement documenté au Sahel et au sud du Sahara, avec des variations chronologiques selon la latitude et la localisation géographique. Il dure environ 1 000 ans et est suivi d’un second épisode moins humide. Progressivement, les espèces végétales et animales sahéliennes disparaissent de la ceinture tropicale (Yan et Petit-Maire 1994).

    Un autre épisode très aride et de courte durée se situe vers 4 200/4 000 BP, interrompant toute sédimentation lacustre. L’assèchement est rapide et définitif dans de nombreuses régions, conduisant à la disparition des grands lacs du Sahara centro-méridional. À partir de 4 000 BP, le climat évolue progressivement vers le Sahara aride, qui persiste jusqu’à nos jours. Vers 1 000 BP, la limite nord du Sahel atteint progressivement sa position actuelle, à environ 17° N. Cette évolution climatique, dans une zone couvrant près de 6,5 millions de km², présente des similitudes remarquables avec celles enregistrées dans la péninsule Arabique et en Asie (Yan et Petit-Maire 1994).

    Au cours du Néolithique, l’homme commence à adopter un mode de vie plus sédentaire en maîtrisant progressivement son environnement, notamment grâce à l’élevage. La faune d’eau douce est abondante : le Crocodylus niloticus atteint l’Ighazer, ainsi que de grands mammifères de savane tels que l’hippopotame, le rhinocéros et six espèces d’antilopes de grande taille. Les populations néolithiques vivent dans cette région selon une économie de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs.

    C’est à partir de cette période néolithique que l’homme réoccupe plus sûrement la plaine de l’Ighazer, notamment le long des vallées de l’Ighazer Wan Agadez, du Timersoï et de l’Azawagh. Cette phase favorable, ponctuée de quelques épisodes plus arides, perdure jusqu’à environ 4 000 BP, lorsque le Sahara amorce son évolution vers son climat actuel. À cette époque, l’homme utilise des outils de plus en plus complexes et diversifiés, érige des monuments funéraires et se structure socialement, marquant une évolution sociétale majeure. Cette transformation sociale permettra à l’homme d’occuper même les milieux les plus arides et d’adapter son mode de vie aux ressources disponibles dans un environnement aussi difficile que celui du Sahara central.


    La plaine de l’Ighazer, mémoire vivante du Sahara

    De toutes les étapes qui ont façonné la longue histoire du Sahara, la plaine de l’Ighazer en est un témoin privilégié. Née au Jurassique dans un vaste environnement forestier et argileux, elle s’est transformée au gré des migrations continentales, des cycles climatiques et des alternances entre mers, lacs et déserts. Située à la charnière entre le Sahara et le Sahel, l’Ighazer a constamment joué un rôle d’interface : zone de passage, de drainage et de vie, même aux périodes les plus arides.

    Lorsque le désert atteignait son apogée, l’Ighazer demeurait un refuge, protégé par le massif de l’Aïr, drainant les eaux et abritant une faune et une flore adaptées. Durant les grands épisodes humides de l’Holocène, elle devint une vaste plaine lacustre et fertile, cœur d’un « Sahara vert » où l’homme préhistorique trouva un espace d’installation, de chasse et de pêche. C’est dans cette alternance de sécheresse et d’abondance que s’est forgée la mémoire écologique et humaine de la région.

    Aujourd’hui encore, la plaine de l’Ighazer conserve dans ses argiles, ses fossiles, ses bois silicifiés et ses vallées anciennes les traces de ce passé mouvant. Elle illustre à elle seule la complexité du Sahara, souvent perçu comme immuable, mais en réalité profondément vivant et changeant. À travers elle se lit la lente genèse d’un paysage, la persistance de l’eau au cœur du désert et la remarquable plasticité d’adaptation de la vie et des hommes face aux grandes mutations climatiques de la planète. Un patrimoine naturel et culturel majeur, une clé pour comprendre l’évolution du Sahara et, plus largement, celle de l’humanité dans les milieux extrêmes.

     


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    Les dinosaures de l'Ighazer

    jobaria

    afrovenator

    suchomimus

    ouranosaurus

    nigersaurus

    sarcosuchus

    nigerpeton

    Jobaria tiguidensis
    Afrovenator abakensis
    Suchomimus tenerensis
    Ouranosaurus nigeriensis
    Nigersaurus taqueti
    Sarcosuchus imperator
    Nigerpeton ricqlesi

    saharastega

    jobaria afrovenator suchomimus ouranosaurus ouranosaurus ouranosaurus
    Saharastega moradiensis
    Carcharodontosaurus saharicus
    Baharijasaurus ingens
    Elaphrosaurus iguidiensis
    Aegyptosaurus baharijensis
    Eocarcharia dinops
    Kryptops palaios