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Aux confins de l'Aïr et de l'Ighazer ... un carrefour de l'histoire des hommes voilés.


Le Royaume de Maranda

Les causes climatiques mais aussi peut être l'insécurité résultant de la mise en place de nouvelles populations, vont pousser peu à peu les métallurgistes du cuivre et du fer à abandonner leur habitat dispersé et nomade, au profit de la première véritable cité de l'Ighazer, Maranda. Ce sera le point de convergencce des savoirs et savoirs-faire de l'Ighazer puisque outre les fondeurs du fer, on y retrouve également les fondeurs du cuivre. Ce mélange des genres amènera au début du premier millénaire, de nouvelles céramiques avec des décorations typiques, et surtout une augmentation de la production du cuivre, dont Maranda sera un centre d'affinage. Des milliers de petits creusets se retrouvent sur le site, le cuivre provenant pour l'essentiel de la plaine de l'Ighazer, même si l'on ne peut exclure une provenance extérieure.

Le Sultanat de l'Ayar (Aïr)

L'Aïr ou Ayar correspond au massif montagneux, mais on dénomme ainsi plus communément les montagnes et sa zone d'épanchement des eaux des pluies, l'Ighazer. Ainsi le Sultanat de l'Ayar s'étend sur ces deux entités géographiques fort distinctes. Historiquement l'Ighazer est le lieu de passage des grandes caravanes qui courent l'Egypte, en faisant un centre économique important dès le VIè siècle, avec le royaume de Maranda puis celui de Tigidda. Les migrations Touarègues, jusque là venus de l'ouest, vont désormais venir de l'est ou du nord est et recentrer le pouvoir politique et économique sur la zone montagneuse avec la création du Sultanat.

Ibn Battuta en Ighazer

Cet article tente de comprendre les éléments que rapporte Ibn Battuta de son périple en Ighazer (Defrémery et Sanguinetti 1858). Il est donc évidemment géo-centré sur la ville de Takedda et sa région. On n’oublie pas que le passage d‘Ibn Battuta au Sahel laisse perplexe devant le peu de détails qu’il rapporte sur ce voyage, en comparaison à ceux effectués en Asie. Néanmoins que ce soient des informations de premières où de secondes mains, elles constituent une représentation de la ville et de ses personnages vu de l’intérieur ou peut être plus vu de l’extérieur, à distance, qui restera à apprécier par chacun d’entre nous, la carte postale n’étant pas forcément meilleure qu’une bonne information de seconde main, même s’il n’est pas aisé de faire la différence (Fauvelle 2019).

Les Gobirawa en Ayar

Dans cet article je m’intéresse aux Gobirawa qui, à une époque, ont passé par l’Ayar1. Il serait vain de croire que cette ethnie n’ait qu’une seule origine. Comme beaucoup de confédérations Berbère ou Touareg, les Gobirawa que l’on connaît aujourd’hui en tant que peuple du Haoussa Bakoy (les sept premiers États Haoussa), sont le résultat de migrations qui pour certaines viennent de l’est, du nord, de l’ouest et même du sud. La diversité des traditions orales ou des écrits ne reflètent en fait que les alliances qui se sont faites, de grès ou de forces, tout au long de leur histoire, par métissages successifs entre populations désireuses ou obligés de s’unir pour poursuivre cette histoire.

Le Royaume de Tigidda

Les Sanhadja sont un ensemble de tribus berbères, hommes voilés du désert, dont les Touareg sont les descendants les plus directs. Ils occupèrent le Sahara occidental et, à l'apogée des Almoravides, occupent le Maroc et l'Espagne El Andalus. Ils auraient donné leur nom au fleuve Sénégal, par l'intermédiaire du portugais Sanaga (Zanaga). Les Zenata sont une branche des Sanhadja qui a migrée plus au sud ouest en mauritanie et autour du fleuve Sénégal. Ils pourraient être les ancètres des Igdalen et peut être des Iberkoreyan.

Les différentes communautés

La dynamique de mise en place des communautés peuplant actuellement l'Ighazer, se construit à partir du VII-VIIIème siècle. Elles sont pour l'essentiel nomades, venues de l'ouest et du nord-est sous l'impulsion des conquêtes arabes au maghreb puis de l'invasion des Banu Hilal vers le XIème siècle. La particularité de l'Ighazer en ces contrées sahéliennes, est bien d'avoir encore un habitat sédentaire vieux de 500 ans avec Agadez la capitale du Sultanat de l'Ayar mais aussi les gens d'In Gall et Tegidda n'Tesoumt. Ces derniers sont des Isawaghen qui possèdent un langage propre, mélange de Songhay, Tamasheq et Arabe. Teggida n'Tessoumt située  80 km au Nord d'In Gall en est bien son faubourg, les populations sont les mêmes.

Les Igdalen

Les Igdalen seraient présents dans l'Ighazer depuis la fin du VIIIè siècle ou le début du IXè siècle, et sont considérés comme les Touareg les plus anciennement installés dans l'Ighazer. Ils appartiennent aux Kel Aïr sous l'autorité directe du Sultanat d'Agadez. Ce sont des populations d'origine Berbère, dont les us et coutumes sont très proches de celles des Kel Tamasheq, mais ils gardent un parlé spécifique entre eux, à base Songhay, la Tagdalt, proche de la Tasawaq des sédentaires d'In Gall. Ce sont des gens pacifiques, pieux, qui ne portent pas les armes et se mettent le plus souvent sous la proteciton de tribus Imajeren ou Imrad pour les défendre.

Les Isawaghen

L’histoire orale d’Ingall est diversement relatée selon les personnes qui la présente et leurs origines. Entre des récits rapportant que les Isawaghen sont les descendants d’Askia Mohamed, que la fondation d'In Gall échoie à des Isheriffen ou les relatons étroites avec Takedda et Tegidda n'Tessoumt, les données archéologiques viennent compléter ces traditions orales pour aboutir à une structuration des Kel In Gall qui ressemble fort à celle des confédérations Touareg malgré leur sédentarité, c'est à dire un agencement de divers groupes humains au grès des vissicitudes de l'histoire. On peut alors parler de Kel In Gall.

Les Kel Fadey

Les Kel Fadey appartiennent à la confédération des Kel AÏr, et se trouvent donc sous l'autorité du Sultanat d'Agadez. Ils nomadisent au sud-ouest des falaises de Tiguidit et remontent jusque vers Teguidda n'Tessoumt et Fagoshia dans l'Ighazer. A l'ouest de leur territoire d'attache, c'est la confédération des Ouelleminden Kel Dinnik, et à l'est les Kel Aïr, dont les Kel Ferwan sont le bras armé. Kel Aïr et Kel Dinnik se sont de tout temps disputés la vassalité des tribus Kel Fadey, et l'histoire des Kel Fadey relate les actes brillants de ses tribus et héros légendaires, tantôt contre les Ouelleminden, tantôt contre les Kel Ferwan.

Les Kel Ferwan

L'origine du groupement des Kel Ferwan prend sa source près du vilage d'Iferwann au nord des montages de l'Aïr. Ce ne serait que récemment, 17è ou 18è siècle qu'ils se seraient déplacés autour de la capitale du Sultanat de l'Aïr.

Les Peulh Wodaabé

Les Peuls sont un peuple qui habite toute la bande Sahélienne. Seule une partie d'entre eux, les Wodaabés, ont gardé leur mode de vie nomade. La majorité des Wodaabés vivent au Niger. On les voit aussi à Ingall. Certains groupements ont leur terroir d'attache dans les environs, d'autres passent par là comme beaucoup de nomades à la recherche des pâturages salés. Ce sont les derniers arrivants de la plaine de l'Ighazer au milieu du 20ème siècle, la progression de l'agriculture dans le sud du pays les obligeant à chercher des pâturages de plus en plus vers la Nord. Durant les grandes sécheresses des années 70, ils quittèrent l'Ighazer pouir revenir y nomadiser, voire s'y sédentariser dans les années 80.

La période coloniale

Le premier explorateur à fouler le sol d'Aïr est Henrich Barth en 1853. Lors de son "excursion à Aagadez", il en décrira l'Emghedeshie, langue à base Songhaïe intégrant un vocable Tamasheq et Arabe, et précisera pour ce qui concerne la plaine de l'Ighazer l'implantation des villages d'In Gall et de Tegidda qu'il confond avec la Takedda d'Ibn Batuta (extrait). En 1876, Erwin de Bary pénétra aussi l'Aïr mais ne put jamais le traverser entièrement, il décèdera à Ghat peu avant une deuxième tentative.

L'automobile en Ighazer

Après la première guerre mondiale, les armées françaises d'Afrique développent avec des industriels des véhicules pour mieux circuler dans le désert. Se passe alors dans les années 20 une course entre ces constructeurs, Renault avec une voiture 6 roues, Citroën et sa voiture à chenille, Berliet pour les camions, etc. Ils possèdaient chacun leurs pilotes pour ouvrir un maximum de voies de ciculation en un minimum de temps. Point d'orgue de cette frénésie du désert le premier rallye partant de l'Algérie devant rejoindre Gao au Mali puis retour au point de départ en 1935.

Le(s) transaharien(s)

Au début du XXè siècle, le chemin de fer était l'outil moderne du développement commercial et devait être le parachèvement de la colonisation africaine. Ainsi on ne pouvait pas "développer nos colonnies" sans un mode de transport moderne pour les hommes et surtout les marchandises. Nombre d'ingénieurs et de politiciens se sont donc encouragés mutuellement à mettre en oeuvre une voie ferrée traversant l'Afrique et en particulier le Sahara, terre de conquête des français. Mais à force de tergiversations, seuls des tronçons deçi delà furent construits, comme si le souvenir de la mission Flatters, décimée en 1881 dans le sud Algérien, le laissa à jamais à quai.