La plaine de l’Ighazer s’inscrit dans la partie septentrionale du bassin des Iullemmeden, où elle constitue un sous-ensemble du bassin sédimentaire du Timersoï. Elle est encadrée à l’est par les premiers contreforts du massif de l’Aïr, au nord par les ensembles montagneux de l’Ahaggar, et à l’ouest par les grandes unités dunaires et argileuses du Ténéré de Tamesna ainsi que par la vallée fossile de l’Azawagh. Au sud, elle est limitée par les falaises de Tiguidit, qui marquent la transition vers le plateau de la Tadarast et les formations gréseuses du Tegama.
La plaine de l'Ighazer
Elle constitue une vaste dépression endoréique située entre le massif ancien de l’Aïr et le système de cuesta formé par les falaises de Tiguidit au sud. Elle correspond à un bassin d’accumulation développé dans les formations détritiques des grès d’Agadez et des argilites du Continental intercalaire, qui affleurent respectivement sur les piémonts du massif et dans les niveaux plus bas de la dépression. D’un point de vue géomorphologique, l’Ighazer fonctionne comme un bassin de réception des écoulements issus de l’Aïr méridional, organisés autour de l’Ighazer wan Agadez, grand axe paléohydrographique qui draine encore aujourd’hui les eaux saisonnières vers les vallées fossiles de l’Azawagh. Son fonctionnement est souvent comparé à celui d’une vaste cuvette hydrologique ne disposant que d’un exutoire principal au niveau d’In Abangarit, en direction du nord-ouest.
Cette plaine s’étend sur près de 200 km en contournant le massif de l’Aïr au pied de la Tadarast. Elle est étroite au sud-est d’Agadez, puis s’élargit progressivement vers l’ouest et le nord, où elle forme de vastes surfaces argileuses planes, tantôt nues, tantôt faiblement végétalisées par des steppes clairsemées de graminées et de petits arbustes épineux. Deux grands types de paysages dominent : des surfaces parfaitement planes d’argiles compactées, et des zones légèrement ondulées couvertes de regs pierro-argileux, issus de la déflation différentielles.
L’Ighazer constitue une plaine d’épandage recevant les eaux de ruissellement issues des massifs de l’Aïr par l’intermédiaire de grands oueds temporaires. L’Ighazer wan Agadez, bien que largement fossile, peut encore être partiellement réactivé lors des épisodes pluvieux exceptionnels. Contrairement à d’autres systèmes voisins fortement ensablés comme le Timersoï, l’Azawagh ou la vallée de Sekiret, la plaine de l’Ighazer conserve des surfaces argileuses dénudés, ce qui permet le développement saisonnier d’une végétation herbacée abondante après l’hivernage. Cette productivité temporaire est à l’origine de la « Cure salée », grand rassemblement pastoral annuel qui attire les troupeaux du Niger et des régions sahéliennes voisines vers les zones d’eaux et de pâturages salins.
La présence de nappes phréatiques peu profondes, issues des systèmes aquifères des grès d’Agadez et de nappes artésiennes fossiles, contribue à maintenir des conditions hydrologiques favorables dans certaines zones basses (Bernus et al. 1999). Les affleurements d’argiles de l’Ighazer forment ainsi une vaste plaine monotone de regs et de surfaces d’épandage, contrastant fortement avec les paysages plus disséqués des marges de l’Aïr et des vallées dunaires environnantes (Greigert 1966).
La structure de cette dépression est cependant loin d’être uniforme. Des accidents tectoniques majeurs, notamment des réseaux de fractures, ont permis la conservation de reliefs résiduels constitués de grès plus récents, comme ceux de la formation de Tegama (buttes d’Anyokan, Teliginit, Azuza) ou des grès d’Agadez (Azelik, Aboy). Une importante discontinuité tectonique nord-sud individualise également un compartiment surélevé dans la région d’Asawas et de Tegidda n’Adrar, formant un promontoire gréseux avancé dans la plaine (Poncet 1986). Ces contrastes lithologiques et structuraux introduisent une diversité paysagère discrète mais essentielle dans un ensemble dominé par l’horizontalité argileuse.
Les alentours de la plaine
Du point de vue géographique, la plaine de l’Ighazer occupe une zone de transition majeure entre le Sahara et le Sahel. Sa partie septentrionale, située autour du 19ᵉ parallèle nord, relève d’un domaine strictement saharien, tandis que sa partie méridionale, vers le 16ᵉ parallèle, présente des caractéristiques plus sahéliennes. Cette transition se manifeste sur environ 200 kilomètres, entre Marendet, au pied des falaises de Tiguidit qui en constituent la limite méridionale, et la vallée d’Anou Zagarène, qui marque sa limite septentrionale. L’ensemble forme ainsi une vaste dépression de contact entre domaines climatiques, structuraux et écologiques contrastés, où s’articulent les dynamiques sahariennes et sahéliennes.
- les contreforts immédiats du massif - ou zone piémont - correspondent à des plateaux gréseux fortement disséqués, issus des formations sédimentaires du Continental intercalaire. Leur morphologie est très contrastée, alternant surfaces rocheuses dénudées, chaos de blocs et zones partiellement ensablées dans les vallées. Ces plateaux sont entaillés par un réseau dense d’oueds intermittents, qui constituent les principaux axes de drainage lors des épisodes pluvieux exceptionnels et favorisent le maintien d’une végétation plus dense, concentrée dans les bas-fonds et les zones d’accumulation hydrique.
La circulation dans ces espaces est particulièrement difficile en raison de la discontinuité des surfaces et de la présence de reliefs rocheux et de thalwegs encaissés, imposant de nombreux détours aux déplacements humains et pastoraux. À l’ouest, la bordure avec l’Ighazer est entaillée par des oueds qui témoignent d’anciennes phases d’écoulement plus énergétiques liées aux périodes humides du Quaternaire.
Vers le sud du massif, cette limite morphologique devient plus diffuse : le passage entre les reliefs de l’Aïr et la plaine se fait progressivement, sans escarpement continu, traduisant une transition géomorphologique plus douce. Cette zone méridionale constitue également l’un des secteurs écologiques les plus diversifiés de la région. Les travaux de géographie physique saharienne soulignent que ces espaces de transition jouent un rôle essentiel comme refuges de biodiversité et comme zones de complémentarité pastorale dans les systèmes nomades régionaux.
- le plateau de la Tadarast constitue une unité morphologique majeure en bordure méridionale de la plaine de l’Ighazer, formant une transition progressive entre les espaces déprimés argileux et les plateaux gréseux de l’Aïr. Il est dominé au nord par la grande falaise de Tiguidit, qui décrit un vaste arc de cercle de plus de 200 km, depuis Tazolé à l’est jusqu’à In Gall à l’ouest. Cette escarpement majeur correspond à une limite structurale contrôlée par la tectonique régionale et par l’érosion différentielle des formations du Continental intercalaire, mettant en contact les plateaux tabulaires gréseux et les plaines d’accumulation de l’Ighazer.
À partir d’In Gall vers le nord-ouest, la continuité de la falaise s’atténue progressivement : les reliefs se fragmentent en buttes isolées et en affleurements discontinus, marquant une transition morphologique diffuse entre la Tadarast et la plaine de l’Ighazer. Au sud et au sud-est d’Agadez, les grès de Tiguidit forment de vastes plateaux tabulaires largement recouverts de sables éoliens ténéréens, d’où émergent de nombreuses buttes résiduelles de quelques mètres de hauteur, vestiges de l’ancienne couverture gréseuse progressivement démantelée par l’érosion. Cette morphologie confère au paysage un aspect de pseudo-chaos rocheux dans une matrice sableuse, caractéristique des marges sahariennes de l’Aïr.
Sur ces surfaces dunaires fixées, légèrement inclinées vers le sud, se développent des vallées peu profondes favorisant l’installation d’une végétation arbustive sahélienne. Parmi les espèces caractéristiques figure Commiphora africana — appelée localement adaras —, qui a donné son nom à la zone et constituait autrefois un élément structurant des formations végétales locales (Ozenda 1991). Cette espèce, adaptée aux conditions arides et aux sols sableux stabilisés, a cependant fortement régressé à la suite des épisodes de sécheresse sévères des années 1970 et 1980, entraînant une transformation durable des paysages végétalisés en espaces plus ouverts et dégradés.
- la plaine de Talak correspond à une étroite dépression argileuse — synclinal — située en bordure occidentale de l’Aïr, entre environ 18°15’ et 18°45’ de latitude nord. Son origine géologique remonte au Carbonifère supérieur, vers 340 millions d’années, lorsque la région du bassin du Timersoï fut affectée par les cycles de glaciation et de déglaciation gondwaniens. La fonte des masses glaciaires entraîna une remontée relative du niveau marin et l’envahissement temporaire des marges continentales par des eaux peu profondes, favorisant le dépôt des argilites du Talak dans un environnement marin ou lagunaire calme (Konaté et al. 2007). Aujourd’hui, la vallée du Talak forme une large plaine argileuse recevant les eaux de plusieurs vallées descendant de l’Aïr ; son drainage s’effectue uniquement par la vallée d’Akokan, qui contourne par le sud la ville d’Arlit avant de rejoindre les dépressions de l’ouest nigérien.
- les falaises de Tiguidit constituent l’un des ensembles morphostructuraux majeurs de la bordure occidentale de l’Aïr méridional et marquent une rupture topographique nette entre les plaines argileuses de l’Eghazer et les plateaux gréseux du Continental intercalaire. Leur tracé général, relativement rectiligne sur plusieurs dizaines de kilomètres, est néanmoins profondément affecté par un réseau de fractures tectoniques de direction méridienne qui ont contrôlé à la fois l’érosion différentielle et la conservation locale des reliefs résiduels. Ces discontinuités structurales ont favorisé le maintien de buttes-témoins et de tables gréseuses isolées qui émergent aujourd’hui comme de véritables « îles » rocheuses au-dessus des plaines d’épandage argilo-sableuses. Ces reliefs résiduels correspondent à des fragments préservés de l’ancienne couverture gréseuse mésozoïque du bassin des Iullemmeden, progressivement démantelée par les processus combinés d’érosion fluviatile et éolienne depuis le Tertiaire supérieur (Bernus 1974).
La fracture la plus remarquable est celle jalonnée par les buttes situées à l’est de Tegidda-n-Tesemt, où émergent les sources salées de Gélélé et d’Azélik. Ces résurgences sont directement liées à des circulations souterraines dans les formations du Continental intercalaire et témoignent de remontées d’eaux minéralisées le long des lignes de faille. Depuis l’Antiquité et surtout à l’époque médiévale, ces sources salifères ont joué un rôle économique fondamental dans les réseaux caravaniers transsahariens ; les salines d’Azélik ont notamment constitué un centre ancien d’extraction et d’échanges du sel, en relation avec les routes reliant l’Aïr aux régions soudanaises. Plus à l’est, le mont Azuza domine le lit mineur de l’Eghazer wan Agadez, vallée fossile temporairement réactivée pendant la saison des pluies, lorsque les écoulements issus de l’Aïr rejoignent les dépressions de l’Azawagh (Poncet 1986).
La montagne Awalawel, près d’In Gall, occupe une place particulière dans la géographie culturelle et mémorielle des sociétés nomades de la région. Visible à très grande distance dans l’horizontalité désertique, elle sert traditionnellement de repère pour les caravanes chamelières convergeant vers le marché et la palmeraie d’In Gall, centre des échanges pastoraux et saliniers. D’autres reliefs isolés structurent également l’espace et les récits historiques régionaux : la butte d’Anyokan, caractérisée par son profil tabulaire et ses extrémités en gradins, apparaît comme une table gréseuse témoin typique des formes d’érosion différentielle sahariennes ; la montagne de Teliginit demeure quant à elle associée dans les traditions orales Gobirawa aux migrations historiques des populations haoussa vers le sud-est nigérien. Enfin, au nord-est d’In Gall, l’alignement montagneux de Shin Neguran présente une succession de pyramides tronquées reliées entre elles, correspondant à des compartiments structuraux individualisés par les fractures méridiennes qui affectent l’ensemble de la falaise de Tiguidit.
L’ensemble de ces reliefs illustre ainsi l’interaction entre tectonique ancienne, dynamiques climatiques quaternaires et influent les pratiques de mobilité sahariennes. Les travaux de géomorphologie régionale montrent que ces buttes résiduelles ne sont pas seulement des formes d’érosion passive : elles constituent aussi des repères territoriaux, des lieux de mémoire et des points d’organisation des circulations caravanières dans un espace désertique où la visibilité lointaine joue un rôle essentiel dans les déplacements humains.
- la Tamesna marque, au nord de l’Azawagh et de l’Ighazer, la transition vers les espaces hyperarides du Sahara central et constitue l’un des premiers ensembles désertiques continus de cette région sahélo-saharienne. Cette vaste pénéplaine repose principalement sur les formations du Continental intercalaire, vaste complexe gréseux et argilo-sableux d’âge mésozoïque qui affleure largement dans le bassin des Iullemmeden. Ces formations sont recouvertes par des accumulations de sables éoliens quaternaires, héritées des grandes phases arides du Pléistocène supérieur et continuellement remobilisées par les vents dominants de secteur nord-est. La morphologie générale de la Tamesna se caractérise par une topographie extrêmement plane et faiblement disséquée, où les reliefs résiduels demeurent rares ; le principal accident morphologique correspond à l’ancienne vallée du Timersoï, aujourd’hui largement colmatée et ensablée sous l’effet des dynamiques éoliennes pléistocène et holocène. Cette vallée fossile témoigne de l’existence d’anciens écoulements plus actifs durant les périodes humides africaines du Quaternaire récent.
Dans cet environnement marqué par une très forte variabilité pluviométrique, les épisodes de précipitations exceptionnelles jouent un rôle écologique déterminant en permettant le développement rapide d’une végétation annuelle éphémère adaptée aux conditions arides. Parmi ces espèces, Schouwia thebaica — appelée localement alwat — occupe une place essentielle dans les systèmes pastoraux nomades (Ozenda 1991). Cette brassicacée saharo-sahélienne apparaît massivement après les pluies et constitue un pâturage recherché pour les troupeaux camelins et caprins en raison de sa forte valeur fourragère et de sa capacité à pousser rapidement sur les sols sableux pauvres. Les parcours de la Tamesna sont ainsi intégrés depuis des siècles aux circuits de transhumance des groupes touaregs Ihaggaren ainsi que des tribus arabes Kounta, dont les mobilités saisonnières reposent sur une connaissance fine des ressources hydrauliques temporaires et de la dynamique des pâturages désertiques. Les études géographiques et anthropologiques consacrées aux sociétés pastorales sahariennes soulignent que ces espaces, malgré leur apparente vacuité, constituent des territoires structurés par des itinéraires de circulation, des points d’eau intermittents et des usages collectifs des ressources végétales adaptés à l’extrême instabilité écologique du Sahara central.
- l’Azawagh doit son nom à l’ancien réseau hydrographique fossile qui traverse cette vaste dépression sahélo-saharienne au sortir de la plaine de l’Ighazer, en recueillant notamment les eaux des vallées du Timersoï et de l’Ighazer wan Agadez. Cette paléovallée correspond à un système de drainage hérité des phases humides du Quaternaire ancien et moyen, aujourd’hui largement inactif, mais encore lisible dans la morphologie régionale et dans les dépôts alluviaux fossilisés. Le substratum géologique de l’Azawagh est constitué de formations calcaires, marneuses et argileuses d’âge crétacé à paléocène, appartenant à la bordure méridionale du bassin des Iullemmeden. Ces séries sédimentaires ont été profondément disséquées par les dynamiques d’érosion fluviatile et éolienne avant d’être recouvertes, au Pléistocène supérieur, par d’importants manteaux de sables dunaires mis en place durant la phase hyperaride en particulier de l’Ogolien, entre environ 20 000 et 15 000 BCE (Paris 1995). Cet épisode climatique, corrélé au Dernier Maximum Glaciaire, se caractérise par une extension majeure des processus éoliens sahariens et par une forte régression des réseaux hydrographiques actifs dans l’ensemble du Sahara central et méridional. Les accumulations sableuses qui en résultent ont remodelé les anciens talwegs et contribué à l’ensablement progressif des vallées fossiles de l’Azawagh, donnant naissance au paysage actuel de plaines sableuses et de bas-fonds interdunaires.
- le Ténéré constitue l’un des ensembles désertiques les plus vastes et les plus emblématiques du Sahara central, s’étendant à l’est de l’Aïr jusqu’aux confins du massif du Tibesti et du bassin du lac Tchad. Il s’agit d’une immense plaine sableuse dominée par des ergs continus et des surfaces de regs très peu végétalisées, héritées des grandes phases arides quaternaires qui ont favorisé la mise en place et la remobilisation des dunes. Sur le plan géologique, elle repose sur les formations du bassin des Iullemmeden, largement recouvertes de dépôts éoliens épais, qui masquent en grande partie les structures anciennes. La Ténéré est ainsi un espace d’extrême aridité, où les dynamiques hydrologiques sont quasi absentes en dehors de quelques oueds fossiles, et où la vie végétale et humaine se concentre dans de rares zones d’accumulation d’eau souterraine ou de points d’accès aux nappes phréatiques. Malgré cette apparente homogénéité, elle constitue historiquement un espace de circulation majeur des caravanes transsahariennes reliant le Maghreb, le Sahel et le bassin du Tchad.
- l’Aïr, souvent qualifié de « montagne bleue », l’Aïr constitue un vaste massif cristallin du Sahara central qui joue un rôle majeur dans l’alimentation hydrologique et la structuration morphologique de la plaine de l’Ighazer. Les premières incisions du réseau hydrographique y sont datées d’environ 3,8 à 2,6 Ma par Morel, marquant la mise en place progressive d’un drainage hiérarchisé au cours du Néogène (Durand 1995). Ce réseau est encore visible aujourd’hui sous forme d’étroites vallées encaissées où circulent des écoulements torrentiels lors des épisodes orageux de l’hivernage. L’organisation générale du massif est asymétrique, avec un axe nord-sud légèrement décalé vers l’est, ce qui conditionne une dissymétrie hydrologique : les deux tiers des précipitations qui tombent sur l’Aïr s’écoulent vers l’ouest en direction de la plaine de l’Ighazer et des grandes vallées sableuses du Tamesna.
Les reliefs de l’Aïr comptent parmi les plus élevés du Sahara central, atteignant localement plus de 2000 m d’altitude (Bagzan, Greboun). Ils résultent de la combinaison d’un socle cristallin ancien et d’épisodes magmatiques et volcaniques plus récents, particulièrement actifs au Miocène-Pliocène (Rognon 1994), en lien avec les premières grandes phases d’aridification saharienne. La morphologie actuelle s’explique par des soulèvements tectoniques successifs intervenus du Tertiaire au Quaternaire, accompagnés de réajustements structuraux majeurs. Le massif est notamment affecté par de grands complexes annulaires hérités du Paléozoïque (Ordovicien-Silurien), dont les reliefs résiduels, comme le mont Gréboun, culminent autour de 2000 m et témoignent de la persistance de structures anciennes du socle gondwanien, surélevées d’environ 600 m par rapport aux surfaces environnantes (Liégeois et al. 1994).
Sur le plan structural, l’Aïr est subdivisé en trois grands terranes — Barghot, Aouzegueur et Assodé — dont les deux derniers se prolongent vers le Hoggar oriental, dessinant un ensemble linéaire de près de 1000 km de long pour environ 150 km de large. Ces unités sont séparées par de grands accidents tectoniques, notamment la zone de cisaillement nord-sud de Raghane et la faille d’Arlit, qui marque la limite occidentale avec la dépression de l’Ighazer. Cette organisation en blocs explique la juxtaposition de plateaux, de crêtes et de dômes volcaniques qui caractérisent le paysage de la « montagne bleue », où les reliefs sont souvent abrupts et entaillés de profondes gorges.
Les modèles d’évolution géomorphologique proposent deux principales hypothèses pour expliquer cette architecture : soit une remontée mantellique de type point chaud, soit une réactivation de structures panafricaines préexistantes, exploitées comme zones de faiblesse de la croûte terrestre (Morel 1985). Les épisodes volcaniques les plus récents, concentrés au Miocène et au Pliocène, ont contribué à l’édification des principaux sommets actuels, tout en coïncidant avec les premières phases d’aridification du Sahara (Rognon 1994). L’ensemble du massif présente ainsi une dissymétrie marquée : vers l’ouest, les oueds alimentent l’Ighazer et les grands systèmes sableux du Tamesna, tandis qu’à l’est les reliefs plongent brutalement vers le désert du Ténéré, où les précipitations sont rares et rapidement absorbées par les sables.
Enfin, l’évolution du massif s’inscrit dans une longue histoire géologique : socle précambrien pénéplané, épisodes de recouvrement sédimentaire au Carbonifère inférieur et au Crétacé, puis exhumation progressive au Tertiaire et au Quaternaire (Morel 1985). Les phases d’incision fluviatile du Plio-Quaternaire ont structuré un système de terrasses étagées, parfois au nombre de six, dont la lecture est complexifiée par les processus de déflation éolienne et de remaniement climatique successif. Ces archives morphosédimentaires enregistrent notamment les alternances entre phases humides (Ghazalien) et phases arides (Kanémien), visibles dans les stratigraphies régionales (Morel 1983). Certaines terrasses constituent aujourd’hui de véritables couloirs écologiques, abritant des formations végétales relativement denses et concentrant l’essentiel des activités agricoles et humaines du massif, dans un environnement saharien par ailleurs fortement contraint.
Vue du satellite
Vue depuis l’imagerie satellitaire, la plaine de l’Ighazer apparaît comme une vaste dépression clairement individualisée entre les grands ensembles structuraux du Sahara central. À l’est, le massif de l’Aïr, culminant à plus de 2000 mètres, constitue un important château d’eau orographique dont les eaux de ruissellement alimentent périodiquement la plaine lors des épisodes pluvieux. Ces apports hydriques, aujourd’hui très limités dans l’espace et dans le temps en raison de l’aridification actuelle, témoignent néanmoins d’un fonctionnement hydrologique beaucoup plus actif au cours des phases climatiques plus humides du Quaternaire, durant lesquelles les argiles de l’Ighazer ont été mises en place et modelées.
Au sud, la continuité des écoulements est interrompue par la barrière morphologique des falaises de Tiguidit, qui réorientent les flux vers le nord et contribuent à concentrer les drainages en direction de l’axe principal de sortie de la dépression. Celui-ci s’effectue au niveau d’In Abangarit, point de convergence hydrologique majeur qui marque l’ouverture vers la vallée fossile de l’Azawagh. Cette dernière se prolonge ensuite vers le sud-ouest en direction du Dallol Bosso et des systèmes alluviaux du Niger, dessinant un ancien réseau fluviatile aujourd’hui largement inactif mais encore lisible dans la topographie.
Dans cette configuration, la plaine de l’Ighazer peut être interprétée, notamment dans sa partie septentrionale, comme un ancien bassin de type endoréique fonctionnant par phases comme un véritable système de rétention interne, proche d’un delta intérieur. Les apports combinés des oueds de l’Aïr et des reliefs périphériques pouvaient y former des étendues lacustres temporaires, voire des plans d’eau plus durables, accompagnés de zones marécageuses étendues lors des périodes climatiques plus humides (Beltrami 1982). Aujourd’hui, en revanche, la faiblesse des précipitations limite fortement la portée des écoulements : les eaux des oueds ne pénètrent la plaine que sur de courtes distances avant de s’infiltrer ou de s’évaporer.
Ainsi, l’ensemble Aïr-Ighazer–Azawagh fonctionne comme un système hydrologique fossile à exutoire unique, comparable à une vaste cuvette drainante dont la vidange est lente et irrégulière. Cette organisation explique à la fois la forte lisibilité satellitaire des structures paléogéographiques et la persistance d’indices morphologiques attestant d’anciens environnements lacustres et deltaïques aujourd’hui disparus.
Références
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