Les périodes migratoires

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La dynamique de mise en place des communautés peuplant actuellement l'Ighazer, se construit à partir du VIIè-VIIIè siècle. Elles sont pour l'essentiel nomades, venues de l'ouest et du nord-est sous l'impulsion des conquêtes arabes au Maghreb puis de l'invasion des Banu Hilal vers le XIème siècle. La particularité de l'Ighazer en ces contrées sahéliennes, est bien d'avoir encore un habitat sédentaire vieux de 500 ans, avec Agadez la capitale du Sultanat de l'Ayar mais aussi les bourgades d'In Gall et Tegidda n'Tesemt. Ces derniers sont des Isawaghen qui possèdent un langage propre, mélange de Songhay, Tamasheq et Arabe.


gallay migrationsDe toutes les traditions, les Igdalen sont les plus anciennement installés en Ighazer, et occupent toute la zone centrale, de Tegidda n'Tesemt jusque vers Marandet et Aderbissinat en ayant comme attache les villages de Tirgit, Assaouas, Tigerwit, Akenzigi, Tegidda n'Adrar, etc. L'arrivée des Igdalen dans l'Ighazer serait concomitante à celle des Iberkoreyan venus du Fezzan. Ces derniers migrèrent au court des siècles suivants vers l'Azawagh (In Teduq) puis vers l'Ader. Lors de la scission des Ouelleminden, ils se rattachèrent à ceux de l'Est pour former les Ouelleminden Kel Dinnik.

La deuxième moitié du premier millénaire correspond au domaine de Maranda, une halte caravanière importante entre Égypte et boucle du Niger. Il ne semble pas y avoir d’organisation politique autre qu’un lieu de commerce et d’artisanat autour des puits abondants de Maranda. Très certainement les Igdalen ne sont pas les seuls berbères à la fin du premier millénaire. Les Isandalan et autres Messufa venus de l’ouest, la région de Tademekkat, sont sûrement déjà présents mais sans organisation globale entre eux, organisation qui naîtra au début du second millénaire avec la prédominance des Messufa du royaume de Tigidda. Il ne semble pas d’ailleurs que ces arrivées en Ighazer se fassent en refoulant les populations autochtones hausaphones et/ou songhayphones, mais plutôt en vivant avec elles et en les intégrant peu à peu dans une vie ou les échanges commerciaux et donc linguistiques, culturels, se font de plus en plus pressants pour orienter les modes de vie.

Au début du second millénaire, naîtra donc la première véritable structure étatique, le royaume de Tigidda et sa capitale Takadda visitée par le globe-trotter Ibn Battuta au milieu du XIVè. Les Messufa en sont les dignitaires, ils développent une industrie du cuivre à la fois locale et internationale, c’est aussi la période qui doit voir commencer l’exploitation des salines de Tegidda n’Tesemt. Les Messufa finiront par perdre le leadership de la région au profit du Sultanat de l’Ayar, leur fin de règne semble se faire comme s’il avaient dédaigner le pouvoir au profit de ecclésiastique, ils fondent notamment la ville religieuse d’Anissaman et deviennent dans les traditions des Ineslemen, peut être aussi pour éviter l’éradication de leur peuple. La fin du royaume de Tigidda serait aussi la naissance urbaine de la ville d’Agadez mais aussi des villages d’In Gall et de Tegidda n’Tesemt.

lesperiodeshistoriquesLa naissance du Sultanat de l’Ayar ressemble à un jeu politique entre les berbères Isandalan venus de l’ouest entre Aïr et Ighazer et ceux venus du nord, Kel Gress puis Kel Owey en Aïr arrivants à partir du XIIè. Les Kel Ferwan sont alors postés au nord de l’Aïr et descendront autour d’Agadez pour devenir le bras armé du Sultan vers le XVIè. Autour du XVIIè certaines tribus berbères partent de l’Ayar vers le sud, Gobir et Ader, et certains autres vers l’Azawagh. L’Ayar semble trop peuplés de tribus dont la fierté engendrent des conflits récurrents. Les Kel Owey maîtrisent alors l’Aïr. Les Kel Fadey font leur apparition et descendront en Ighazer au XVIIIè se positionnant entre Ouelleminden et Kel Ferwan, entre ceux de l’Azawagh et ceux de l’Aïr.
Par la suite seuls quelques groupes venus du Hoggar renforceront les berbères en Ighazer, Ikaskazan, Kel Gharous, et autres Kel Ahaggar plutôt positionner entre Tamesna, Ighazer et Aïr. L'ensemble de ces communautés de l'Ighazer est sous l'autorité du Sultan d'Agadez, chef des Kel Aïr qui organisait la grande Taghlamt, vers le Ténéré puis vers le sud du pays. Les Peulhs Woodabé sont aussi installés en partie sur la plaine et nomadisent surtout à la saison des pluies pour leur cure salée. Ce sont les dernières populations arrivées sur la zone de l'Ighazer au cours du XXè, ne dépendant pas du Sultanat, bien que ces dernières décennies ils installent des villages autour des falaises de Tiguidit.

Même si le positionnement chronologique reste intéressant visuellement pour comprendre les migrations, il n'en demeure pas moins statique ce qui n'est sûrement pas le cas des peuplements qu'on y décrit. La constitution des groupements touarègues en particulier est complexe : des nouveaux arrivants sur un territoire peuvent aussi bien chasser des autochtones que les assimiler ou les dominer. Par exemple certaines tribus des Imikittan sont restées en Aïr et ont accepté la domination des Kel Owey, alors que les Iteseyen ont tous émigré vers l'Ader. Ces assimilations ont aussi pu se faire avec des groupes autochtones songhayphone ou hausaphone. Ainsi aujourd'hui, la composition d'un groupement reflétera la complexité de la constitution des entités sociales des Kel Tamasheq et donc son histoire passée.

migrations chronologie


 

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