Culturalité - Les fêtes religieuses

Le Bianou par Ibrahim Manzo Diallo

bianouLe Bianou coïncide avec la fête musulmane d’Ashoura ( la commération de l’accostage de l’Arche de Noé). Les administrés du Sultan, dansaient dans la cité à l’occasion de cette fête. Comme la ville s’agrandissait à l’’Est et à l’Ouest, deux factions rivales se sont formées et affrontées en raison d’enlévements de femmes dit-on. Depuis, il est coutume que des descendants de ces deux clans ne se rencontrent pas pendant les parades. Si une rencontre survenait, les deux groupes luttent par des joutes oratoires et des joutes des tambours. A l’occasion de la fête de Bianou, le sultan et sa cour revêtent les turbans d’indigo et paradent sur des chevaux bien harnachés. 

Reportage au coeur d’un irréel événement qui fait d’Agadez trois semaines durant une ville de danses et de choeurs; le théâtre d’un carnaval qu’on ne trouve nulle part ailleurs au Niger. 

Depuis quelques jours , Agadez, la cité légendaire de l’Aïr est en fête ! Une fête pas comme les autres. Une fête qui exprime la foi inaltérable d’un peuple, fruit et artisan, d’une cosmogonie séculaire qui résiste à l’usure des ans.  Le Bianou symbolise, selon certaines sources, l’accueil que les habitants de Médine ont réservé au Prophète Mohamed (Saw), le 18 juin 622, lors de son hégire. Il marque aussi le début du nouvel an musulman et du calendrier musulman. Il donne droit chaque année à trois semaines de réjouissances dans une folle ambiance de danse et de chants.

Bianou, une passion une fête - Souleymane MAHAMAN - 1992 - 18mn

Le Bianou est l’âme de la ville d’Agadez! C’est l’expression de la richesse culturelle des Agadassawa, ces formidables populations issues des brassages anciens entre touareg, haoussa et Songhaï qui demeurent malgré le modernisme - pour combien de temps encore- fortement conservateurs.
Hommes, femmes, et enfants, jeunes et moins jeunes dansent  dans leurs plus beaux accoutrements  à travers les artères de la ville. Dans la poussière de ce carnaval, les troupes de danseurs de deux blocs –celui de l’Est et celui de l’Ouest- rivalisent de cadences, de rythmes, d’éloges, de danses et surtout d’ habillements. 
Ici, contrairement à ce que dit l’adage ! C’est l’habit qui fait le moine. «  Un bon conservateur de la tradition doit mettre l’argent nécessaire pour s’offrir une vraie tenue », affirme Elhadji Magalam Moussa dit Hanas, lauréat trois fois de suite du concours de la meilleure tenue de cette année. Il en est fier : «  Je dépense beaucoup d’argent pour bien m’habiller pendant les derniers jours qui symbolisent la fin du Bianou ». Le prix d’un tel sacrifice : «  Pas moins de huit cent mille francs  CFA la tenue ! Je ne regrette rien car c’est l’unique façon de respecter ma tradition et de rendre hommage à mes ancêtres ».

L’organisation de l’événement qui a toujours été présidée par l’honorable Sultan d’Agadez a connu un franc succès cette année. «  C’est comme une renaissance pour nous, car avec l’insécurité ayant sévi au nord, les éditions précédentes étaient très timides. Vive la paix pour que vive le Bianou », affirme Amati, tout heureux d’être témoin d’un tel moment.

Seule fausse note ! «  Des jeunes filles ne se gênent plus de fêter le Bianou avec des pagnes ordinaires et des jeunes garçons avec des jeans et tee-shirts. On trouve même une forme bizarre que nous n’avons jamais connue dans les temps, ce sont ces jeunes qui viennent avec des masques épouvantables. Je suis contre ça car c’est contraire au Bianou d’antan »,  fait remarquer Elh. Hanas.

Un cri de cœur qui doit interpeller désormais le comité d’organisation pour éviter que le Bianou ne subisse ces métamorphoses grotesques qui finiront par le perdre.

Ibrahim Manzo Diallo - Aïr info

Bianou - In Gall - décembre 2015