Chroniques d'un désert annoncé

Azelik est le lieu d'une ville historique de la sous région sur la voie des transahariennes liant le Fouta-Jalon à l'Egypte. Lieu également d'exploitation ancestrale du cuivre et plus récemment du sel des sources salines de Teggida n'Tessoumt, ce sera dorénavant l'uranium qui alimentera les fantasmes avec son lot de chinoiseries ...

L'exploitation de ce minerai stratégique vient de débuter dans la région soumise à une course effrénée de la part des puissances développées en quête de nouveaux pillages en Afrique. Elles bousculent tout sur leur passage (ce n'est pas nouveau) et ne se soucis guère de la matière organique, les plantes les animaux et les hommes vivant sur ces terres, car seul le minerai précieux les intéresse. On croirait au premier abord qu'il n'y a d'ailleurs que des machines qui travaillent, tellement les hommes sont petits à coté d'elles ...

Ainsi Azelik se prend à rêver et retrouver un temps sa splendeur passée, qui risque bien d'être éphémère ... De nouveaux des constructions poussent, de deux types, l'une plutôt traditionnelle en banco avec une porte voire une fenêtre aussi, disposée aux aléas de l'urbanisme local ... l'autre en dur et démesurément grande entourée de mur, surplombée de tôle et surtout bien rangée que cela ne donne pas envie d'y entrer, ce sont bien entendu les concessions chinoises ou logent les ouvriers.

Nous ne sommes que passé rapidement à Azelik et n'avons pas vue d'ombre chinoise ! sans doute déjà au fond des mines ? ce qui est sur, et même si les concessions nigériennes accueillent en principe du monde, le nombre de personnes qui occuperaient ces logements miniers est plus élevé que les habitants locaux !?

Tiens un camion de l'eau de Rharous vient de passer abreuver les ouvriers ... et dire qu'a Teggida n'Tessoumt il n'y a pas d'eau douce ! Maintenant Azelik est desservi par une latérite toute neuve qui fait beaucoup parler d'elle, et notamment les excavations creusées pour retirer l'argile de sa construction. Pendant l'hivernage elles se remplissent d'eau et nombre d'animaux s'y sont déjà noyés, un père et son enfant aussi.

Autre chinoiserie, le sultan d'Agadez a été obligé d'interdire l'égorgement des ânes, certes moins chers que les moutons, mais sûrement pas dans les moeurs locaux ...
 

Depuis des millénaires les populations nomades du Néolithique fréquentaient l’immense plaine de l’Irhazer où elles faisaient pâturer leurs animaux le long des parcours jalonnés de point d’eau. Après l’épopée libyco-berbère des Garamantes, ce sont les Touaregs, les Peulhs et plus tardivement les tribus arabes Kounta qui se déplacent dans cette immensité où ils trouvent et gèrent traditionnellement les ressources.

Nécessaires à l’économie pastorale

Les puits et les sources qui captent l’aquifère des grèsd’Agadez servent de points d’abreuvement pour leurs troupeaux. Pour les animaux de l’ensemble du Niger, cette région est très importante. Chaque année, après l’hivernage, ils font des milliers de kilomètres, depuis le sud, pour venir brouter l’herbe nouvelle et boire l’eau chargée de natron. Ce régime alimentaire et cette transhumance structurelle sont tout à fait bénéfiques pour la santé de l’animal et son engraissement. Ce moment annuel d’échanges culturels et de fêtes dure deux à trois mois et rassemble les 2/3 du cheptel nigérien : c’est la cure salée.

chroniqdesert1

Les contraintes du milieu

L’aquifère des grès d’Agadez, seule ressource en eau de la région, est fossile. Les datations au carbone 14 de ses eaux (1) révèlent que la dernière recharge s’est déroulée au cours du dernier humide néolithique il y a 3000 ans environ, à la fin de l’époque paléoclimatique du Nigéro-tchadien. Depuis, le réservoir se vide inexorablement et d’autant plus rapidement que la ressource est de plus en plus fortement sollicitée par l’octroi anomique de concessions minières.
Jusqu’alors, la ville d’Agadez pompait ses besoins dans la nappe contiguë de l’oued Téloua qui bon an mal an se rechargeait annuellement avec les pluies de mousson. Ce choix correspondait à une démarche éthique en hydrogéologie : n’utiliser les eaux fossiles qu’en dernière extrémité. Mais avec l’accroissement démographique (150 000 habitants) et surtout à cause du changement climatique, la ressource renouvelable est devenue insuffisante.

Depuis 2006, la ville a été contrainte de déplacer son approvisionnement en eau de 35 km vers l’Ouest et de puiser 8000 m3 par jour dans l’aquifère des grés d’Agadez. 

La surenchère du pillage

Sous l’ère du général/président Kountché, début 1970, se mettait en place un projet d’hydraulique pastorale dans la plaine de l’Irhazer : soit une vingtaine de forages dans la zone artésienne de l’aquifère. Mais des négligences, l’absence de suivi et d’entretien des infrastructures ont provoqué la ruine des équipements et la fuite annuelle de plus de 1,5 millions de m3 d’eau qui se perdent par évaporation.
Malheureusement, cette région regorge d’uranium et par la suite vinrent les projets miniers dont le comportement se résume à « prendre et partir ». De plus le pillage anomique de la ressource minière (charbon et uranium) s’accompagne de celui de la ressource en eau au détriment du développement durable notamment touristique et pastoral, car la ressource n’est pas renouvelable.

Ce sont par exemple :

- 10.000 m3/j qui sont prélevés à Rharous, depuis 1980, pour les mines de charbon et la ville de Tchirozérine,
- 20.000 m3/j, prévus par la COGEMA, pour la nouvelle exploitation uranifère d’AREVA à Imouraren,
- 4000 m3/j pour la mine d’uranium d’Azelik qui est maintenant en début d’exploitation par une compagnie chinoise.

De plus, les sociétés COMINAK et SOMAÏR respectivement dans les villes d’Akokan et d’Arlit ont déjà épuisé à 70% l’aquifère carbonifère plus au nord du Tarat, à raison de 22 000 m3/j depuis 38 ans. Maintenant elles manquent de ressources en eau et elles envisagent d’utiliser un pipe line de 30 km et de déplacer leurs pompages vers l’ouest c'est-à-dire…. dans la
nappe des grès d’Agadez !

Les permis de recherche et d'exploitation d'uranium récemment délivrés par le ministère de l’Energie et des Mines de Niamey vont également contribuer à des ponctions irréversibles. Le pillage risque de s’accentuer. A la fin de la décennie 70, une étude du BDPA identifiait la possibilité d’irriguer 38 000 hectares dans la plaine de l’Irhazer. Ce nouveau pactole a excité les convoitises géopolitiques du guide suprême M. Kadafi qui proposait récemment de financer la mise en valeur céréalière de la plaine à l’aide d’une quantité phénoménale d’eau naturellement puisée dans la nappe des grès d’Agadez. Mais ceci fait fi des facteurs pédologiques et climatiques propres à la région : les sols sont ici riches en natron (bicarbonate de sodium), l’eau est bicarbonatée sodique et de plus, l’évaporation est extrêmement forte. Tout ceci risque de déboucher sur une augmentation de la salinité des sols et de leur dégradation. 

Une gestion surprenante

Pourtant, depuis longtemps il y avait lieu de s’inquiéter de l’avenir de la région. Dans son rapport de 1990 « Etude prévisionnelle d’exploitation de la nappe des grès d’Agadez par modèle mathématique », le projet NER/86/00 du PNUD et du ministère de l’Hydraulique et de l’Environnement du Niger, s’alarmait des conséquences irréversibles, sur la nappe, des prélèvements prévus sur le court et moyen terme.
La gestion quantitative de l’eau n’est pas vraiment une préoccupation des sociétés et des autorités publiques du Niger. Dans une région où l’eau est rare, un comportement éthique consisterait à l’économiser pour les générations futures. Or, en instaurant la gratuité de l’eau pour les résidents des villes minières, les responsables miniers ont provoqué une surconsommation inutile et irresponsable. La gabegie est telle qu’un habitant prélève en moyenne 500 litres par jour soit 5 fois la consommation d’un européen.

Mais ces sociétés ne s’intéressent guère plus à la qualité des eaux. A Arlit, à Akokan comme à Tchirozérine, les eaux dites potables sont probablement contaminées par les nitrates résultants des tirs de mine qui utilisent la nitroglycérine et le nitrate d’ammonium comme explosif. Par ailleurs, par mesure d’économie, les eaux usées des égouts sont directement utilisées pour l’irrigation et la typhoïde est devenue endémique dans la région. 

Quel avenir ?

Avec un prélèvement actuel de 25 millions m3 par an (mais non exhaustif compte tenu de l’accélération de la délivrance des permis d’exploitation de l’uranium, du futur projet des salines de Tédikelt, des projets pharaoniques d’irrigation…), on peut s’attendre au dénoyage complet de la partie ouest de l’aquifère et à la chute drastique du niveau piézométrique du coté oriental.
Les points constitutifs du réseau d’abreuvement du bétail pastoral puits et sources (cure salée) seront asséchés et les éleveurs privés d’eau. Le tarissement général privera les villages de tout approvisionnement. De plus à l’ouest et vers le sud à In Gall, des dépôts importants de chlorure de sodium du Jurassique risquent de se déverser dans la nappe d’eau douce par inversion de gradient.
Mais les compagnies minières ne s’inquiètent pas de cette catastrophe annoncée car les gisements d’uranium auront été également épuisés et la région ne présentera plus d’intérêt pour elles et leurs actionnaires. Leur départ sonnera le glas du développement, la fin de l’économie pastorale (qui est la deuxième du pays, soit 11% du PIB) et celle du tourisme : deux des savoir-faire autochtones. Si les pouvoirs publics nigériens ne réagissent pas rapidement, dans un avenir proche, la ville d’Agadez, capitale et sultanat de l’Aïr, sera désertée par manque d’eau et toute forme de développement humain et touristique abandonnée.

Curator emeritus

Article extrait de La malédiction de l'uranium - Le Nord-Niger victime de ses richesses - Tchinaghen Editions - 2008

(1) Analyses effectuées par l’AIEA de Vienne

Uranium et dinosaures

Jobaria

Tout commence avec la défaite de la première révolte anticoloniale sénoussite du début du 20ème siècle. 

Kaocen, alors chef rebelle targui du nord du Niger, s’enfuit du sultanat d’Agadez laissant le champ libre aux prospecteurs miniers qui sont à la recherche de matières premières afin de satisfaire la demande européenne du début de l’ère industrielle. Ces prospecteurs découvrent, dans la région d’Agadez, l’uranium, mais également une autre ressource naturelle : les gisements de dinosaures du Jurassique et du Crétacé. 

Plus tard, dans les années 60, les géologues de la ville minière d’Arlit, étonnés par l’importance de l’ossuaire, invitent le paléontologue Ph. Taquet du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, à venir échantillonner les sites. Ph. Taquet exhume un squelette d’iguanodon (Ouranosaurus nigeriensis) et a l’élégance de le laisser au Niger et d’en faire profiter les visiteurs du musée de Niamey.

Conséquemment, le grand public est informé de l’importance des gisements et la démesure s’installe. Les sites sont régulièrement pillés par des collectionneurs amateurs, des affairistes aventuriers, des scientifiques sans vergogne … Les  weekends les cadres des villes minières viennent s’y amuser en famille. Des expéditions en 4x4 sont organisées depuis l’Italie sous l’étiquette fallacieuse de "scientifique". Pour mettre fin à l’avidité profanatrice, le colonel Kountché, alors président du Niger, fait interdire l’accès des gisements. Pendant 25 ans (1969-1993) les dinosaures reposèrent en paix.

Mais tout redémarre en 1993 avec la déréglementation. Le "n’importe quoi" devient négociable et à la suite des chimères du Paris-Dakar, on ouvre à nouveau la chasse aux dinosaures. Depuis,  des artéfacts de la Préhistoire et des moignons de dinosaures sont vendus à l’étal à Agadez, à  Niamey et même dans l’enceinte de l’aéroport international.

Pensant contrôler la migration des dinosaures, l’Institut de Recherche des Sciences Humaines (IRSH) met en place des textes législatifs limitant la recherche et l’exportation des squelettes à des accords préalables délivrés par l’IRSH. Peine perdue, ceci ne permet pas de colmater les fuites pour autant. En 2006, Ulrich Joger, professeur au musée du Braunschweig en Allemagne, découvrait un Jobaria et obtenait l’aval de l’IRSH pour l’exporter. Mais de retour sur le site, l’animal avait disparu. Se trouve-t-il à la foire annuelle du dinosaure de Tucson (Arizona) où des dizaines de tonnes de fossiles sont négociées chaque année…? Une enquête est ouverte.

De plus, le contrôle monopolistique de l'IRSH, produit des effets pervers car il écarte et méprise les habitants de la région. En pleine deuxième rébellion touareg (1991-1995), Paul Séréno (surnommé Indiana Bones par ses pairs) de l’université de Chicago enlève plusieurs tonnes d’ossements malgré les protestations véhémentes des touareg d’In Gall. L’année suivante, mais avec la bénédiction officielle de l’IRSH et protégé du mécontentement des populations autochtones par un onéreux dispositif militaire, il récidive  en embarquant le premier Jobaria tiguidensis de l’Histoire, une espèce nouvelle en complète connexion anatomique. Cette pièce, unique au monde, fait maintenant la réputation du musée paléontologique de…Chicago ! Les habitants d’Agadez en reste pantois …

Depuis, les fuites deviennent hémorragiques. Les activités néocoloniales d’Indiana sont déclarées "confidentielles". Tel un ectoplasme, il laisse des traces à Gadoufawa, on suppute sa présence dans le Téfidet mais d’autres le soupçonnent au puits de Mazalet. Il est nulle part mais surtout partout … les dinosaures se soulèvent à son passage !

Entre temps, Chicago s’enrichit de Carcharodontosaurus iguidensis, Nigersaurus taqueti (sans doute pour s’attirer les bonnes grâces du professeur éponyme), Rebbachisaurus tamesnensis, Sarcosuchus imperator, Afrovenator  abakensis,  Suchomimus tenerensis… La troisième rébellion targuie (2007… ?) n’arrête pas Indiana pour autant. Malgré les démarches d’indignation des maires touareg des localités d’Aderbissinat, Tchirozérine, Tabelot, In Gall…, il embarque Kryptos palaios et Eocarcharia dinops.

Pourtant, dans un premier article d’investigation, (EUREKA n° 65, mars 2001), le journaliste Pedro Lima avait tenté d’alerter la communauté  des exactions commises par des scientifiques sans conscience. Il recueille les témoignages inquiets d’élus locaux, comme Mohamed Echeka, qui tente de préserver cette richesse de la spoliation et du retour d’Indiana Bones.

La machine s’emballe. En Allemagne, le professeur Ulrich Joger hérite de plusieurs spécimens et en Espagne le musée d’Helche entre également en compétition.

Ces fossiles sont tous des monotypes c'est-à-dire d’une grande valeur scientifique et muséologique. Des centaines de chercheurs, et des millions de visiteurs viennent les voir au musée de Chicago. Des reproductions en résine sont vendues à d’autres musées et à des parcs d’attraction du monde entier, des thèses sont soutenues, …

Tout ceci est très lucratif et génère le soutien financier de National Geographic, des articles scientifiques et de vulgarisation, des crédits de recherches, des voyages et symposiums… dont sont totalement exclus les nigériens mis à part l’historien Boubé Gado bien qu’il ne soit pas paléontologue. Malgré cela, ce dernier avec la bénédiction intéressée d'Indiana Bones, s’adoube "spécialiste des dinosaures". Son génie éclipse toutes les tentatives de mettre en place un véritable corpus national de paléontologues et de muséologues qui auraient pu enfin faire profiter le Niger de retombées financières et intellectuelles.

Pourtant, les hommes de bonne volonté et les initiatives ne manquent pas. Les géologues de l’université de Niamey qui ont vocation en la matière, voient d’un mauvais œil ce monopole. Ils souhaitent un véritable partenariat multilatéral, des bourses de doctorat, un plan de développement pour mieux maîtriser le patrimoine et son avenir national... Les tentatives, auprès de l’UNESCO de faire classer "patrimoine de l’humanité" les gisements de dinosaures n’ont pas abouti. Alors que de très nombreux collectionneurs repentis sont prêts à restituer au Niger le contenu de leurs tiroirs dans le cadre d’une muséologie responsable, le projet de musée archéologique et paléontologique d’Agadez est resté  dans les cartons.

Malgré tout ces blocages institutionnels, une "Association pour la Protection du Patrimoine Paléontologique du Niger" (APPPN) est crée en 1996 par le géologue d’In Gall Ahmed Alghous et le logisticien Aghali Bazo. Avec l’aide de Suji Sato, un géologue minier japonais spécialiste de la région, l’APPPN tente pendant trois ans de limiter les dégâts dans la plaine de l’Irhazer en créant un écomusée. Elle sensibilise les populations à la préservation, organise avec les agences touristiques des visites respectueuses et jette les bases d’un petit musée local.  Mais privée du soutien des autorités administrative et avec la diabolisation politique du nord-Niger, le projet s’essouffle,  l’association est désormais dissoute.

Science sans conscience n'est ici que sous développement. Le néocolonialisme scientifique est en train de vider la région du nord-Niger de ses richesses préhistoriques et paléontologiques au détriment du développement touristique, de l’emploi des jeunes, des compétences locales et des populations autochtones qui sont systématiquement écartées des décisions prises à Niamey… Dés lors, Il ne faut pas s’étonner du mécontentement général et des actes de rébellion targuie qui perdurent depuis un siècle.

Mettre en avant le prétexte de la "Connaissance Scientifique" en soi, n’est pas valide et s’apparente à de l’impérialisme scientifique si les populations autochtones  ne sont pas associées aux processus d'acquisition des connaissances et d’exploitation de la ressource. Jusqu’alors, cette dernière n’a profité qu’aux musées et universitaires occidentaux, alors que Niamey n'hérite que de pâles copies en plastique. Il est temps que les populations du nord-Niger  reprennent leurs droits lors de la  mise en place d’un partenariat équitable qui viserait entre autre l'occupation  salvatrice et résiliente des jeunes touareg au travers de l’écotourisme. Ceci irait dans le sens de l'esprit de la "chaire  de géosciences" créée en 1998 par l'UNESCO, à l'université Abdou Moumouni de Niamey, dont les objectifs sont la mise en valeur des ressources naturelles et la préservation de l'environnement.

Un moratoire sur l’octroi des permis de recherches et d’extractions des dinosaures doit être prononcé. L’Etat du Niger doit élaborer une politique volontaire et un plan d’action pour un développement endogène qui visent  à préserver les intérêts du pays, l'emploi des jeunes et à promouvoir un développement crédible.

Curator emeritus

Colloque : espace sahélo saharien

saharadangerLe programme « Nouveaux enjeux dans l'espace saharo-sahélien » (NESS), sous la responsabilité d'André Bourgeot, a tenu deux journées d'études (JE NESS) les 13 et 14 décembre 2011 dans les locaux du « France » (salle 640). Elles ont été consacrées à « Sahara de tous les enjeux. Géopolitique, sécurité et développement ».Elles ont été régulièrement fréquenté par 70 à 80 participants.

Quatre grands thèmes ont présidé  à leur organisation :

- L'état des États et pouvoirs émergents

- Ressources extractives, compétition et trafics illicites

- Migrations, terrorisme

- La guerre civile en Libye et les conséquences régionales de l'effondrement du régime

Ces quatre grands thèmes ont fait l'objet de vingt communications.

La conception qui a présidé à l'organisation se fonde d'une part sur la  pluridisciplinarité (politologues, anthropologues, géographes, historiens, sociologues et « développeurs ») nécessaire à la compréhension de la complexité des réalités et des activités nouvelles qui occupent l'espace saharo-sahélien. D'autre part, ces intervenants relèvent d'organismes, d'instituions scientifiques diverses (CNRS, EHESS, IFRI, Universités) et de pays différents (France, Allemagne, Italie, Mali,  Niger, Tunisie, Mauritanie) d'où son caractère international.

saharalemondeLa plupart de ces intervenants appartiennent à une classe d'âge relativement jeune. Il importe de mentionner que les thèmes appréhendés sont, dans le milieu universitaire, nouveaux : ils n'ont pas encore fait l'objet de thèses. Ces thèmes sont connus et traités par des chercheurs appartenant à d'autres ministères plus spécialisés, que ceux de l'enseignement supérieur et de la recherche , à travers de démarches et des problématiques qui leur sont propres, mais pas toujours en adéquation avec les conceptions qui prévalent au sein des universités.

Les exposés ont montré qu'avec des nuances liées à des spécificités politico-historiques, les États concernés sont « fragiles », évoluant au sein de frontières poreuses à l'intérieur desquelles les souverainetés nationales sont quelque fois inexistantes ou fort ténues. Des processus de maillage et de découpage du territoire national, génèrent des formes d'ethno territorialisation induits par les conditions d'acheminement et de contrôle de drogues illicites (cannabis et cocaïne) ou de sanctuarisation qui s'inscrit dans l'occupation  régulière humaine et armée de « territoires » djihadistes (Aqmi dans le Timétrine malien).

Les industries extractives font l'objet de compétition  importantes entre les grandes multinationales françaises (Areva, Total), algériennes (Sonatrach-Sipex) notamment au Mali dans le « triangle de l'or noir » de Taoudéni, à cheval sur la Mauritanie, le Mali et l'Algérie, et, pour les dernières arrivées, les sociétés chinoises (la CNPC au Niger dans le pétrole et l'uranium pour le site d'Azelik).

Lire la suite sur Fondation Maison des sciences de l'homme (FMSH) - Programme du Colloque - Résumé des interventions

taoudeni-basin-oil-mali-gas-aqmi.gif

il fallait s'en douter

Alors que nous indiquions que la carte d’implantation d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique) au Sahel ressemblait « étrangement » à celle de l’implantation des ressources pétrolières de la région, « Le Canard Enchaîné » nous révèle l’activisme diplomatique du Qatar en faveur des islamistes et son implication dans le financement des mouvements armés notamment au nord du Mali.

Selon l’hebdomadaire satirique, l’émir du Qatar aurait aidé financièrement les mouvements armés qui ont pris le contrôle du Nord du Mali. Parmi ces groupes figurent notamment le fameux Mujao, lequel retient en otage 7 diplomates algériens depuis le 5 avril dernier.

Dans un article intitulé « Notre ami du Qatar finance les islamistes du Mali », le Canard Enchaîné précise que la Direction du renseignement militaire (DRM), qui relève du chef d’état-major des armées françaises, a recueilli des renseignements selon lesquels « les insurgés du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ansar Dine, Aqmi et Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar ».

Le fin mot de l’histoire : l’impétueux volatile révèle que le Qatar aurait « des visées » sur les richesses des sous-sols du Sahel, évqouant « des négociations discrètes » qui auraient d’ores et déjà débuté avec Total », pour une exploitation prochaine du pétrole de la région à l’avenir !

Toujours selon le Canard Enchaîné, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, « n’ignore aucune des mauvaises nouvelles arrivées d’Afrique subsaharienne. Et rien de l’implication de « notre ami du Qatar » –  formule d’un officier de l’état-major –  dans la « capture » du Nord du Mali par plusieurs mouvements djihadiste. »

Selon l’hebdomadaire, au début de cette année, « plusieurs note de la DGSE ont alerté l’Elysée sur les activités internationales », de l’émirat du Qatar. Mais le président Sarkozy n’ y a pas donné suite pour ne pas incommoder son »am » le cheikh Hamad ben Kalifa Al-Thani, nous dit-on.

Selon ces notes secrètes des officiers de la DRM, la « générosité du Qatar est sans pareille », l’émirat ayant également aidé « financièrement, parfois en livrant des armes, les révolutionnaires de Tunisie, d’Egypte ou de Libye ».

sahelqatarEn janvier dernier, alors que la région du Sahel était soumise à des troubles de plus en plus violents, le géant pétrolier français Total avait annoncé avoir signé deux permis d’exploration avec les autorités mauritaniennes dans le très prometteur bassin de Taoudéni.

Le groupe a ainsi acquis, en tant qu’opérateur, une participation de 90% dans les blocs C 9 en mer très profonde et Ta 29 à terre dans le bassin de Taoudéni.  La compagnie nationale mauritanienne SMH détiendra les 10% restants.

Le bloc C 9, situé à environ 140 kilomètres à l’ouest des côtes mauritaniennes, s’étend sur plus de 10.000 km (!…), par des profondeurs d’eau comprises entre 2.500 et 3.000 mètres. Le bloc Ta 29 est situé dans le désert du Sahara à 1.000 kilomètres à l’est de Nouakchott, au nord du bloc Ta 7 sur lequel Total mène déjà des activités d’exploration.

En février 2011, la presse algérienne indiquait que le groupe français Total  et le groupe énergétique national algérien Sonatrach avaient dans leurs besaces plusieurs projets au Sahel. L’essentiel semblant être pour les deux groupes de « rafler » le plus de projets possibles, au Mali et au Niger.

Les récentes découvertes de richesses minières, dans le bassin de Taoudéni, large de 1,5 million de kilomètres carrés, partagé entre le Mali, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger, provoquent en effet désormais un vif intérêt pour cette région.

Jean François Arrighi de Casanova, directeur Afrique du Nord de Total a ainsi fait état d’immenses découvertes gazières dans le secteur, freinant la progression du puits vers la zone pétrolière, en Mauritanie  et le conduisant même à parler « d’un nouvel Eldorado».

A travers sa filiale internationale Sipex, Sonatrach a par ailleurs obtenu l’approbation du ministère des Mines nigérien pour procéder à des forages expérimentaux.

Au Mali, la filiale de Sonatrach présente depuis 2007, a acquis une prolongation de deux ans, émanant du ministère malien des Mines, pour la première phase d’exploration qui prendra fin en 2013.

Simple coïncidence ? À trois mois de l’élection présidentielle au Mali, le gouvernement, déjà confronté aux enlèvements d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) et à la menace d’une crise alimentaire, a dû faire face à une nouvelle rébellion touareg puis à un coup d’état.

Ces attaques étant alors les premières de ce type depuis un accord ayant mis fin à la rébellion mais également depuis le retour de Libye de centaines d’hommes armés ayant combattu aux côtés des forces du leader libyen Mouammar Kadhafi.

source : le blog finance

Le Niger est le cinquième producteur mondial d'uranium, qui est principalement utilisé pour alimenter les centrales nucléaires. La société industrielle française Areva extrait de l'uranium dans la région autour de la ville d'Arlit depuis 45 ans. Greenpeace et des militants locaux affirment que cette activité a contaminé l'environnement local et que cette pollution radioactive a rendu les gens malades localement. Areva nie cette allégation. Ce premier de deux films sur le sujet, se concentre sur les personnes vivant à proximité des mines de l'entreprise.

Vidéos témoignages sur le sable ...

 

Au nord du Niger, Agadez, depuis toujours, est le carrefour de toutes les routes commerciales et contrebandières. A la porte du Sahara, la belle endormie accueille, depuis toujours, des caravaniers descendant du Nord avec des dattes ou du sel et des marchands venus du Sud avec de la cola, des esclaves. Aujourd'hui, les touristes fuient la ville qui n'est pas sure, mais les contrebandiers sont maitres chez eux.

Le ciel d'Agadez est plombé, poussiéreux, opaque. Et chaud bien sûr. La pluie menace mais ne vient pas. Les routes, larges, sont vides de 11h00 à 16h00. On fait la sieste à l'intérieur des bâtiments. La nuit, les discussions, la télévision et la musique font le tour de la ville, tandis que chacun profite de la fraîcheur du soir. Dormant sous les étoiles, comme il se doit en milieu nomade où la maison sert surtout de garde-meuble.

Money, money

En ville, en ces premiers jours du mois d'août, voici la dernière histoire qui fait peur: un jeune homme s'est fait attaquer récemment par deux hommes noirs, parlant anglais, criant « money, money ». Il a dit qu'il n'avait pas d'argent et les hommes se sont jetés sur lui, à la faveur de l'obscurité. Ils lui ont arraché ses vêtements et ont commencé ... à le manger, tels des zombies, arrachant de leurs dents des pans de sa chair, à la poitrine et sur les épaules. Le jeune homme a été sauvé par l'arrivée d'un véhicule.La vérité, c'est que le jeune homme a échappé de peu à un viol. Ses agresseurs ont entrepris de lui ôter ses vêtements et il a été mordu dans le feu de la bagarre. Mais à Agadez, un viol homosexuel est chose encore plus difficile à imaginer qu'une attaque de zombies.« Tout est possible à Agadez. Il y a de tout », confie une habitante, inquiète de ces dangers étrangers...

Agadez, depuis toujours, est le carrefour de toutes les routes commerciales et contrebandières. Au tournant du dbut du XVIeme siècle, Askia Mohamed Touré, le puissant empereur de Gao, s'attarde à Agadez sur la route de la Mecque, comme le font d'autres pèlerins avant et après lui. Avec la chute de l'empire songhaï, l'axe Ouest s'éteint progressivement tandis que le commerce venu du pays haussa, plein sud, bat son plein : céréales, esclaves, artisanat, contribuant au développement de la ville au XVIe siècle. La grande mosquée de terre crue d'Agadez, typique des constructions soudanaises, s'élève au tournant des années 1510.La légende raconte que pour tenter de dépasser leurs incessantes querelles, les Touaregs décidèrent de se donner un sultan étranger, noir de teint. Mais ce dernier ne régnait que partiellement sur un vaste territoire souvent contrôlé par des chefs de tribus.

Contrebande toute

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les batailles entre tribus font rage. Beaucoup de Touaregs fuient la région, vers l'Ouest ou vers le Sud. A la veille de la colonisation, les explorateurs qui la découvrent décrivent une ville éteinte, en partie détruite et abandonnée. Aujourd'hui, Agadez se développe, comme tout le Niger, à grande vitesse. Le désert tout autour de la ville ancienne se construit de bâtisses ocre, se confondant avec les routes et l'horizon. Parmi elles, des villas de rêve, à étage, avec colonnes et décoration improbable : les palais des trafiquants.

Car la contrebande bat toujours son plein, malgré ou à cause de la crise sécuritaire qui a, depuis longtemps, eu raison du tourisme. Les plus visibles, à part les maisons de luxe, ce sont les pick up Hilux blancs tout neufs, volés en Libye, et dotés discrètement de cartes grises nigériennes avant d'être vendus une dizaine de millions de francs CFA. Il y a quelques années, on croisait aussi pas mal de Honda venues d'Algérie, mais c'était avant la fermeture de la frontière. Il y a deux ans, les voitures sans plaques pullulaient mais elles ont disparu ces derniers mois.

Le deuxième trafic très visible, ce sont les migrants. Ces fameux zombies ghanéens ou nigérians qui font peur aux braves gens. Ils vivent dans des « ghettos » bien organisés et financent toute une économie sous-terraine. En échange d'un forfait dont le montant varie avec les contrôles, le migrant venu de la côte est nourri, logé puis transporté à la frontière libyenne. Là-bas, une autre aventure commence, plus risquée encore, pour les candidats à l'immigration clandestine exposés au racket, à l'extorsion de fonds et aux violences.D'autres choisissent l'Algérie, plus à l'Ouest. Ceux-ci partent d'Arlit, tout près. Ils empruntent les voitures et les pistes des fraudeurs.

Trafic de "moutons"

Ce business ne se paye pas d'humanité ou de droits de l'Homme. Il est fréquent que les chauffeurs abandonnent leurs passagers dans le désert, à la faveur d'une panne ou d'un contrôle. Non sans les avoir délestés préalablement de tout leur argent. Localement d'ailleurs, on surnomme les migrants des « moutons ».

92 migrants, en majorité des femmes et des enfants venus de la région de Zinder, au sud du pays, sont morts de soif début octobre dernier en se rendant à Tamanrasset pour y chercher fortune dans la mendicité. Suite à l'expression de l'émotion internationale, les autorités ont décrété trois jours de deuil national, arrêté quelques intermédiaires, fermé temporairement les ghettos et remplacé les policiers d'Agadez. Heureusement pour le commerce, tout est rentré dans l'ordre depuis. Mais, pour éviter les contrôles, les « moutons » empruntent des routes plus discrètes et, bien sûr, payent plus cher qu'avant.

La cocaïne reine

La cocaïne, à l'origine des réussites les plus spectaculaires, est plus discrète qu'avant Serval. La route du nord Mali est coupée, dit-on, par les militaires français. Désormais, elle remonte du Nigeria, tout droit, pour poursuivre ensuite son trajet vers le Nord-Est : Libye, Egypte. Depuis l'arrivée de la cocaïne d'Amérique latine, il y a six ou sept ans, certains habitants, et pas les mieux réputés, ont construit des fortunes immenses. Ils sèment la corruption, un peu partout, y compris dans les rangs des forces de sécurité et des cadres de commandement, invités à ne pas trop fouiller les véhicules.

Le haschisch, lui, c'est l'ancêtre de toutes les routes modernes, le père de la transaharienne ralliant l'Atlantique à l'Egypte. C'est au volant des camions de haschich que beaucoup de jeunes bandits ont appris à conduire et à se repérer sur les pistes des fraudeurs, bien avant l'invention du GPS et du djihadisme au Maghreb.

Lors d'une grande manifestation d'éleveurs de la région nord, la cure salée, il y a deux ans, un douanier et un trafiquant touareg se sont affrontés à coups de billets de banque devant un public amusé et séduit. Métaphore parfaite de la vie clandestine de la ville.

En ce début août, la cocaïne, le haschisch, les migrants et les voitures font pâle figure à côté du nouveau délice d'Agadez : la ruée vers l'or du Djado, à plus de 700 km au nord-est, en plein désert. Restaurateurs, anciens rebelles, élus, militaires, fils de dignitaires étrangers : l'or du Djado brille dans leurs yeux. C'est le nouveau commerce d'Agadez.

Par Marie Blary - Publié le 25 Aoû, 2014

Les contraintes auxquelles sont confrontés habituellement les pasteurs nomades (climatiques, politiques, économiques) se sont accentuées à la suite de l’arrivée de nouveaux acteurs qui fragilisent et rendent plus conflictuelle la gestion commune des ressources naturelles. Les acteurs miniers notamment tendent à s’accaparer de vastes portions du territoire, ce qui restreint fortement l’accès aux ressources pour les autres usagers et en particulier pour les pasteurs transhumants qui dépendent de cet espace ouvert et du libre-accès aux ressources pastorales. L’implantation de nouvelles entreprises internationales d’extraction du minerai d’uranium... L’implantation de nouvelles entreprises internationales d’extraction du minerai d’uranium [1][1] Le gouvernement nigérien a attribué 150 permis de prospections..., modifie en profondeur les conditions d’existence du pastoralisme nomade, non seulement par la pression foncière que ces sociétés exercent en général mais, également, par leurs impacts socio-environnementaux et par l’introduction de conditions sociales fortement dégradées de la part de certaines d’entre elles.

En l’occurrence, il est question dans cet article du cas de l’extraction de l’uranium par la Somina, filiale d’une multinationale chinoise, qui s’est implantée il y a environ huit ans et qui a obtenu deux permis de prospection, dont celui de Teguida, qui comporte trois gisements qui sont exploités depuis 2011. La présente étude est le prolongement d’une précédente analyse qui a porté sur les enjeux miniers et pastoraux dans la région d’Imouraren (Gagnol, Afane, 2010) [2][2] Les données utilisées dans cet article sont issues.... Ces deux cas exemplaires et très similaires montrent que, au moins à l’échelle locale et régionale, la réalité du partenariat gagnant-gagnant promu par ces entreprises est loin de faire l’unanimité, notamment chez les pasteurs nomades et semi-nomades.

La société chinoise Somina, nouvel acteur de l’extraction minière au Niger

Face à ses besoins énergétiques accrus, la Chine a récemment lancé un vaste programme orienté vers la recherche de nouveaux gisements miniers, notamment au Niger. De son côté, le gouvernement nigérien a exprimé son souhait de diversifier ses partenaires dans la prospection et l’exploitation des richesses de son sous-sol (Deltenre, 2012). Car, pendant plus de quarante ans, les filiales de la société française Areva en avaient le monopole. Parmi près de 150 permis de prospections d’uranium attribués par l’État nigérien en 2007, deux ont été obtenus par la compagnie chinoise [3][3] En ce qui concerne la prospection pétrolière, les sociétés.... De nombreux dons et prêts ont été accordés en retour par la coopération chinoise (de Hass, 2012).

Le permis dénommé « Teguida » est situé au cœur de l’Eghazer. Il est l’un des premiers gisements uranifères découvert au Niger par le Commissariat français à l’énergie atomique (CEA) et le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) entre 1956 et 1960 (Grégoire, 2011). Les travaux de prospection réalisés sur ce périmètre par la multinationale japonaise IRSA entre 1975 et 1988 ont estimé les réserves à 6 800 000 tonnes de minerai, soit 15 100 tonnes de yellow cake (concentré de minerai d’uranium). Des études de faisabilité ont été réalisées, mais le contexte économique de l’époque et le cours de l’uranium n’avaient pas conduit à son exploitation.

La reprise des travaux de recherches initiés par la China National Uranium Corporation (CNUC) a permis la création de la Société minière d’Azelik (SOMINA), née de la convention minière signée en juillet 2007 entre la République du Niger, à travers la société du patrimoine des mines du Niger (SOPAMIN, détenant 33 % des capitaux), et le groupement des sociétés chinoises CNUC et ZXJOY Invest, qui possèdent respectivement 37,2 % et 24,8 % des capitaux, tandis que la société Korea Resources Corporation (KORES), via la société Saris Bury, en détient 5 % (cédés par la société Trendfield Holdings SA créée par le fils de l’ancien président nigérien ayant distribué les permis de prospection) (ROTAB, 2010).

Le permis « Teguida » comporte trois gisements : deux à ciel ouvert dénommés Guellélé et Teguida, et un souterrain, Eghazer. Les stériles sont entreposés à l’air libre autour de la carrière d’exploitation. Les vents les balayent constamment, chargeant l’air de poussières ; quant au minerai, il est transporté à l’usine de traitement (BEEEI, 2010). L’exploitation a commencé en 2011 (production de 100 tonnes). Pour 2012, la société a produit 200 tonnes et projette d’exploiter 700 tonnes par an à l’horizon 2015 (ROTAB, 2013).

Enjeux du pastoralisme dans l’Eghazer

Des ressources pastorales très prisées.

La zone pastorale de l’Eghazer (écrit parfois improprement « Irhazer ») relève de la commune rurale d’Ingall (ou In Gall), dans la partie désertique septentrionale du Niger. Elle est traversée par un oued important (Eghazer wan Agadez) qui draine les eaux du sud-ouest du massif de l’Aïr. C’est une région de plaines d’épandage qui se distingue par la présence à faible profondeur de nappes phréatiques issues des grès dits d’Agadez et de nappes fossiles artésiennes (Bernus et al., 1999).

La répartition et la production des pâturages dans l’Eghazer ne sont pas principalement liées à la pluviométrie locale, mais dépendent plutôt des écoulements sporadiques du cours d’eau principal et de ses affluents. Lors de la courte saison des pluies, qui alimentent ces cours d’eau, l’Eghazer renferme de très bonnes potentialités pastorales, sous forme de graminées et de plantes annuelles à haute valeur fourragère. Les pasteurs attachent aussi beaucoup d’importance à la présence de terres et de sources salées qui améliorent l’état de santé et la productivité du bétail (Marty, Bonnet, 1992). La convergence des pasteurs nomades, semi-nomades et transhumants vers ces terres salées pendant l’hivernage (mi-juillet à mi-septembre) est appelée « cure salée [4][4] Devenue une expression consacrée, la « cure salée »... ».

Zone pastorale par excellence, l’Eghazer est peuplée en majorité par des pasteurs touaregs qui, bien que nomades ou semi-nomades, y habitent toute l’année (Bernus, 1972). Les principaux groupes sont les Kel Fadey, Igdalan, Ihaggaran, Itagan et Igamayan, Issawaghan, Ifarayan et Kel Agharous, ainsi que des Peuls (Bigarawa, Goujawa) venus plus récemment. Phénomène de plus en plus répandu dans les espaces pastoraux (Charbonneau, Gagnol, 2013), la plupart des familles sont mobiles au moins une partie de l’année, tout en possédant souvent une habitation fixe et en dur dans un des petits « villages », qu’ils n’habitent pas tous de façon permanente (Teguida n Tesumt, Azelik, Fagoshia, Teguida n Tagayt, Injitan et Teguida n Adghagh). Estimée à plus de 17 000 habitants (Commune rurale d’Ingall, 2006), cette population locale (Kel Akal, ou « autochtone », comme certains de leurs représentants les désignent), cohabite avec d’autres groupes au cours de la brève saison des pluies, lorsque convergent de nombreux transhumants venant du nord ou de l’ouest (Touaregs Ikazkazan et Kel Agharous du Tamesna) et surtout de la région de Tahoua, Maradi et Zinder au sud du pays : il s’agit de groupes touaregs issus des Kel Gress, Iwellimeden, Kel Ferwan et des Peuls, notamment Woodabé, qui parcourent alors des centaines de kilomètres.

Entre convergence pastorale et exploitation stratégique au Niger

L’Eghazer possède plusieurs types de points d’eau : les forages artésiens, les puits cimentés, les puits traditionnels et les puisards temporaires. Les forages et les puits cimentés sont en général l’œuvre de projets de développement ou de l’État (à partir des sécheresses des années 1970 puis 1980). Quant aux puisards et aux puits traditionnels, ils ont été creusés par des particuliers. L’accès aux ouvrages publics (forages et puits cimentés) est libre pour tous les pasteurs. Pour les puits traditionnels et les puisards, la priorité d’accès revient à ceux qui les ont creusés. L’accès des tiers est soumis à l’accord préalable du propriétaire ou ? et cette pratique se développe ? à une redevance en nature (un agneau pour chaque abreuvement ou une vache par an), et parfois en espèces (25 000 francs CFA par semaine, et de 50 000 à 150 000 francs CFA pour la saison, selon la taille du troupeau). La multiplication des puits privés est une rente économique importante qui tend à supplanter l’accès gratuit à l’eau. Par exemple, le prix de l’eau par tête (en francs CFA) aux puits d’Aboy en 2013 se répartit ainsi : camelin (50), bovin (25), asin (25), caprin (10).

Si l’exploitation des pâturages est en général « libre », fondée sur le principe de réciprocité des droits d’accès, on reconnaît néanmoins à chaque communauté locale un « terroir d’attache », sur lequel elle détient un droit d’usages prioritaires. Cependant, ces dernières années, avec la plus grande variabilité temporelle et spatiale de la pluviométrie et la baisse de la production et de la qualité fourragères, on assiste à une pression accrue sur les ressources pastorales et à de nouvelles velléités d’accaparement privatif.

Les transhumances

Le mode d’élevage extensif saharo-sahélien, fondé sur la mobilité du troupeau, permet de s’adapter aux incertitudes de la pluviométrie et de valoriser, sans les épuiser, les modestes ressources fourragères et hydrauliques à la disponibilité aléatoire (Toutain et al., 2012 ; Bonnet, 2013). En années « normales », ces migrations sont réglées selon un calendrier et des itinéraires relativement stables qui obéissent à un cycle annuel. Dans l’Eghazer on peut distinguer les mobilités pastorales locales des transhumances sur de longues distances. La plupart des grands transhumants viennent du sud pendant la saison des pluies. Les transhumants Woodabé, et d’autres Peuls qui élèvent surtout des bovins, se concentrent dans la plaine d’Injtan. La durée de leur campement est de deux à trois jours. Se retrouvent aussi les milliers de chamelles des Kel Gress qui viennent du Nigeria et du sud du Niger. La durée de leur transhumance vers le nord est de quatre à cinq mois en fonction de la libération des champs au sud par les agriculteurs. Leur séjour dans l’Eghazer dure un mois, le reste du temps étant consacré aux trajets. Les pasteurs touaregs (Illabakan, Imghad) qui arrivent de la zone d’Abalak passent généralement quelques semaines, en fonction de la disponibilité de l’eau dans les mares temporaires.

Les parcours des pasteurs locaux se font autour des villages en saison pluvieuse et dans les oueds en saison sèche. Les itinéraires ne changent qu’en cas de sécheresse ou de raréfaction des pâturages. Par exemple, pendant la saison des pluies, les pasteurs de la partie septentrionale de la plaine (Sikeret, Fichet, Dabla et Aman Tadant) descendent plus au sud dans l’Eghazer. Cette transhumance est rendue d’autant plus nécessaire que l’exploitation minière dans la zone d’Imouraren les a privés de vastes terrains de parcours (Gagnol, Afane, 2010). Il en est de même pour les « autochtones » dans la partie nord-ouest de la plaine de l’Eghazer : en raison de l’exploitation des nouveaux gisements d’uranium d’Azelik, ils ont été obligés de modifier leurs parcours.

Les conflits pastoraux

La zone pastorale de l’Eghazer est l’une des dernières grandes concentrations saisonnières de pasteurs nomades au monde (Sidikou et al., 2013). Mais la pression sur les ressources nécessaires à cette activité s’accroît et les tensions se multiplient. Cette situation bouleverse les principes de gestion commune des ressources pastorales. Actuellement, le bon déroulement des parcours transhumants dépend non de la présence ou pas de bons pâturages, ni de terres salées, mais de l’existence de bonnes relations avec les « autochtones » et s’exerce en fonction du statut du propriétaire du troupeau.

Rencontre des Touaregs et Peuls au puits pastoral de Teguindé

L’arrivée des transhumants est une préoccupation majeure pour les habitants « permanents » de l’Eghazer. Selon eux, ils dégraderaient les ressources pastorales par une trop forte pression sur les pâturages d’hivernage, tout en fragilisant la constitution de stocks de réserve pour la saison sèche, au détriment des locaux qui pratiquent une mobilité circulaire et qui ne redescendent pas vers le sud. Ces derniers souhaitent donc que ces transhumances saisonnières soient réglementées et restreintes dans l’espace (en étant limitées à la rive droite de l’Eghazer) et dans le temps (durée de présence limitée), pour éviter les conflits entre les différentes communautés. Certains estiment que la date officielle de la cure salée doit être avancée au mois d’août (au lieu de septembre), afin de hâter le départ des grands transhumants, ou alors être retardée pour éviter leur attente dans la zone avant la cure salée proprement dite. Même s’il n’y a aucun moyen d’interdire l’accès à la zone pastorale aux transhumants, puisque la mobilité pastorale est reconnue à travers le code rural et le nouveau code pastoral du Niger, les pasteurs « autochtones » sont appuyés par les autorités locales ? chefferies traditionnelles et mairies ? qui envisagent, en collaboration avec les représentants des associations pastorales de la zone, de définir les modalités de parcours en fonction de la disponibilité des ressources, de réglementer la durée de séjour dans la zone et de mettre en place des structures d’organisation et de gestion des ressources. La communalisation apparaît donc défavorable au maintien de la mobilité pastorale (Gagnol, Afane, 2010).

Mais, selon les « autochtones » et les transhumants, la question de l’appropriation du foncier pastoral a réellement commencé à être fortement posée il y a quelques années avec la montée en puissance d’un troisième type d’acteurs. Il s’agit de grands éleveurs, qui sont généralement de grands commerçants et/ou de hauts cadres de l’État ayant investi dans la constitution de troupeaux importants et rémunérant des bergers. Contrairement aux pasteurs, ils n’ont pas de logique de capitalisation sur le long terme. Leur activité est fondée sur la rentabilité à court terme de cet investissement : le cheptel est essentiellement destiné à la vente dans les marchés urbains, notamment en Libye, en Algérie et au Nigeria.

L’avènement de ces nouveaux éleveurs a bouleversé le système traditionnel de gestion commune des ressources naturelles. Les bergers salariés ne sont pas contraints par les affiliations et les organisations pastorales communautaires ou les alliances intercommunautaires et sont peu soucieux du respect des valeurs socioculturelles qui sous-tendent généralement le pastoralisme et la transhumance. Par le biais de relations de parenté ou de clientélisme, ces nouveaux éleveurs bénéficient de complaisances de la part des autorités traditionnelles et des représentants de l’État. Ils instrumentalisent parfois les projets de développement (Hammel, 2006), pour développer leur activité en se faisant financer des puits privés, et ils vont jusqu’à établir des situations d’exclusion avec la mise en place de clôtures afin de s’accaparer l’usage des pâturages. Utilisant des moyens modernes (camions-citernes, véhicules 4 x 4, GPS, téléphone satellitaire), ils se forgent l’image d’« éleveurs modernes » qui seraient plus productifs que le système « traditionnel ». Cette croyance influence d’ailleurs certains chefs traditionnels « autochtones » et surtout le milieu administratif et technique. Pour la population pastorale locale et les grands transhumants, ils représentent une menace en raison de leur pouvoir économique et politique qui leur permet de s’imposer dans l’usage des eaux et des pâturages, au détriment des pasteurs qui se sentent dépossédés de leurs droits d’usage anciens.

Le morcellement et l’appropriation privative de l’espace pastoral se renforcent avec le fonçage anarchique de puits à caractère privé, donnant de facto un droit d’usage prioritaire sur les pâturages alentours. Ces ouvrages privés sont le fait de riches éleveurs qui n’ont pas de relation directe avec la population, ou d’autochtones voulant s’approprier l’espace pastoral. La multiplication des points d’eau devient une source de litiges, puisqu’aucune aire de pâturages ne peut alors être mise en défens. Il convient de rappeler que l’interdiction de creuser des points d’eau à proximité de certaines aires de pâturage est une technique de gestion traditionnelle qui permet de limiter la surcharge du troupeau sur ces aires pâturables (Thébaud et al., 2006).

L’imbroglio des ressources dans l’Eghazer : entre convoitise et conflits

Un autre type d’acteur doit également être mentionné. La dernière rébellion (2007-2009) a contribué à une hausse sensible du banditisme, notamment dans cette région peu peuplée et enclavée. La crainte des bandits (qui volent aujourd’hui autant l’argent et les « cellulaires » que les dromadaires) fait que les pasteurs eux-mêmes ne vont que rarement au-delà de l’Eghazer, vers le nord. Ce cantonnement sur la rive gauche à cause de l’insécurité contribue à l’accroissement de la pression pastorale sur une partie plus restreinte de l’Eghazer et exacerbe les tensions. Par exemple, la mobilité des transhumants peuls est remise en cause dans les zones de Fagoshia et Injitan : soit ils sont chassés lors de leur passage, soit on leur octroie un très court séjour. Les pasteurs arabes ne sont plus les bienvenus dans l’Eghazer. L’assassinat d’un des leurs, en 2010, à Injitan, a ravivé les rivalités intertribales. Certains Touaregs Kel Gress ont préféré changer de parcours depuis le massacre de sept des leurs en 1995. Ceux qui reviennent aujourd’hui ne sont accompagnés que d’une partie de la famille. Les attaques des boutiques des « villages », ou des campements des pasteurs, sont récurrents. Ces différentes violences et la prolifération d’armes légères dans tout le Sahara constituent aujourd’hui une réelle menace pour le mode d’existence pastoral.

Ressources extractives et conséquences sur le pastoralisme dans l’Eghazer

Quelques années après la mise en service du complexe minier, la Somina est perçue par les travailleurs et la population locale comme la pire des sociétés étrangères implantées au Niger, à tel point qu’ils la surnomment « Guantanamo ». Les raisons en sont multiples. Elles tiennent tout d’abord à la très grande différence de traitement salarial et de conditions de vie entre les travailleurs nigériens et chinois (ROTAB, 2011), ainsi qu’aux nombreuses entorses faites au code du travail ou aux différentes conventions nationales ou internationales régissant la santé et la sécurité des travailleurs. À l’exception de deux Nigériens qui sont logés avec les Chinois dans la Cité 1, avec des chambres à air conditionné et tout l’équipement nécessaire, tous les Nigériens vivent dans la Cité 2, avec des chambres munies de ventilation (mais sans électricité hors des heures de travail), équipées d’un seul lit ordinaire en fer pour les cadres et de deux lits pour les ouvriers. La Cité 1 est éloignée du site, alors que la Cité 2 est à moins de trois kilomètres de l’usine de traitement des minerais d’uranium. Une situation critiquée par l’ONG Aghir in Man qui milite pour la construction de la Cité 2 loin de la zone d’exploitation afin d’éviter les problèmes sanitaires et la ruée de populations extérieures, à l’image de ce qui s’est produit dans la ville-champignon d’Arlit (créée ex nihilo à partir de 1969 et dont la population dépasse aujourd’hui 100 000 habitants), à proximité des sites miniers des filiales d’Areva.

Les discriminations salariales sont aussi dénoncées. Un cadre nigérien, ayant reçu sa formation professionnelle en Chine, à niveau de qualification équivalent, a un salaire net qui est plus de quatre fois inférieur à celui d’un cadre chinois, mises à part les indemnités, primes et avantages liés au dépaysement et au travail qui sont délivrés uniquement à ce dernier. Même le salaire d’un cuisinier, ou d’un jardinier, chinois, dépasse de loin celui d’un cadre nigérien. Les avancements et les promotions, ainsi que les prestations collectives (indemnités, restauration) de la société, sont uniquement réservées aux Chinois. Nos enquêtes montrent que les cadres nigériens sont disqualifiés par leur employeur, les laissant ignorants des aspects stratégiques et techniques importants de l’exploitation de la mine. Ils sont parfois affectés à des travaux pénibles (creusage à la main, lavage des salles) qui n’ont rien à voir avec leur profil de formation, et des retenues sur salaires sont faites en cas de refus. Les infractions commises à l’encontre du code du travail, de la convention collective interprofessionnelle et des conventions nationales et internationales sur la santé et la sécurité des travailleurs sont régulièrement constatées, mais peu dénoncées par crainte d’être licencié. Les équipements des travailleurs nigériens sont rudimentaires. Par exemple, leurs seuls équipements consistent en de simples gants en tissu et parfois un casque lorsqu’ils transportent le minerai (l’uranate, yellow cake) dans de simples seaux pour être mis dans des fûts. Les horaires et les rythmes de travail sont dénoncés, de même que les attitudes humiliantes de certains cadres chinois [5][5] Au Niger, on lit et on entend souvent la dénonciation.... Les conditions de vie et de travail sont jugées dégradantes, voire inhumaines. Par exemple, l’eau est disponible deux heures par jour lors du stationnement d’un camion-citerne ; les toilettes sont sans portes et les douches communes ; les ouvriers sont obligés de faire eux-mêmes la cuisine puisqu’ils ne s’accommodent pas de la diète imposée (riz ou pâtes sans sauce) ; les accidents du travail et les décès sont fréquents, tandis que leur prise en charge et leur évacuation peut prendre plusieurs heures.

Des grèves dures ont éclaté, mais les licenciements abusifs sont fréquents, car la société ne délivre pas de contrats à durée indéterminée aux travailleurs nigériens. La société civile d’Ingall dénonce le manque de recrutement local et de dialogue constructif avec la société civile et les autorités locales (ROTAB, 2010). Face au mécontentement local, la Somina, assurée du soutien des autorités centrales, a fait construire une école et a accordé une aide financière restreinte aux sinistrés de la région lors des inondations de 2012. Mais c’est bien peu face aux critiques qui lui sont adressés par les acteurs de la société civile (GREN, ROTAB, CODDAE, Aghir N’Man, GOSCRAZ) et notamment en ce qui concerne les impacts sanitaires et environnementaux.

En effet, d’autres raisons de mécontentement tiennent aux conséquences sanitaires et environnementales sur la plaine de l’Eghazer – particulièrement sujette à des ruissellements en nappe – en relevant l’opacité des précautions prises, tant en ce qui concerne les eaux de ruissellement contaminées en provenance du site [6][6] Les différentes mesures de vérification de la teneur... que des eaux usées domestiques de la cité ouvrière. Les habitants de Tiguida n Tesumt avaient hérité d’un puits creusé en 1993 par une société japonaise et dont l’eau n’était pas salée. Situé à 7 km du village, il a été comblé par la Somina en raison d’une trop forte tenue en uranium, sans pour autant être remplacé. Aujourd’hui, pour se procurer de l’eau, des enfants à pieds, ou à l’aide de charrettes, doivent aller à Azelik (13 km) pour, au retour, vendre cette eau à 400 francs CFA par bidon de vingt litres. Rien n’a été fait pour permettre à cette population villageoise d’avoir accès à une eau potable non salée.

Conséquences sur les ressources et l’activité pastorales

En ce qui concerne le pastoralisme lui-même, une première conséquence néfaste du site minier est le ruissellement de ses eaux contaminées dans la plaine de l’Eghazer, aux dépens de l’abreuvement des animaux domestiques et de la faune sauvage. Selon le maire d’Ingall, une quarantaine de chameaux, de moutons et de chèvres sont morts en quelques jours en s’y abreuvant (BBC, 20 février 2014). À long terme, l’exploitation de l’eau pour les besoins industriels (8 064 000 m3/an) et pour la consommation de la cité minière (1 500 000 m3/an) fait peser un risque d’épuisement sur la nappe phréatique fossile. Le tarissement de certains forages et sources salées est déjà constaté par les populations pastorales (Sidikou et al., 2013).

Qui plus est, les droits d’usages des populations locales sur les ressources naturelles nécessaires à leurs activités n’ont pas été respectés. L’exploitation minière nécessitant de grandes superficies, les éleveurs se sont vus soit expulsés, soit interdits d’accès à certaines de leurs aires pastorales et des parcours appréciés en raison de leur teneur en sel sont aujourd’hui inexploitables. Cette entrave à la mobilité du bétail a été l’une des causes de la concentration des pasteurs dans la zone centrale de l’Eghazer. La perte des terrains de parcours pastoraux, dans des terroirs d’attache reconnus par le droit nigérien (décret relatif aux terroirs d’attache de 1997), ne s’est accompagnée d’aucun dédommagement.

Dans le cadre de la réalisation et de l’entretien de la piste latéritique reliant Ingall à Fagoshia, le creusement de carrières de latérite a produit des mares temporaires qui ont contribué à la modification des parcours et, en saison des pluies, à une concentration des troupeaux ayant pour effet une dégradation accélérée des pâturages aériens (arbres et arbustes). De plus, des animaux et des éleveurs se sont noyés à cause de la profondeur de ces ouvrages et de la texture boueuse des sols.

L’expropriation de certains sites d’exploitation du sel et du natron à Azelik par la Somina en 2009 n’a donné lieu à aucune compensation financière et a occasionné une marche de protestation des femmes du village, qui se sont rassemblées pour lancer des pierres sur les engins miniers. Malgré les textes officiels, les populations pastorales sont ainsi dépossédées de leurs espaces de vie et de leurs ressources sans indemnisations [7][7] Cette injustice faite aux pasteurs nomades et semi-nomades.... En outre, en dépit de la législation nigérienne qui le prévoit, le rapport d’étude d’impact environnemental n’a pas été rendu public. Il a été rédigé par des experts chinois selon les normes environnementales de la législation chinoise.

De fait, les zones minières sont aujourd’hui clôturées et militarisées, interdites d’accès aux populations locales. Fonctionnant sur une logique d’extraterritorialité (Magrin, Van Vliet, 2005), il n’existe pour l’instant que peu de mesures compensatoires des effets néfastes sur les populations locales [8][8] La redevance minière qui prévoit une taxe de 15 % des... : pas d’équipements sociaux, d’électrification, de goudronnage des pistes, ni d’accompagnement de l’urbanisation des cités et de l’afflux de populations extérieures à la zone. L’arrivée de demandeurs d’emploi dans la région est vécue comme une menace en termes de changement culturel et du fait de l’instauration d’un mode de vie sédentaire.

La société minière Areva, rivale de la Somina, a néanmoins annoncé le lancement d’un programme de développement, afin de parer aux critiques et aux revendications tant locales que nationales et de se démarquer de l’entreprise chinoise. Il s’agit de planifier des périmètres irrigués et des « ranchs », précisément dans l’Eghazer, dans le but affiché d’améliorer la sécurité alimentaire du Niger. C’est 5 000 hectares qui devraient être aménagés, et bénéficier à 2 000 ménages. Ce projet ambitieux, mais fort peu adapté au milieu naturel et humain, comme l’ont prouvé des expériences similaires dans l’Eghazer (investissements de la Libye sous l’ère de Kadhafi), contribuera sans nul doute à restreindre la mobilité du bétail et à sédentariser les populations en amplifiant la dynamique actuelle d’appropriation privative de l’espace pastoral. Les populations ont été « sensibilisées », mais certainement pas impliquées, et n’auront probablement pas droit à des indemnisations pour la dépossession de leurs terroirs d’attache et pour les impacts sur les ressources pastorales qui font la renommée et la richesse de l’Eghazer.

Conclusion

La région de l’Eghazer est particulièrement riche et complexe du point de vue du patrimoine naturel et humain [9][9] Nous n’avons pas mentionné les dommages probables de..., ce qui en fait une zone conflictuelle aux ressources très convoitées, notamment depuis la mise en exploitation des gisements uranifères par de grands groupes internationaux, dont le sens des responsabilités en matière environnementale et sociale reste véritablement à démontrer pour certains.

Si le nord du Niger est un milieu d’accueil difficile pour les compagnies minières en raison des coûts élevés liés à l’insécurité et à l’éloignement, c’est en revanche plus avantageux du point de vue des responsabilités sociales et environnementales, puisqu’en la matière, les contraintes à respecter sont moindres et/ou contournées. L’exemple de l’exploitation de l’uranium au Niger, montre que les améliorations consenties en matière de responsabilité sociale et environnementale par les sociétés extractives chinoises (Magrin, Van Vliet, 2012) ont été relatives. Il en est de même d’ailleurs au Tchad, où la production de pétrole de la filiale de la CNPC a été stoppée temporairement par l’État en raison de « violations flagrantes des normes environnementales », mais aussi ailleurs au Sahel (Antil, 2014).

Cet article a mis en lumière la multiplication des tensions qui se cristallisent autour de l’accès aux ressources naturelles dans un contexte de pression foncière. Les tensions se font d’autant plus vives que les stratégies déployées par les acteurs consistent à accaparer les ressources à leur profit et à restreindre l’accès aux autres, notamment aux plus mobiles qui sont aussi les plus vulnérables car les moins armés juridiquement et politiquement. De fait, l’accaparement des terres pastorales collectives pour les convertir à d’autres usages (agricoles, miniers, touristiques, réserves naturelles ou de chasse, ranching) est une cause ? largement sous-estimée ? de certaines situations de tension, voire de conflit, en Afrique. Plus généralement, c’est la question de l’accaparement des terres agricoles (Chouquer, 2012) qui doit être élargie aux terres pastorales. Face à l’intensification des investissements privés, les enjeux de la « sécurisation » de la mobilité pastorale et de la reconnaissance institutionnelle de la gestion commune des ressources naturelles sont plus que jamais d’actualité. Il en va des conditions de survie d’un système pastoral semi-nomade et transhumant qui garantit l’exploitation durable d’un milieu désertique fragile, aux ressources variables dans le temps et l’espace, et qui profite, non sans conflits, à des communautés qui y vivent de façon plus ou moins permanente ou transitoire.

Dans les années 80, face à l'imminence des exploitations uranifères, des scientifiques de renom comme les Bernus, Edmond et Suzanne, lancés un Programme Archéologique d'Urgence de la région d'Ingall-Tegiddan Tesemt de 1977 à 1981. Au final, si la région fut en partie épargnée par les mineurs, seul un japonais "traîna" durant 20 ans dans la région avec des promesses en main, l'exploitation fut lancée dans la zone d'Arlit plus au nord et plus prolifique !

L'ouverture des permis de recherche et d'exploitation entre 2000 et 2010, a remis en "circulation" les potentiels uranifères de la plaine de l'Ighazer. De nouveaux acteurs, comme les chinois, sont arrivés et ont débuté l'extraction du "yellow cake" dès 2011 (cf. article janvier 2011). Ils sont venus avec les promesses de lendemains meilleurs dans le respect de la protection de l'environnement et des droits humains ... bien évidemment !

Azelik est l'ancienne capitale du Royaume de Tigidda, place forte du Cuivre saharien entre les 10è et 15è siècles. Connue dans les livres d'histoire comme la Takedda visitée par le géographe commerçant Ibn Battuta en 1353, les sites d'habitat de la cité perdue s'étendent autour d'un promontoir rocheux qui émerge dans la plaine. Les recherches des années 80 ont permis d'en esquisser les contours et les grandes fonctionnalités urbaines, mais des fouilles plus précises sont nécessaires pour la bonne compréhension du fonctionnement des populatons médiévales.

Sur ce même promontoir, on recense des sépultures néolithiques datant de - 2000 av.JC à 1 000 ap.JC, avec pêle-mêle des Bazinas, des Monuments à Alignement et autres Tumulus. Il renferme 10 monuments à alignement, 42 bazinas, 111 tumulus et 6 monuments quandrangulaires de la période islamique. Ceci n'est qu'une nécropole parmi tant d'autres, la plaine de l'Ighazer recensant plus de 50 000 monuments funéraires dont les plus anciens doivent avoir 5 000 ans. 

La China National Nuclear Corporation (CNNC) qui exploite le site d'Azelik, sans soucis du qu'en dira-t-on, n'hésite pas à construire des routes au milieu des nécropoles millénaires du Niger, sans doute considérées comme de simples "tas de pierre", à renverser les sites archéologiques, sans même les voir ! C'est tout un pan de l'histoire millénaire du nord Niger qui s'évapore avec les poussières des engins. Une civilisation millénaire comme la Chine qui détruit le passé millénaire du Sahara. Mais comment considèrent-ils leur propre histoire ?

Illustrations : à doite une bazina et quelques tumulus au bord d'une voie minière, pour combien de temps encore ? A droite trois bazinas et deux monuments à alignements. En haut une bazina d'un diamètre de 10 mètres et un monument à aignement composé d'un tumulus cerné par un cercle de pierre et un alignement de 5 tourettes à l'est.

azelik3  azelik4    azelik2

Nécropole près d'azelik coincé entre 2 sites d'exploitation uranifère ; au rythme de l'expansion des mines, ces monuments sont condamnés ! (imagerie 2016 - 17°29'18.6"N 6°44'51.4"E)azelik1

Compenser votre carbone à In Gall Planter un dattier à In Gall icone43

Compensation Carbone

Planter un dattier

Santé et environnement

Tout savoir sur l'Ighazer et In Gall

bibliographie

Bibliographie

filmographie

Filmographie

cartotheque

Cartothèque

photo galerie

Galeries photos

calameotheque

Calaméothèque

webgraphie

Webthèque