Le(s) transaharien(s)

Au début du XXè siècle, le chemin de fer était l'outil moderne du développement commercial et devait être le parachèvement de la colonisation africaine. Ainsi on ne pouvait pas "développer nos colonnies" sans un mode de transport moderne pour les hommes et surtout les marchandises. Nombre d'ingénieurs et de politiciens se sont donc encouragés mutuellement à mettre en oeuvre une voie ferrée traversant l'Afrique et en particulier le Sahara, terre de conquête des français. Mais à force de tergiversations, seuls des tronçons deçi delà furent construits, comme si le souvenir de la mission Flatters, décimée en 1881 dans le sud Algérien, le laissa à jamais à quai.

Tracé transafricain - Bergé 1912L'ighazer et In Gall en particulier, auraient put être pour le transaharien un très important point de passage et de bifurcation vers le Tchad, sans doute même au détriment d'Agadez, comme le signale J. Bergé dans son plébiscite pour le rayonnement du drapeau dans les colonnies en 1912. Il faut dire qu'à cette époque Ingall est sans doute aussi grand qu'Agadez, mais ne jouit pas de la même réputation. 1912 fut aussi l'année de la mission Transafricain menée par le Capitaine Nieger, qui traça le transaharien entre Ighazer et Aïr sur un sol "moins douteux", préfigurant l'actuelle route de l'uranium. La première guerre mondiale repoussera les premières décisions, ensuite ce sera la compétition avec les automobiles dans les années 20, et lorsqu'une décision est enfin prise en 1927, c'est juste avant la grande crise. L'ighazer ne connaîtra jamais le chemin de fer, In Gall restera isolée !

De la même manière les premiers tracés automobiles passeront par Ingall et l'Ighazer sur des terrains non accidentés et donc faciles à traverser, d'autant que les points d'eau réguliers ne manquent pas. Ce sera à la faveur du développement uranifère que le premier goudron sera finalement construit entre Aïr et Ighazer, évitant Ingall préférant desservir le village d'un ministre ! L'axe In Guezzam - In Gall restant un axe bien connu des contrebandiers.


Transahariens téméraires ...

Julia Wagner Jauregg - 1930La connaissance de l'Afrique et de l'Ighazer, en particulier par les européens, se fit pas à pas. D'abord ce furent les militaires, puis les aventuriers et scientifiques.

- 1903, reconnaissance à Agadez de août à septembre par le lieutenant Plomion

- 1905, reconnaissance à Agadez de août 1904 à juin 1905 par le lieutenant Jean

Mission géologique en Aïr du professeur Chudeau

- 1906, reconnaisssance en Azaoua et Azbin (Agadez) de juin à novembre 1906 par le lieutenant Garnier de la Roche

- 1906-1909-1910, Mission du capitaine Cortier

- 1906 reconnaissance en Azbin et Azaoua (Agadez) de août à novembre par le capitaine Laforge

- 1906, reconnaissance en Azaoua de septembre à décembre par le capitaine Pasquier

- 1906, reconnaissance en Azbin-Azaoua de octobre à décembre par le lieutenant-colonel Lamolle

- 1907, le géologue Chudeau identifie des dinosaures au sud de Marandet

- 1908, le lieutenant Sigonney fait jonction avec les troupes soudanaises à Agadez, et y séjourne dans ce poste du 10 au 17 septembreTransaharien Lacroix - 1938Mission Cortier - 1909

- 1910, reconnaissance effectuée par le capitaine Cottes, de l'infanterie coloniale, d'Agadez à Yat du 1er mars au 14 avril

- 1911, reconnaissance d'Agadès à Tinkeouen du 25 août au 15 septembre 

- 1912, Mission Transafricain du capitaine Nieger

- 1914, mission de Frantz Zeltner en Aïr

- 1914, le Capitaine Cortier découvre et décrit les salines de Tegidda n'Tessoumt

- 1920, le corps du général Laperrine passe par Ingall à la suite de son terrible accident

- 1930, Mlle Julia Wagner Jauregg traverse le sahara jusqu'à Agadez en passant par Teggida et In-Gall

- 1930, 4-5 mai, In Gall : la mission de Burthe d'Annelet en Afrique Centrale passe à In Gall

- 1938, De Lyée de Belleau parcoure l'Afrique occidentale et conte son récit dans le journal La Croix, la même année, des anglais rtente de battre le recor de vitesse de Londres au Cap, une transafricaine passant en Ighazer, In Abbangarit, Tegidda n'Tessoumt puis Agadez.

- 1950, le Commandant Brouin découvre le site d'Azelik et l'identifie à la Takedda de Ibn Batuta.

- 1953 un officier de l'armée française, le lieutenant Prautois, chef du peloton méhariste d'Agadez, a trouvé des vestiges archéologiques de l'usinage des métaux sur le site de Marandet et a prélevé des échantillons pour Raymond Mauny, qui a publié une note sur Maranda/Marandet en 1953.


Les Annales coloniales n°134

Mission Burthe Annelet - 1930Le Lieutenant-colonel de Burthe d'Annelet, chargé de mission par le ministre des Colonies et le Muséum national d'Histoire naturelle, dont nous avons annoncé l'arrivée à Agadez (Aïr) le 14 avril 1930 dernier et relaté l'intéressante tournée dans les sauvages et pittoresques Monts Baghizan, vient d'accomplir une nouvelle et importante étape du vaste programme qu'il poursuit depuis près de deux ans dans le Centre-Africain. Il a quitté Agadez le 4 mai à destination de Tahoua, passant par Assaouas (puits Friry en mortier de ciment armé), sur l'Irhazer d'Agadez, fleuve mort qui a 5 km de large et va se jeter dans l'Azaouak ; par Tadéras où le lieutenant Dufail a été tué par la foudre en 1927, et par ln Gall. Cette région pierreuse ou argileuse est semi-désertique et couverte d'une brousse clairsemée et rachitique.

ln-Gall (alt. 470 m.), à 118 km. d'Agadez, dont il dépend, est un ancien poste militaire construit en 1917 et supprimé en 1927. C'est un lieu important par sa palmeraie, son village en banco d'environ 700 habitants, qui parlent le sonrhaï, ce qui prouve que le grand Empire Sonrhaï s'étendait jadis jusqu'à In Gall. C'est l'entrepôt et le centre du commerce du sel, provenant des salines de Téguidda n'Tésemt (82 km au Nord), dans une immense plaine de banco (argile) sans eau. Ces salines importantes, les seules, exploitées, donnent un sel de très bonne qualité, 200 tonnes environ, l'extraction de terre salée 600 tonnes. Enfin, In Gall se trouve sur la route automobilisable Tahoua- Tamanrasset (Hoggar), qui a été reconnue en mai 1927 jusqu'à ln Guezzam par l'actif commandant Rottier, qui s'est rencontré dans ce dernier endroit avec le capitaine Jean, commandant l'Annexe de Tamanrasset. Une piste auto relie également In Gall à Agadez.

Après un séjour de 24 heures à In Gall, M. de Burthe d'Annelet a pris la direction du Sud, passant par Tadebout, où on est en train de forer un puits Friry ; Nouaggar, mare d'hivernage dans un beau Kori (lit de rivière temporaire), la plus durable de toute la région ; Bagam, autre vaste mare, où les Kel-Grcss abreuvent leurs nombreux troupeaux. Puis, par Effeinateuss, Inéfissaoua, en suivant une série de Koris presque ininterrompus, il est arrivé le. 7 juin à Tahoua (ait. 375 m.), à 426. km. d'Agadez, où il reçut le meilleur accueil des aimables lieutenants Mathey et Costerastc et de M. l'Administrateur en chef de Loppmot dont il fut l'hôte.