Les Kel Fadey

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Les Kel Fadey appartiennent à la confédération des Kel Aïr, et se trouvent donc sous l'autorité du Sultanat d'Agadez. Ils nomadisent au sud-ouest des falaises de Tiguidit et remontent jusque vers Teguidda n'Tesemt et Fagoshia dans l'Ighazer. A l'ouest de leur territoire d'attache, c'est la confédération des Ouelleminden Kel Dinnik, et à l'est les Kel Aïr, dont les Kel Ferwan sont le bras armé. Kel Aïr et Kel Dinnik se sont de tout temps disputés la vassalité des tribus Kel Fadey, et l'histoire des Kel Fadey relate les actes brillants de ses tribus et héros légendaires, tantôt contre les Ouelleminden, tantôt contre les Kel Ferwan.


Les origines des Kel Fadeyimages/communaute/kelfadey/kelfadey_origines.pngOrigines et légendes

Les Kel Fadey seraient originaires de Ghât dans le Fezzan Lybien. A la fin du XVIIè siècle, le pouvoir des Imanan de Ghât fut supplanté par les Uraghan, ainsi ils émigrèrent en partie vers l'Aïr, dans la région de Fadé au Nord du Massif, vinrent ensuite dans le Talaq puis vers Tegidda n'Adrar. Ils occuperaient l'Ighazer et la zone d'In Gall depuis le milieu du 18ème siècle (Bernus et Echard 1992). D'autres traditions orales rapportent qu'ils seraient issus des Taitoq de l'Ahaggar qui auraient pour mère Tin Hinan (Urvoy 1936 ; Chapelle 1949 ; Nicolas 1950) qui s'installèrent à Tegidda, puis remontèrent vers Fadé. La vérité est sans doute entre ces deux traditions orales car, nous devons considérer que les groupements Touareg se sont formés à partir de multiples tribus n'ayant pas toutes les mêmes origines, certaines pouvant venir du Tassili, d'autres de l'Ahaggar, et certaines étant installées avant la venue de ces derniers.

La parenté avec les Taitoq est souvent évoquée, puisque le nord de l’Ighazer, la Tamesna, est un terrain de parcours important pour les chameaux des Kel Ahaggar et certaines tribus Imghad nomadisent presque en permanence dans cette contrée, notamment lors des sécheresses récurrentes du Sahara central. Il n’est donc pas impossible qu’un certain nombre de tribus soient originaires de l’Ahaggar, comme les Kel Ahaggar de l’Ighazer qui se sont complètement détachés de leurs suzerains Taitoq et Kel Rhela de l’Ahaggar.

Les Kel Fadey ont 2 tribus Imajeghen mais n’ont pas de tribus Ineslemen attachées. Le nom des tribus Imajeghen viendrait d’une de leurs étapes de migration, Aghelgu dans le massif de l'Aïr pour les Aghelgawen et Tadara/In Tadéra pour les Idarawan (Bernus 1991). Ces deux lieux se situent au nord de la montagne de Fadé, l’on y retrouve également un autre nom de lieu en lien avec leur groupe d’origine, Imanene.

On peut suivre leur migration avec les tombeaux des Aménokal successifs : Aghdal, Idder et Baoa à Agalal puis Ahallama à Tekriza, Wan Agoda à Sekiret, Elwidas au sud de Sekiret, Balla, Isiad et Sidi au cimetière Isherifen d'In Gall et enfin Mohamed à Tchimouménène. La généalogie des Amenokal Kel Fadey suit une filiation patrilinéaire pas vraiment affirmée car certaines successions semblent se faire de manière matrilinéaire (Bernus et Echard 1992).

Au début du XVIIè des Touareg Kel Ahaggar, arrivent sur Tegidda n’Tesemt et prennent le village. La Tamesna au nord de Tegidda n’Tesemt et comme une zone de repli au cas où les affaires géopolitiques tournent mal pour les Kel Ahaggar. Les gens d’In Gall appuyaient par le Sultan Youssouf qui régna pendant 28 ans à partir de 1597, reprirent la main sur Tegidda n’Tesemt et les Kel Ahaggar se replièrent sans doute sur l’Aïr allant ainsi à la rencontre de ceux de Fadé (Abadie 1927 ; Urvoy 1936 ; Lhote 1972 ; Bucaille 1975), peut être en passant par Madaouéla dans le Talaq (Hamani 1989). C’est très certainement ici que se rejoignent les deux traditions orales. Ainsi, il est probable que ces Kel Fadey de l’Ahaggar s’arrêtèrent à Madaouéla et que les Kel Fadey de Fadé les y rejoignirent à l’époque où les Tamesgidda étaient les gardiens des mosquée de Takriza et Agalal. Pour Séré de Rivières les Tamesgidda sont originaires de l’Ahaggar et venus vers le XVIIè (Séré de Rivières 1965) et auraient les même origines que les Kel Fadey de l’Ahaggar (Urvoy 1936), élément qui coïncide bien avec le fait que les Amenokal des Kel Fadey sont enterrés près de mosquée dont les gardiens sont les Tamezgidda.

kelfadeyL'origine des Kel Fadey semble donc bien être double, les Ajjer avec des parentés plus affirmées avec les Imanan de cette région et l’Ahaggar avec une parenté aux Taitoq et Tamesgidda. La rencontre de ces groupes se consolida très certainement dans la région de Aguelal/Tekriza. Cette double origine se retrouve de manière assez parallèle avec celle des Kel Ferwan ayant pour origine ces mêmes montagnes et reflétant les même oppositions. En Ahaggar les Kel Rhela et Taitoq sont opposés, en Ajjers les Uraghan et les Imanan sont opposés et ont donc leur pendant en Aïr avec les Kel Ferwan et Kel Fadey, remarque déjà émise par Nicolaisen (Nicolaisen 1982).

Ce qui étonne à ce moment là, c'est le fait qu'ils se donnent une ascendance aussi avec les Ouelleminden, notamment les Imajeghen Ireulan, qui leur sont proches tant géographiquement que dans l'histoire récente, mais pour Hamani ce ne peut être qu’une parenté de façade leur ayant permis de rester positionné continuellement entre les Kel Aïr et Ouelleminden (Hamani 1989). On remarquera par la suite, qu’une partie des tribus qui composent l’Ettebel des Kel Fadey, sont issues des Ouelleminden, ce serait donc plus une parenté des Imghad qui serait à décrire.

Une autre parenté étroite existe donc avec les Kel Tamesgidda aujourd’hui dans le Damergou. Ces derniers étaient les gardiens des mosquées d’Agalal et Tekriza, lieu où l’on retrouve des tombeaux d’Aménokal Kel Fadey. On raconte que le Sultan de l’Aïr désireux de grouper les tribus de l’Ahaggar nomma un Tambari parmi les Izarazaran, mais les Kel Fadey et Tamesgidda se révoltèrent et chassèrent les Izarazaran (Hama 1967). Cette relation s’effritera puisque les Kel Fadey viennent vers le XVIIIè à Tegidda n'Adrar sur invitation du chef des Kel Tofeyt et repoussent les Tamesgidda (Bernus 1981). C’est peut être la période qui voit les Kel Fadey investir l’Ighazer, puisque Séré de Rivière les positionne vers In Gall en 1770 (Séré de Rivières 1965), et pour Urvoy ils s’emparèrent des pâturages d’In Gall à la fin du XVIIIè (Urvoy 1936). Seul Boubou Hama déroge à cette vue en les faisant quitter Fadé au début du XIXè passant par Ananagourouf, Tintinterat, qu’on ne situe pas puis Sekiret, Azelik et enfin In Gall (Hama 1967).

Les Imajeghen Kel Ferwan disent qu'autrefois le groupe tout entier des Kel Fadey, y compris sa tribu noble, payait le prix des dots aux Kel Ferwan, comme ses propres vassaux. On dit que la vassalité des Kel Fadey a pris fin de la façon suivante : le chef des Kel Ferwan envoya un jour un forgeron dans un camp de Kel Fadey pour réclamer un chameau comme part de la dot d'un mariage. Mais le nouveau marié refusa de donner le chameau, et pis encore, pour montrer son mépris, coupa les deux oreilles du chameau monté par le forgeron. Celui-ci retourna alors chez le chef Kel Ferwan, qui entra dans une violente colère. Il décida immédiatement d'aller lui-même chercher sa part de dot. Quand il arriva dans le camp Kel Fadey, il y eut une bataille, qui fut perdue par les Kel Ferwan qui avait sous-estimé la force des Kel Fadey. Il fut blessé vilainement à la jambe, mais fut bien soigné par les Kel Fadey, aussi put-il après un certain temps, retourner sain et sauf dans son propre camp. Depuis lors, dit-on, les Kel Fadey n'ont payé aucune dot aux Kel Ferwan (Nicolaisen 1982). Un tel événement aurait dû se passer dans la partie septentrional de l’Aïr autour de la région d’Iférouane et pu être le fondement de la naissance de l’Ettebel des Kel Fadey.

Enfin, je finirai en faisant un parallèle avec la situation contemporaine des tribus Kel Ahaggar qui aujourd’hui occupent le piémont de l’Ighazer dans cette même zone de la vallée de Sekiret entre Aïr, Tamesna et Ighazer. Ce sont essentiellement des tribus Imghad détachées des Taitoq et des Kel Rhela de l’Ahaggar, et donc maintenant groupées par l’administration coloniale en Kel Ahaggar. Il a pu, à quelque siècle de distance, se passer le même phénomène ou des tribus Imghad de l’Ahaggar se regroupaient dans cette même zone et furent, à défaut d’administration, groupées avec des Imajeghen plutôt nouvellement venus dans la zone, simplement parce que les tribus Imghad ne peuvent pas rester autonomes et devaient avoir un protecteur.


L'Ettebel des Kel Fadey

tribusAujourd'hui onze tribus composent ce groupement dirigeait par un Aménokal. Sa résidence est située à Tchimouménène, 7 km à l'ouest d’In Gall. Il possède un Ettebel (tambour de guerre) signifiant que ce groupement a une certaine autonomie vis à vis du pouvoir Agadézien. L'Ettebel est détenu par l'Aménokal, suzerain des tribus qui le reconnaissent comme leur protecteur. Il ne doit jamais être posé à terre. Les Aménokal sont tous issus de la tribu des Ighalgawan : Aghdal, Idder, Baoa, Ahallama, Wan-Agoda, Elwidas, Balla, Isiad, Sidi, Mohamed. L'actuel Aménokal est Ghalioune Mohamed décédé début 2021.

Au cours du XXè, l’Ettebel des Kel Fadey montre une grande homogénéité, et s‘il peut y avoir des différences entre les citations des auteurs, ce n’est vraisemblablement qu’au niveau des subdivisions des Tawshit. Les tribus se répartissent en :

- deux tribus Imajeghen, l'aristocratie guerrière, ce sont ces tribus suzeraines qui dirigent le groupement : Ighalgawan et Idarawan. Il reste néanmoins en mémoire une autre tribu possiblement suzeraine, les Kel Azar n’Aggur composée de différentes factions, mais qui auraient disparu très certainement avant le XXè,
- neuf tribus Imghad, vassales : Ifareyan, Ikherkheran, Ibutkutan, Iburgalan, Isagarasan, Igameyan, Kel Tamesna, Itagan, Izelitan. On note un groupe non cité par l'administration, les Ighawelan qui sont des affranchis dont une partie tend à se sédentariser dans le quartier d'Ebrik au sud-ouest d'In Gall sur l'ancienne route de Tahoua et qui sont recensés avec les Ighalgawan. Cette sédentarisation faisant suite aux divers épisodes de sécheresse qui ont mis à mal leur troupeau dans les années 70-80. En parallèle, ils démarrent des cultures maraîchères au bord du kori d'In Gall.

Ifareyen et Ikherkheran conteste leur statut d’Imghad et se souviennent d’être des Imajeghen, en provenance des Imanan de Ghât pour les premiers et des Ouellemiden pour les second. Les Ifareyen ont fait l’objet d’une dispute entre Kel Fadey et Kel Owey. Arrivés par l’est du Tamgak, ils rejoignent ensuite la région d’Aouderas pour ce lier enfin aux Kel Fadey.

Certaines tribus sont originaires de l'Aïr comme les Isagrasan, Igamayen, mais la plupart comme les Kel Tamesna viennent de la confédération voisine des Ouelleminden (Hama 1967 ; Bernus et Echard 1992). Ce sont les Ibutkutan, Iburgalan, Kel Tamesna. Les Itagan et Izelitan sont des noms génériques donnés à des tribus assimilées au cours de l'histoire, ils sont libres et affranchis maintenant. Ils sont somme toute assez peu nombreux, ce qui dénote bien un esprit volontiers plus guerrier qu’éleveurs, renforcé par les nombreux Imghad. Ce groupement n'a pas de tribu Ineslemen, religieuse, mais entretien des liens étroits avec les groupes religieux des Igdalen et des Isherifen d'In Gall installés dans la région bien avant eux.

Le plan communal de développement en 2021 signale 27 tribus chez les Kel Fadey sans les lister (In Gall 2021).


L'Amenokal des Kel FadeyTessigelet, Wan Agoda et Al Khabous

La première figure héroïque des Kel Fadey est Tessigelet, fille du premier Aménokal Aghdal. Elle se distingua en s'élevant contre la domination des Kel Owey, désireux de s'accaparer la tribu des Ifarayen, en défiant leur suzerain Bolghu, se présentant seule devant lui, le traitant d'esclave, et lui ordonnant de rester sur son territoire. Devant tant d'audace le suzerain Bolghu accepta. Tessigelet fit alors apporter un plat en bois, fit égorger une vache et avec la peau recouvrit le plat pour donner le premier tambour de guerre aux Kel Fadey. Elle le donna à son fils Wan Aghoda, Aménokal, autre héro Kel Fadey. Elle serait enterrée à Aman n’Tedent.

Au cours du 19ème siècle, Wan Aghoda et son fils Al Khabous se distinguèrent par des faits d'armes. Les traditions orales rappellent ces faits, plus rocambolesques les uns que les autres, tour à tour contre les Kel Aïr dont ils font partis et les Kel Ouelleminden à l'Ouest de l'Ighazer, rappelant la position charnière de ce groupement entre deux grandes confédérations touarègues, entre deux milieux physiques, les sables de la Tadarast et les argiles de l'Ighazer. La fin du XIXè marque une proximité évidente avec les Ouelleminden, ce peut être donc une période favorable pour accueillir en leur seins de nouvelles tribus Imghad présentent à l’ouest de l’Ighazer.

Parmi les personnages Kel Fadey, il est difficile de ne pas citer une de nos contemporaines, une célèbre chanteuse de Tendé, une des meilleures représentantes de cette catégorie musicale que fut Khadija, ex-captive du groupe des Ighalgawen. Elle n’avait pas de concurrentes dans son campement, ni dans la région d’In Gall. Son talent et sa renommée étaient à ce point reconnus qu’elle était fréquemment invitée à se produire lors des fêtes et des réceptions officielles qui se succèdent à la période de la cure salée. Il lui est même arrivé de composer un chant pour la visite du ministre français Yvon Bourges en 1971. Cependant, ce sont surtout les personnages du campement et la chronique régionale que Khadija évoque dans ses chants (Borel 2010).

Wan Aghoda vécut au XIXè, Al Khabous mourut à la fin du XIXè, et même si la précision de ces dates n’est pas certaine, cela replace la création de l’Ettebel par Tessigelet dans la seconde moitié du XVIIIè, très certainement dans la région d’Agalal, où l’on trouve les premiers tombeaux des Aménokal Kel Fadey. Ainsi les Imajeghen Kel Fadey auraient passé près d’un siècle dans la région de Fadé avant la naissance de l’Ettebel fin XVIIIè dans la région d’Agalal et de poursuivre leur migration en Ighazer au début du XIXè, ils sont alors très proches des Ouelleminden Kel Nan.

Dans la tradition de la création de Tegidda n’Tesemt rapportée par Abadie, et reprise par beaucoup d’autres derrière lui (Lhote 1955 ; Bucaille 1975), est évoqué un conflit entre les Kel Fadey et le Sultan d’Agadez appuyé par les gens d’In Gall, sur la main mise que les Kel Fadey eurent sur Tegidda n’Tesemt. Le Sultan de l’époque était Youssouf qui régna 28 ans à partir de 1597, ce qui place cet événement au début du XVIIè (Abadie 1927). Les Kel Fadey sont alors plutôt en Aïr septentrional entre Fadey et Aguellal et se renforcent très certainement avec des tribus Imghad originaires de l’Ahaggar (Jarry 2020). Tegidda n’Tesemt est alors défendu par le Sultan qui ne souhaite sans doute pas perdre cette ressource financière importante que sont les salines, mais on sait qu’il n’a pas d’armée et donc ceux sont les gens d’In Gall qui vont reprendre pour lui le village. Mais peut être faut-il comprendre par gens d’In Gall, les Touareg qui nomadisent autour de la capitale de l’Ighazer plutôt que les habitants proprement dit, car ils n’ont guère l’âme guerrière. Il est assez peu probable que ce soient des Ouelleminden car il ne défendrait certainement pas le Sultan d’Agadez et il est plus probable qu’à partir de cet événement cela va inciter les Kel Fadey à opérer des rapprochements justement avec les Ouelleminden dont ils se disent parents. Ce seraient donc plutôt du côté des tribus appartenant aujourd’hui aux Kel Ferwan qu’il faudrait rechercher ces défenseurs de Tegidda n’Tesemt.


AlkabousLa période coloniale

Au XIXè siècle, les Kel Fadey n'avaient que peu de respect pour le Sultan d’Agadez. In Gall lui payait un impôt en sel et de prestation, mais les Kel Fadey ont remplacé le Sultan dans le recouvrement de cet impôt (Jean 1909). Au moment de l'occupation française les Kel Fadey avaient toujours la même impertinence de collecter pour leur propre compte les impôts du Sultan au village d'In Gall et Tegidda n’Tesemt (Nicolaisen 1982).
Au début du XXè siècle, la pénétration française n'est pas vraiment la bienvenue pour les Kel Fadey, dont le mode de vie en est grandement perturbé. Depuis Tahoua, c'est le Capitaine Delestre qui prend le premier contact avec ce groupement, toujours considéré comme non soumis en 1903.

En 1904, le capitaine Lefebvre escorte la Taghlamt avec plus de 10 000 chameaux jusqu’en Aïr, l'escorte passera ensuite par Aouderas puis In Gall et rencontrera la section montée de Tahoua pour en imposer aux Kel Fadey et Tamesgidda qui défient l'autorité du Sultan et des français dont Oanagoda et Inat leurs chefs. Les français veulent les mettre sous l'autorité du Sultan et ne plus mettre d'entrave à l'exploitation du sel d'In Gall (Jean 1909).

Le Sultan d’Agadez et l’Anastafidet sont du côté des français, les Kel Ferwan se soumettent, mais les Kel Fadey, Kel Ahaggar, Kel Rharous, Kel Tedalé et Ifadeyen joue le tambour de guerre. Le 16 septembre, les Kel Rharous et Oanagoda des Kel Fadey faisaient dire de ne pas compter sur eux pour se soumettre.

Le colonisateur organise alors une colonne militaire pour In Gall pour convaincre les récalcitrants Kel Fadey et Ahaggar, avec une rencontre prévue avec le Capitaine Delestre de Tahoua à In Gall. La première colonne Kel Ferwan avec le Tambari Ag Rhali va à la rencontre des Kel Fadey. Ils se mirent en route le 20 septembre, sont à In Gall le 21 et rencontre le 23 Delestre. Ils retournent à Agadez le 25 septembre, Delestre construit un blockhaus à In Gall avec 20 tirailleurs et repart le 27 septembre.

Les Ouled Sliman attaquent les Kel Aïr à Fachi, et on rappelle alors les tirailleurs d'In Gall dont les habitants les voient partir en pleur. Les chefs d'In Gall et Tegidda n’Tesemt supplient qu'on ne les leurs enlèvent pas ayant trop peur des représailles des Kel Fadey, le chef de Tegidda n’Tesemt était prévenu qu'il aurait la tête tranchée.

En septembre 1904, les français faisaient monter un contre-rezzou par l'Anastafidet des Kel Owey, contre les Kel Fadey dont le chef était Oanagoda. Il ramènera l'impôt de soumission pris de force. Le 15 novembre de cette même année fut intronisé Ismaghil, Aménokal des Kel Dinnik soumis aux français. Son opposant, Rezzi, allait se réfugier avec ses compagnons auprès des Kel Fadey qui prenaient cause pour lui. Rezzi se soumettra finalement en décembre 1906. Début 1905, le Lieutenant Jean effectué des opérations de polices contre les Kel Fadey, leur infligeant de lourdes pertes. L’ordre donné d’évacuer le poste d’Agadez est exécuté le 31 mai 1905 par le colonel Aymeric et le Capitaine Lefebvre, le 1er juin In Gall est pillé et Tegidda n’Tesemt voyait un massacre de sa population. Les sauniers d'In Gall, sans capacité de réaction étaient pour ainsi dire tenus en captivité par les Kel Fadey qui y faisaient régulièrement des rezzous, mais ne s’aventuraient jamais en Aïr. Toujours en 1905, Ismagil des Ouelleminden et Ag Rhali des Kel Ferwan font la paix à In Gall devant le Sultan (Jean 1909).

Le 8 décembre 1906 c'est un fort rezzou mené par le neveu d'Oanagoda, Albakka, qui pillait la tribu maraboutique des Dagamena à In Kankaran. Le contre-rezzou organisé par le Capitaine Laforgue permettait de reprendre le butin au nord de Tegidda n'Tesemt. Oanagoda ne souhaitait pas la soumission et voulait continuer à vivre comme avant les français, il refuse une amende de 890 chameau par la Sultan pour un pillage. Oanagoda recevaient des Ikaskazan des fausses nouvelles qui le maintenaient dans la peur (Jean 1909). Les Kel Fadey attaque la région de Tahoua et Agadez, ils y perdirent presque tout leur troupeau, des morts à Anyokan, Tchimoumenene et Marendet. A Azelik est le plus rude combat avec 300 Kel Fadey une moitié émigrera vers le Damergou, une autre moitié est en fuite, leur débandade marque leur soumission.

En 1907, le Commandant de Bataillon Bétrix relevait de leur fonction les chefs Kel Ferwan et Kel Fadey. Ces derniers ne participaient pas à la Sansani d'après l'hivernage, marquant ainsi leur volonté de remettre en cause leur soumission. Ceci ayant pour effet de renforcer les opérations de polices contres les tribus non soumises. En 1908, le Lieutenant Théral faisait une opération dans les monts Izazan, où il mettait au pas les derniers irréductibles Kel Fadey. En 1909, Ils avaient toujours l'impertinence de prélever un tribut sur les populations d'In Gall en lieu et place du Sultan d'Agadez (Nicolaisen 1982). Les Ahaggar de Moussa Ag Amastene viennent piller les Kel Fadey. Le Commandant Betrix, colonne Posth, abandonne Tegidda n’Tesemt à cause des pillages incessant des Kel Fadey (Séré de Rivières 1965).

Dès lors les Kel Fadey faisaient bonne figure devant les colons, mais leur passé tumultueux les rattrapait. Ainsi en 1915, le Sultan Tagama faisait assassiner son chef de guerre, le Tourawa Mélé, et n'hésitait pas à faire accuser des Kel Fadey de ce crime. A la suite de la défaite de Kaocen en 1917, les Kel Fadey appuyaient les missions françaises, notamment celle du Lieutenant Bourgès en décembre près de la mare de Tigbeloufass, ou Issiad commandait 100 de ces guerriers. Déjà plus tôt dans l'année, 110 Kel Fadey, toujours sous les ordres d'Issiad, participaient aux cotés des français à un contre-rezzou sur Kaocen dans le Damergou, ce dernier cherchant à réapprovisionner ses troupes. Les Kel Fadey comme d'autres, trouvaient ainsi dans ces contre-rezzous le moyen de faire perdurer leur us, mais aussi l'occasion de régler quelques comptes avec des tribus rivales et marquer ainsi un peu plus leur prédominance sur leur territoire. Le dernier véritable rezzou au Niger aura lieu en 1927, seuls des bandits de grands chemins œuvreront par la suite. Restés très pro-français au sortir de la première guerre mondiale, les Kel Fadey sont ruinés par les guerres et les rezzou des Ahaggar (Urvoy 1936).

Le 18 avril 1942, l’administration française reconnaissait l’Amenokal des Kel Fadey (Séré de Rivières 1965). Ils étaient 2 341 en 1950 (Nicolas 1950), 4160 en 1974 (Bernus et Echard 1992).


Traduction d'une chanson des Touareg Kel Fadeï (Abadie 1927)

La bataille a été livrée l'autre jour ; j'aurais pu être tué ; je suis toujours vivant.
J'ai baigné dans mon sang, avec mon âme.
Des lances se sont enfoncées dans mon corps, comme les cornes d'une vache.
J'ai manœuvré avec force mon bouclier blanc, mais la poignée s'est cassée.
Les imrhad ne valent rien ; ils se sont sauvés, me laissant combattre tout seul.
J'ai hurlé jusqu'à ce que ma voix se soit éteinte.
J'ai fait bataille, à la lance, jusqu'à ce que mon bras se soit tordu.
En marchant lentement je suis revenu vers ma femme.

Références

Abadie M. 1927 – La colonie du Niger, Société d’éditions géographiques maritimes et coloniales, 462 p.
Bernus S. 1981 – Relations entre nomades et sédentaires des confins sahariens méridionaux : essai d’interprétation dynamique, Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, (32), p. 23‑35.
Bernus E. 1991 – Montagnes touarègues : Entre Maghreb et Soudan : « le fuseau touareg », Revue de Géographie Alpine, 79 (1), p. 117‑130.
Bernus E., Echard N. 1992 – Programme archéologique d’urgence 1977-1981 : 5- Les populations actuelles, Études Nigériennes no 52, IRSH, 108 p.
Borel F. 2010 – Musiques touarègues, Encyclopédie berbère, (32), p. 5130‑5139.
Bucaille R. 1975 – Takadda, pays du cuivre, IFAN, 37 (4), p. 127‑152.
Chapelle J. 1949 – Les Touareg de l’Aïr, Cahiers Charles de Foucauld, 12, p. 66‑95.
Hama B. 1967 – Recherches sur l’histoire des Touareg sahariens et soudanais, Présence Africaine, 556 p.
Hamani D. 1989 – Le Sultanat Touareg de l’Ayar : au carrefour du Soudan et de la Berbérie, L’Harmattan, 513 p.
In Gall 2021 – Plan de développement communal 2020-2024 In Gall, Commune d’In Gall, inédit, 80 p.
Jean C. (Lieutenant) A. du texte 1909 – Les Touareg du Sud-Est : l’Aïr ; leur rôle dans la politique saharienne, Larose Éditions.
Lhote H. 1972 – Recherches sur Takedda, ville décrite par le voyageur arabe Ibn Battuta et située en Aïr, Bulletin de l’IFAN, XXXIV (3), p. 429‑470.
Nicolaisen J. 1982 – Structures politiques et sociales des Touaregs de l’Aïr et de l’Ahaggar, traduction de Suzanne Bernus, Études Nigériennes no 7, IRSH, 86 p.
Nicolas F. 1950 – Contribution à l’étude des Touareg de l’Aïr, Mémoire de l’Institut Français d’Afrique Noire, 10, p. 459‑503.
Séré de Rivières E. 1965 – Histoire du Niger, Berger-Levrault, 310 p.
Urvoy Y. 1936 – Histoire des populations du Soudan central (Colonie du Niger), Paris, France, Larose, 350 p.


 
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