Cet article tente de comprendre les éléments que rapporte Ibn Battûta de son périple en Ighazer, afin de participer à la vision du cadre géographique et humain qu’apporte son récit à cette région, issu des traductions faites par Defrémery et Sanguinetti au milieu du XIXè et de celle de Joseph Cuoq à la fin du XXè siècle (Defrémery and Sanguinetti 1858; Cuoq 1975). Il est donc à l’évidence ethno-géo-centré sur la ville de Tacaddâ et sa région. Néanmoins pour comprendre ce cadre géographique, les sources écrites arabes médiévales apporteront un peu plus de consistance à ce récit. Ces sources sont essentiellement issues du « Recueil des sources arabes concernant l’Afrique occidentale du VIIIè au XVIè siècle » de Joseph Cuoq.

On n’oublie pas que le passage d‘Ibn Battûta au Sahel laisse perplexe devant le peu de détails qu’il rapporte sur ce voyage au vu de la durée qu’il passa au Bilad al Sùdan, en comparaison à ceux effectués en Asie. Néanmoins, que ce soient des informations de premières où de secondes mains, elles constituent une représentation de la ville, de sa région et de ses personnages vue de l’intérieur ou peut être plus vue de l’extérieur, ce qui nécessitera d’interroger les 2 visions qu’il restera à apprécier par chacun d’entre nous, la carte postale n’étant pas forcément meilleure qu’une bonne information de seconde main, même s’il n’est pas toujours aisé de faire la différence (Fauvelle 2019).

Dans cet article, je m’intéresse aux Gobirawa qui, à une époque, ont passé par l’Ayar1. Il serait vain de croire que cette communauté n’ait qu’une seule origine. Comme beaucoup de confédérations Berbère, Touareg ou même Hausa, les Gobirawa que l’on connaît aujourd’hui en tant que peuple du Hausa Bakoy (les sept premiers États Hausa), sont le résultat de migrations qui pour certaines viennent de l’est, du nord, de l’ouest et sans doute du sud. La diversité des traditions orales ou des écrits, des cousinages ou des us, ne reflètent en fait que les alliances qui se sont faites et défaites, de grès ou de forces, tout au long de leur histoire, par métissages successifs entre populations désireuses ou obligés de s’unir pour poursuivre leur histoire.

Les Sanhadja sont un ensemble de tribus berbères, hommes voilés du désert, dont certains Touareg sont les descendants les plus directs. Ils occupèrent le Sahara occidental et, à l'apogée des Almoravides, occupent le Maroc et l'Espagne El Andalus. Ils auraient donné leur nom au fleuve Sénégal, par l'intermédiaire du portugais Sanaga (Zanaga). Les Zenata sont une branche des Sanhadja qui a migré plus au sud-ouest en Mauritanie et autour du fleuve Sénégal. Ils pourraient être les ancêtres des Igdalen.