L'exploitation du sel

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Tegidda n’Tesemt n’est très vraisemblablement pas le premier site d’exploitation du sel en Ighazer. Gélélé à 12 km au nord-nord-est, où l’on retrouve également des ateliers de cuivre a précédé les salines de Tegidda n’Tesemt (Bernus et Cressier 1992). Mais l’exploitation y été aussi très différente, puisqu’il n’y avait pas de propriété du site, comme pour l’eau du puits, celui qui l’extrait l’utilise (Bernus et al. 1976), alors qu’à Tegidda n’Tesemt l’exploitation des salines se fait par des propriétaires qui ont délimité leur zone de travail comme on délimite un jardin. Cette différenciation est aussi sans dote liée à l’usage fait de ces sels, puisque celui de Gélelé pouvait très certainement servir le processus de purification du cuivre, alors que celui de Tegidda n’Tesemt est d’usage essentiellement de sel à lécher pour les animaux mais convient bien aussi pour un usage de table.

A Tegidda n'Tesemt, les sources, puisqu’il y a en fait plusieurs sources, sont issues de failles dans un affleurement gréseux d’où source une eau saumâtre à 5g de sel par litre, impropre à la consommation humaine (Bernus 1981). Bernus et Lambert avant lui ont décrit le processus de fabrication des pains de sel, typiques par leurs formes et leur couleur rougeâtre (Lambert 1935 ; Bernus et Bernus 1972 ; Bernus et al. 1976).

Dés le début de la colonisation française, le sel sera objet de taxes, mais cela était déjà le cas avant, le Sultan d’Agadez prélevant une part de l’impôt en nature, même si les turbulents Kel Fadey s’employèrent à prélever ce dut du Sultan depuis leur arrivée en Ighazer. Ils ne cessèrent effectivement de razzier et houspiller les sauniers obligés de se terrer dans leur maison dont l’entrée été comme une chatière, limitant ainsi très fortement la rentabilité de l’exploitation (Jean 1909). La taxe était en 1912 de 70 cts de francs pour 100 kilogrammes de sel, en 1925 il aurait été produit plus de 600 tonnes selon le bulletin mensuel de l’agence économique de l’AOF.

L’exploitation couvre une surface totale de 9 ha, mais les salines se concentrent sur la moitié de cette surface. Une famille peut travailler un ensemble de près 80 tarsiyo (bassin d’évaporation) avec 3 à 5 abatols (bassin de préparation), ce qui fait que les salines doivent contenir plusieurs milliers de tarsiyo encore difficile à dénombrer par les images satellites disponibles librement.

La qualité du sel de Tegidda est moindre que celle de Taoudéni, mais supérieur à celle de Bilma, bien qu’il y en ai de différente qualité dans la Kawar (Cortier 1909).

1909

1915

1925

1960

Thérol

5000 barres de 20-25 kg
soit 100 à 125 tonnes  
   

Cortier

600 tonnes de barres de 30 à 35 kg      

Rapport ?

  139 tonnes    

Bulletin AOF

    600 tonnes  

Faure

      700 unités
pour 400 tonnes

2021 ibrahima 1Le process d’extraction

Les habitants de Tegidda n'Tesemt répètent les même gestes, vieux de plusieurs siècles, pour extraire le sel des sources salées.

La construction des abatols

Après chaque saison des pluies (Juillet-septembre), il faut reconstruire les abatols endommagées par la pluie. Cela se fait à partir de terre glaiseuse, une fois séchées et durcies elles pourront recevoir l'eau salée.

Le lavage de la terre

L'eau des sources est salée, mais elle sera encore chargée du sel de la terre avoisinante (les argiles rouges de l'Ighazer). L'opération se fait dans une grande abatol que l'on rempli d'eau et de terre, ensuite une personne piétinera simplement la gadoue pour faciliter le transfert du sel à l'eau. On laisse reposer cette mixture 2 à 3 jours puis on prélève l'eau délicatement pour la déverser dans les petites abatols.

2021 ibrahima 2Le travail solaire et la mise en boîte

Le soleil commence alors son œuvre d'évaporation, et rapidement une croûte de sel se forme en surface. On asperge régulièrement d'eau salée cette croûte pour la casser et laisser s'évaporer l'eau. Lorsque l'abatol ne contient plus que du sel encore humide, on commence à le façonner en différente forme spécifique à un type de transport.

Le transport

Les chameaux sont les rois du transport saharien, mais aujourd'hui chaque occasion est bonne, fraudeur d'Algérie ou simple passant, pour livrer la production à la famille d’In Gall qui la commercialise. Une part est néanmoins commercialisée sur place notamment par les chameliers Kel Gress qui organise chaque année des caravanes (Renaud 1922), mais aussi les Iberogan venus en cure salée échanger le sel contre mil et autres étoffes. Une partie est également exportée vers l‘Ahaggar qui amène en échange dattes et produits des palmeraies.

La qualité du sel de Tegidda est moindre que celle de Taoudéni, mais supérieur à celle de Bilma, bien qu’il y en ai de différente qualité dans la Kawar (Cortier 1909).


Références

Bernus S. 1981 – Relations entre nomades et sédentaires des confins sahariens méridionaux : essai d’interprétation dynamique, Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, (32), p. 23‑35.
Bernus E., Bernus S. 1972 – Du sel et des dattes : introduction à l’étude de la communauté d’In Gall et de Tegidda-n-tesemt, Etudes Nigériennes no 31, IRSH, 130 p.
Bernus S., Cressier P. 1992 – Programme archéologique d’urgence 1977-1981 : 4- Azelik-Takedda et l’implantation médiévale, Etudes Nigériennes no 51, IRSH, 390 p.
Bernus S., Gouletquer P., Kleinmann D. 1976 – Die Salinen von Tegidda-n-tesemt, EAZ Ethnogr.-Archäol, p. 209‑236.
Cortier A. 1909 – Teguidda N Tisemt, Bulletin de la société de géographie, 20, p. 159‑164.
Jean C. 1909 – Les Touareg du Sud-Est : l’Aïr ; leur rôle dans la politique saharienne, Larose Editions, 361 p.
Lambert R. 1935 – Les salines de Teguidda n’Tessoum, Bulletin du comité d’études historiques et scientifiques de l’AOF, 18 (1), p. 366‑371.
Renaud L. 1922 – Etude sur l’évolution des Kel Gress vers la sédentarisation.