Les Gobirawa en Ayar

Dans cet article je m’intéresse aux Gobirawa qui, à une époque, ont passé par l’Ayar1. Il serait vain de croire que cette ethnie n’ait qu’une seule origine. Comme beaucoup de confédérations Berbère ou Touareg, les Gobirawa que l’on connaît aujourd’hui en tant que peuple du Haoussa Bakoy (les sept premiers États Haoussa), sont le résultat de migrations qui pour certaines viennent de l’est, du nord, de l’ouest et même du sud. La diversité des traditions orales ou des écrits ne reflètent en fait que les alliances qui se sont faites, de grès ou de forces, tout au long de leur histoire, par métissages successifs entre populations désireuses ou obligés de s’unir pour poursuivre cette histoire.


La légende islamisée

Les Gobirawa seraient originaires de Gubur/Gubr au Yémen, plus précisément au nord-est de La Mecque. La veille de la bataille de Badr menée par le prophète Mohamed, le roi de Gubr, Bana Turmi, afin d’être certain de compter parmi les vainqueurs engagea une partie de son armée avec le prophète et une autre avec son adversaire Haibura roi de Kishra. A la fin de la bataille gagnée par Mohamed, le prophète s’apercevant de la supercherie déclara que les Gobirawa souffriraient sans cesse de division. A cette suite, le roi du Gubr confut, émigra avec son peuple jusqu’à Bilma où il décéda. Bashira son fils lui succéda suivi par son petit-fils Dala qui atteint l’Abzin2, d'où, repoussé par les Abzinawa, il alla à Suru Kal (Massar en Lybie ?) puis à Birni Lallé (Gado 1984).

Cette tradition donne une origine très clairement islamique, dont par ailleurs certains rois avant Bana Turmi seraient même des fils du Sultan de Misra capitale de l’Égypte. Ce sont donc vraisemblablement des arabes ou des bédouins. La bataille de Badr eu lieu en 624 de notre ère et l’exil des Gubr qui s’ensuivit place leur arrivée vers Bilma dans les années suivantes. Ce ne sera que son petit-fils qui atteindra l’Abzin très certainement avant la fin du VIIè siècle.

Séré de rivières reprend cette tradition et ajoute que la tribu de race blanche conduite par Bana Tourmi se croisent avec les Haoussa autochtones pour donner les Gobirawa (Séré de Rivières 1965).
Autres légendes des plus imprécises, les Gobirawa seraient venus de Goubom près de Médine, à la suite d’une migration de 1100 ans, passant par la Lybie, la Tunisie puis 250 au Bornou, 80 à Kornaka puis Lallé, 150 ans à Chamonkal puis retour Lallé 300 ans (ibid.).

Si l’on suit ces traditions, à l‘exception de la migration de 1100 que l’on retrouve dans plusieurs légendes d’origines en Afrique, comme celle des Zarma (Hama 1967), les Gobirawa arrivèrent en Aïr vers le VIIè. Ce seraient plutôt alors des bédouins ou arabes qui se métissèrent avec les populations autochtones. Ce métissage directe semble plutôt difficile à admettre compte tenu qu’aujourd’hui encore, les arabes ne se métissent guère qu’avec des berbères et sommes toutes assez peu souvent. Par ailleurs la bataille de Badr, qui opposa le Prophète à une caravane Mecquoise, est décrite dans le Coran et ne semble pas renfermer d’éléments pouvant accréditer cette origine géographique, qui rattache l’origine d’un groupe à la naissance de l’islam, légende des plus courantes en Afrique de l’ouest.

Pour les développements suivants, nous en retiendrons néanmoins trois éléments, Bana Turmi, la passage par Bilma et l’indécision politique du roi des Gubr.


L’origine Stambouliote

Une autre origine des Gobirawa les lie aux Coptes égyptiens rapportée par Muhammed Bello qui donne aux Gobirawa une origine noble, ce seraient un reste de Kyptes/Coptes qui auraient émigrés d’Égypte au Maghreb (Moumouni 2008), Boubou Hama d’ajouter qu’ils seraient des descendants métissés des berbères Gober qui vécurent au Sahara particulièrement en Lybie (Hama 1967). Par ailleurs les chefs du Gobir porte sous l’œil une marque, « l'empreinte du poulet » que l'on retrouve aussi chez les Coptes au niveau de la lèvre, les chefs Gobirawa sont dénommés Kiptawa dont la racine serait Koptes (Hama 1967).

Hogben nous précise : « les Gobirawas eurent une vocation guerrière, ils formèrent les soldats des pays voisins. D’après les chroniques, le sultan d’Istamboul, aurait envoyé son fils Raffi avec des guerriers Gobirawas faire une expédition au Soudan. Une seconde expédition eut lieu au XIIème siècle ; à sa tête le fils du Sultan d’Istamboul Sudani et sa fille Tawa. Elle est considérée comme « mère » par les Gobirawas. Les classes dirigeantes des Gobirawas se distinguèrent de ses habitants ordinaires. Ces derniers sont d’origine « Haoussa », « Dawrawa », Katsinawa », tandis que l’aristocratie Gobirawa descend des « Kiptawa » ; ils portent sous un œil une marque appelée « takin kaza », (l’empreinte du poulet). Après la prise de Absin (Bilma) vers 1350, les Gobirawas dominèrent toute la région. Lors d’un assaut des Touaregs, les courageux guerriers du Gobir furent chassés vers le sud près de Madaoua. Ils furent amenés à signer un pacte de non-agression avec leurs vainqueurs » (Hogben cité par Moumouni 2008).

Pour Boubou Hama, les Sultans de Stamboul sont les chefs du Caire et de Médine. Dans l’histoire Le Caire fut notamment la capitale du califat Chiite sous la dynastie des Fatimides soit entre 969 et 1171. Cela militerait donc pour une présence des Gobirawa au moins contemporaine du royaume de Tigidda, et l’époque des Fatimides est intéressante puisque le Califat Chiites cherche avant sa chute à couper la voie de l’or de l’Afrique occidentale qui passe par le Maghreb, en essayant de mettre la main sur les voies commerciales menant à la boucle du Niger par le Sahara central. L’hypothèse de la période Fatimides coïncide bien avec notre légende qui évoque une seconde expédition vers le XIIè siècle.
La date de 1350 rapportée dans cette tradition nous paraît par contre très proche de l’avènement des Touareg en Aïr et d’ailleurs à cette époque aucun texte n’évoque la prise de l’Abzin par les Gobirawa au temps du royaume de Tigidda. Néanmoins, retenons cette date pour des événements ultérieurs.

Le passage par Bilma que l’on trouve dans cette tradition comme dans la légende islamisée, mérite un peu d’attention. Depuis l’époque romaine, il est établi des relations avec le Lac Tchad et donc les Zaghawa ou les Sefuwa selon la période considérée, qui seraient déjà des berbères négrifiés, à l’instar des Garamantes. Il est évident que les Gubr venus à Bilma ont rencontrés ces populations et que des liens durent se nouer. Ces liens étaient peut-être même établis avant l’arrivée de Gubr, en expédition sur des voies commerciales connues. Par ailleurs, le Kanem-Bornou devaient déjà faire payer tribut aux Abzinawa de l’Aïr. L’arrivée de guerriers de Libye ou d‘Egypte, de contrée avec qui l’on commerce, pouvaient être une opportunité pour mieux maîtriser l’Abzin qui connaissaient déjà depuis quelques siècles l’arrivée régulière de tribus Touareg. Les Berbères Gubr s’infiltrèrent donc en Abzin très vraisemblablement en avec recommandations bornouanes à la suite d’une seconde expédition mieux préparée avec l’allié Bornouan.


Les Monts Bagzan

La chronologie de Périé (Archives nationales du Niger, Carnets monographiques du cercle de Maradi, 1944), signale Tawa comme reine des Gobirawa en 1168 (Périé cité par Chrétien et al. 1999). L'émission ‘’Connaissance de l'Histoire : Histoire du Gobir’’ place l'arrivée de Tawa dans le mont Bagzam « entre 1150 et 1350 » (Moumouni, op. cit.). L’auteur suit ici les éléments précédents sans faire de choix entre une date de la fin des Fatimides à ce 1350 cité par Bello.
Pour Séré de Rivières elle serait passée vers Raffin Belma (= Bilma) puis Birni Azbin (= Aïr) où elle aurait lutté aux côtés des Bornouan pour repousser les Touareg dans les Bagzan à la fin du XVIè (Séré de Rivières, op. cit.). Cette date du XVIè siècle paraît bien tardive et cet événement pourrait très bien être rapproché des représailles que porta le Bornou envers les Abzinawa, peut être déjà les Itessen, pour ne pas avoir payé leur tribut annuel, obligés qu’ils furent de se replier sur les Monts Bagzan. Cet événement est d’ailleurs daté du XIIé siècle ce qui correspond mieux aux arrivés des Gubr dans la tradition Stambouliote.

Les Gobirawa ayant noué des liens avec le Bornou, s’allièrent avec les Idirfunawa (Hausa de la montagne ou Asbinawa) contre les Touareg grâce aux conseils et à l’intronisation du Bornou désireux de reprendre la main sur l’Asben qui se voit renforcer continuellement de Touareg. La vocation guerrière des Gobirawa due plaire au Bornou et peut être les eurent-ils utilisés comme mercenaires comme le Sultan de Stamboul auparavant.

Ces événements pourraient aussi rappeler ceux de la bataille de Badr où le chef Gobirawa ne choisit pas de camps entre Touareg et Bornouan, puisque par la suite les Gobirawa firent la paix avec les Touareg pour ne pas être exterminés et purent s’installer vers les Bagzan. D’ailleurs Boubou Hama selon un manuscrit de Maradi rapporte a peu près les mêmes événements où le Bornou demanda l’aide de la reine Tawa pour les aider à repousser les Touareg dans les Bagzan (Hama, op. cit.).

Par contre, les éléments suivants qu’il rapporte semblent plus difficile à croire. Les Touareg ayant demandés alors à la reine Tawa une paix qu’elle accorda en nommant un Sultan du nom de Yunus vers 1405, ce qui ne peut être satisfaisant dans la chronologie connus du Sultanat de l’Ayar. Il rapporte également d’après un autre manuscrit que les Gobirawa firent la paix et demandèrent que le chef des Touareg ait une captive comme femme. Selon Barth cela se serait produit avec les Kel Owey donc vers le XII-XIIIè siècle et le Sultan en question ne peut être que l’Anastafidet des Kel Owey (Barth 1863). Barth de rajouter que la capitale de Gober était alors Tin Shaman, c’est à dire le puits principal d’Agadez où séjourna la mission Foureau-Lamy. C’est donc très certainement l’époque de la fondation d’Agadez, matérialisant déjà un retrait des montagnes et la poursuite des migrations des Gubr vers le sud-ouest.

Les événements autour des Monts Bagzan ne pourrait-il pas être aussi à l’origine de cette légende qui font que les attributs de la chefferie Gobirawa (2 tambours, 2 bracelets en or et cuivre et un sabre) seraient enterrés sous les Monts Bagzan qu'ils durent quitter après une catastrophe naturelle (Mamadou 1992). On a évidemment du mal à croire à une catastrophe naturelle, le plus souvent les biens précieux sont enterrés pour éviter le pillage, l’accaparement par d’autres populations, peut être est-ce plutôt un événement politique ou guerrier peu glorieux qui se cache derrière cette tradition que la mémoire des Gobirawa n’a pas souhaitée retenir.

Les Gubr arrivés en Abzin n’affrontèrent pas seuls les Touareg Issandalan qui commencèrent leur intrusion jusque dans les montagnes de l’Aïr. Bien que farouches guerriers, ils durent s’allier aux populations les plus anciennes de l’Aïr les Asbinawa, peut être grâce à l’intronisation faite par les Bornouans. Il n’en reste pas moins que les Gubr vont alors dominer ces populations autochtones, dont une part est très certainement des Asna, dépeints comme inorganisés. Les Gubr, comme beaucoup de population négro-berbères encadrèrent ainsi les populations Asna, leur apportant l’organisation, si ce n’est d’un État, au moins d’une confédération, dont les Gubr allaient former l’aristocratie, la confédération des Gobirawa.


tawa2La Reine Tawa

Pour Séré de Rivières, Tawa est la fille de Balan' Tourmi. Le nom de ce personnage ressemble très fortement à celui de Bana Turumi dans la légende islamisée. Pour Hogben, elle serait la fille du Sultan de Stamboul, peut être une fille illégitime issue d’une mère esclave ou tout du moins d’une condition inférieure. Dans les 2 cas, elle viendrait du nord-est de l’Afrique avec une petite armée de guerriers Gubr qui se mélangeront aux Abzinawa au moins en partie, car il est établi que l’aristocratie du Gobir est d’origine berbère alors que le fond des Gobirawa serait Haoussa. Il serait intéressant d’aller plus loin en recherchant les traditions des 4 familles qui aujourd’hui peuvent prétendre au trône du Gobir (ibid.), suggestion qui dépasse ici mon cadre de travail.

Pour Séré de Rivières, Birni Lallé est la capitale des Gobirawa au XVIè siècle, ce qui correspondrait assez bien avec l’éviction des Gobirawa de l’Aïr au XVè siècle. A Koutchéwa près de Birni Lallé on trouve le tombeau de la Reine Tawa, ce qui placerai son existence au cours de XVè siècle. Mais ce même Séré de Rivières précise que Tawa est enterrée à Koutchéwa près de Birni Lallé en fuite de l'Aïr vers les XI-XIIè siècle (Séré de Rivières, op. cit.). Il est donc fort probable que si les Gobirawa occupaient encore l’Aïr au temps de la reine Tawa, ils étaient également présents au sud dans la région de Dakoro est entretenait déjà des relations avec la région de l’actuel Gobir ou tout du moins les populations Asna qu’ils dominaient en Aïr et qui étaient présentes jusque dans le sud du Niger actuel, leur donnant accès un accès sur tout un territoire sansa véritable chefferie et encore moins un État. Domination doit ici être pris avec largesse, car il est peu vraisemblable que les Gubr purent dominer aussi facilement des populations peu organisée et réparties sur un vaste territoire a minima d’Agadez à Maradi.

Ce vaste territoire peut être matérialisé par la relation commerciale qui existait entre Takedda et le Gobir pour le commerce du cuivre, relaté par Ibn Battuta en 1403 (Defrémery et Sanguinetti 1858). A cette époque donc l’État Gobirawa était bien établit de l’Ayar jusque vers le Gobir actuel, même s’il est difficile de fixer une limite précise, vers Birni Lalé ou pourquoi pas plus au sud vers le Kebbi ?

Un berbère Abkal Ould Aoudar précise que l’histoire ne s’est intéressée à ces Gobir, qu’au temps de la Reine Tawa. Son autorité énergique s’étendait du Kebbi à l’Aïr dans un état vaste, fort et bien organisé (Hama, op. cit.). Si la Reine Tawa ne fut pas la seule à construire cet état, elle en reste assurément la cheville ouvrière dans les mémoires des Gobirawa, la « mère » qui édifia les fondations de cette communauté. Les Asna sont par ailleurs réputés païens et font preuve de peu d’organisation politique (Séré de Rivières, op. cit.), elle a su inverser le caractère de ces populations rurales en leur offrant une place dans les grands groupes Haoussa au Niger.

La présence du Tombeau de la reine Tawa à Birni Lallé n’est donc pas forcément en relation avec le fait que cette ville fut une des capitales du Gobir au XVIè, mais que l’envergure des Gobirawa est plus large que le sud-ouest de l’Aïr et l’Ighazer et s’étendait déjà au XIIè durant le royaume de Tigidda déjà très au sud vers l’Ader, l’actuel Gobir et le Kebbi. Ce tombeau fait encore l’adoration de populations fétichistes (Hama, op. cit.), très vraisemblablement des descendants des populations Asna qui en garde un souvenir important. Avant d’y être inhumée la reine Tawa aura donné son nom à la grande ville de l’Ader, sans savoir si ce fut de son vivant.

Si l’on s’en tient à ces faits, la naissance des Gobirawa se situerait donc au temps de l’arrivée des Gubr en Abzin, avec la Reine Tawa. Il est ainsi logique que certaines généalogies royales commencent à partir de cette Reine, telle celle d’un manuscrit de Maradi rapporté par Boubou Hama (ibid.).


Une arrivée occidentale

Un manuscrit de Madaoua relaté par Boubou Hama précise qu’au temps de Moussa Ben Nassir et Youssef Ibn Tachfine, une partie des Touareg regagne l'Aïr depuis l'Andalousie vers Astafane en Aïr (ne serait-ce pas plutôt In Sataffane en Ifoghas, lieu probable de l’origine du Sultan de l’Ayar) et se choisirent un chef. En Aïr, ils battent les Gobirawa à Telguinit en Ighazer, puis Marandet, ces derniers devant émigrer jusque vers Birni Lallé (Hama 1967).

Ces événements se placent donc après le conquête de l’Andalousie par les arabes où plutôt les almoravides avec Youssef Ibn Tachfine à la fin du XIè siècle en 1091. S’il n’était pas à retenir cette date dans ce manuscrit, cette tradition est assez proche de la venue du Sultan Yunus à Agadez vers 1405, période qui pourrait très bien être celle du début de la fin des Gobirawa en Aïr, tentant d’ailleurs de s’accrocher encore dans la plaine de l’Ighazer, vers Teleguina et Maranda. Mais des batailles successives contre ses nouveaux arrivants Touareg les repoussèrent de plus en plus vers le Sud et Birni Lallé. Les Touareg venant de l’ouest, d’Andalousie même sont alors des convertis à l’islam, et il est fort probable qu’ils repoussèrent les païens Asna dans un Djihad contre les pratiques animistes des Gobirawa.

Mamadou dans son émission sur « L’histoire du Gobir » affirme même que les Gobirawa sont le plus important peuple de l'Asbin jusque vers 1402 où ils sont encore présents à Agadez puis Tiguidda puis Maranda, un centre politique et économique important (Mamadou, op. cit.), Tigidda étant très proche de Telguina/Teleginit en Ighazer. Ceci correspond également à une révolte des Gobirawa à Agadez relaté par Séré de Rivières en 1430. Ces événements marquant ainsi le début de la migration finale des Gobirawa vers Birnin Lallé puis le Gobir actuel (Séré de Rivières, op. cit.).

Au début du XVè, la fin des Gobirawa en Ayar semble écrite dans ses grandes lignes. Déjà peu présents en Aïr, ils durent se réfugier vers l’Ighazer Telguina, ou Teleginit une montagne au cœur de l’Ighazer près de Takedda, se rapprochant ainsi de la protection de Takedda qui domine à cette époque encore le royaume de Tigidda qui ne couvre pas l’ensemble de l’Aïr mais seulement ses piémonts. Puis Maranda près des falaises de Tiguidit, point de passage encore important pour le commerce nord-sud. Leurs mouvements se poursuivirent vers la région de Tahoua, Dakoro, Birni Lallé fut sans doute leur première capitale méridionale, avant une installation dans l’actuel Gobir. D’ailleurs ces mouvements de populations se firent avec d’autres populations haoussaphones, les Asna vers l’Ader, les Tazarawa vers Tessaoua (Hama, op. cit.).

Pour Séré de Rivières, les Asna migrent de l'Aïr vers l’Ader depuis le XIè, ou les Haoussa (Asna et autres ?) sont chassés de l’Aïr au XIIè (Séré de Rivières, op. cit.). Cette date autour des XI-XIIè est importante car cet amorçage de migration de population Haoussa vers le sud, se fait bien concomitamment avec l’arrivée de nouvelles populations Touareg en Aïr en particulier, comme les Kel Gress qui trouvèrent des Gobirawa à leur arrivée, certains partirent au sud, d'autres devinrent leurs captifs et les Kel Gress devaient comme d’autres tribus Touareg poursuivre dans le sud ces populations pour les razzier (Renaud 1922). Ainsi, les mouvements de populations Haoussa de l’Aïr ne se sont pas faites en quelques décennies mais se sont échelonnées sur plusieurs siècles. Les dernières batailles en Ighazer contre les Gobirawa ne furent sans doute que le refoulement de l’aristocratie Gobirawa ?


Esquisse d’une chronologie

Pour l’heure, en l’état des connaissances évoquées plus haut, je retracerai cette simple chronologie de l’histoire des Gobirawa en Ayar :

- vers la fin du XIè siècle arrivés de groupes Berbères de Lybie et d’Egypte, les Gubr, peut-être en deux expéditions qui se retrouvèrent, dont la reine Tawa fille d’un Sultan de Stamboul, ce sont très vraisemblablement des guerriers ou mercenaires qui ont pour mission de mieux maîtriser les voies commerciales vers la boucle du Niger ;

- installés à Bilma, ils nouent des contacts avec le Kanem-Bornou qui occupent aussi Bilma et le Djado, une alliance se tisse pour conquérir l’Abzin, où les arrivées progressives des Touareg menacent leur hégémonie ;

- début du XIIè ces berbères occupent l’Abzin avec les populations autochtones Asbinawa, des métissages se tissent entre ces populations, ils en constitueront rapidement l’aristocratie dominante, mais c’est probablement une alliance contre les Touareg Issandalan déjà bien implantés ;

- au courant du XIIé, le positionnement politique des Gobirawa est tiraillé entre Touareg et Bornouan, une paix a lieu entre les Touareg et les Gubr qui va permettre à la Reine Tawa d’étendre sont influence sur toutes les populations Asna, jusque dans l’actuel Gobir, c’est la naissance des Gobirawa ;

- XII-XIIIè de nouveaux apports Touareg en Aïr, Kel Gress, Kel Owey, etc. repoussent les Gobirawa vers le sud-ouest de l’Aïr, s’installent à Tin Shaman où ils fondent Agadez, ce sont aussi certainement les premiers départs de population Asna qui rejoignent d’autres groupes Asna vers l’Ader et le Gobir actuel ;

- les XIII-XIVé sont une période de stabilité pour les Gobirawa qui prennent part au commerce du cuivre de Takedda ;

- au début du XVè de nouveaux Touareg venus de l’ouest boutent définitivement les Gobirawa de l’Ighazer vers Birni Lallé puis dans l’actuel Gobir ;

- au XVIè la Capitale du Gobir est Birni Lalé, lieu du tombeau de la Reine Tawa qui vécue 4 siècles auparavant ;

Dans cette chronologie nous plaçons donc la reine Tawa fin XI-XIIé, elles pourrait être la fondatrice politique des Gobirawa, assimilant les Asna qui lui vouent encore un culte sur son tombeau à Koutchéwa et d’autres Haoussa, pas seulement en Aïr mais aussi le long des falaises de Tiguidit jusque vers Tahoua, Birni Lallé, Tessaoua et Maradi. Lorsque Aoudar parle de la Reine Tawa au début de XVè, l’État Gobirawa a déjà une solide réputation de près de 3 siècles d’histoire.


Conclusiongobirawa

En suivant Boubou Hama et d’autres et sans entrer trop dans les détails, la période pré-islamique voit la région occupée par des groupes songhayphones originaires de la boucle du Niger et des groupes haoussaphones en provenance de l’est et du bassin du lac Tchad en particulier. Ces deux mouvances sont également alimentées par des populations sortant de la forêt. Par le nord ce sont d’autres populations qui peu à peu pénètrent le sahel, des Berbère et des Touareg. Les peuplements vont ainsi évoluer au grès des métissages qui se produisent entre toutes ces populations pour donner des peuples à doubles origines blanc et noirs (Hama, op. cit.).
Le Bassin du lac Tchad fut peuplé de noirs dans le Sahara, Songhay, Gobir, Tchinga et Zaghawa qui sont tous des métis avec des berbères, émigrant vers le Sahel puis le Soudan où les autochtones se font dominés par ces peuples qui amènent l’organisation des États méditerranéens (ibid.).

Si l’on s’en tient à cette photo du peuplement pré-islamique, et au regard des traditions et écrits évoqués plus haut, il est plutôt vraisemblable que l’Aïr mais aussi les régions périphériques au sud-ouest comme l’Ader et le Gobir actuel, était déjà peuplés de Songhay, Haoussa Asna et autres. On peut penser alors que les mémoires et écrits qui citent les Gobirawa dans une chronologie pré-islamique font en fait référence aux populations noires originelles comme les Asna, mais à l’époque de leurs écrits ces derniers étant dominés par les Gobirawa, ils n’ont retenu que cette dernière dénomination. J’ai pris ce parti dans cet article.

Séré de Rivières résume l’origine des Gobirawa : « sous la pression des arabes, des groupes berbères blancs avancent en Aïr et se métissent pour donner les Gobirawa » (Séré de Rivières, op. cit.). Mais l’on devrait déjà plutôt parler de négro-berbères, c’est à dire de berbères métissés, probablement au cœur du Sahara, avec les populations noires originelles du Sahara. Les Garamantes sont sans doute l’un de ces peuples de grand métissage.

On notera avec force un élément qui ne transparaît pas dans cet article, qui est la concomitance de l’État des Gobirawa avec le Royaume de Tigidda dont la capitale est Takedda. Ces 2 entités politiques semblent naître toutes deux vers le XIè, traversent la même période faste de la production de cuivre et semblent s’éteindre ensemble au cours du XVè. Aoudar nous le signale en relevant qu’à Azelik (plutôt Takedda), les Songhay, les Gobir et les Touareg formaient un même groupe, une seule coalition constamment opposée aux Berbère (les Massufa) qui pourtant dirigés l’ensemble (Aoudar cité par Hama, op. cit.).

Ibn Battuta d’ajouter que le cuivre de Takedda était exporté au Gobir et au Bornou (Defrémery et Sanguinetti, op. cit.), il semble qu’il y ait là une piste de travail sérieuse à approfondir sur le commerce de ce cuivre qui très certainement était en partie dans les mains des Gobirawa qui, avec les populations Asna détentrice des savoir-faire artisanaux ont pu faire vivre un commerce florissant.

 

1. J’utilise le terme Ayar comme l’entité politique qui comprend l’Aïr, l’Ighazer, le Talak et la Tadarast, même si à l’époque qui nous occupe le Sultanat d’Agadez n’existe pas encore. Aïr est réservée à l’entité géographique des montagnes.
2. Abzin, Asbin, Asben = les montagnes de l’Aïr.


Références

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Chrétien J.-P., Triaud J.-L., Boulègue J. 1999 – Histoire d’Afrique : les enjeux de mémoire, Khartala, 500 p.
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Renaud L. 1922 – Etude sur l’évolution des Kel Gress vers la sédentarisation.
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