Société - Les communautés

Les Kel Fadey

Les Kel Fadey appartiennent à la confédération des Kel AÏr, et se trouvent donc sous l'autorité du sultanat d'Agadez. Ils nomadisent au sud-ouest des falaises de Tiguidit et remontent jusque vers Teguidda n'Tessoumt, Fagoshia dans l'Ighazer. A l'ouest de leur territoire d'attache, c'est la confédération des Ouelleminden Kel Dinnik. Ces 2 confédérations se sont de tout temps disputées la vassalité de ces tribus, et l'histoire des Kel Fadey relate les actes brillants de ses tribus et héros légendaires, tantôt contre les Ouelleminden, tantôt contre les Kel Ferwan à l'Est.

Les Kel Fadey seraient originaires de Ghât en Algérie. A la fin du 17ème siècle, le pouvoir des Imenan de Ghât fut supplanté, ainsi les descendants commencèrent une migration vers le Sud en traversant l'Aïr, dont la région de Fadey au Nord du Massif, le Talaq puis vers Tegidda n'Adrar. Ils occuperaient l'Ighazer depuis le milieu du 18ème siècle. D'autres traditions orales rapportent qu'ils seraient issus des Taitoq de l'Ahaggar qui s'installèrent à Teguida, puis remontèrent vers Fadey. La vérité est sans doute entre ces deux traditions orales car, nous devons considérer que les groupements Touareg se sont formés à partir de multiples tribus n'ayant pas toutes les mêmes origines, certaines pouvant venir de Tassili, d'autres du Hoggar, et certaines étant installées avant la venue de ces derniers. Les Kel Fadey ont 2 tribus Imajeghen qui pourraient être à l'origine de ces 2 traditions, ce qui est renforcée par le fait qu'il n'y ai pas de tribus Ineslemen. Ainsi ces deux traditions orales pourraient très bien se rejoindre en Ighazer, ce qui démontre la complexité de la formation des groupements Touareg en général.

Aujourd'hui onze tribus composent ce groupement dirrigeait par un Aménokal. Sa résidence est situé à Tchimouménène, 7 km à l'ouest de Ingall. Il possède aussi un Ettebel (tambour de guerre) signifiant que ce groupement a une certaine autonomie vis à vis du pouvoir Agadézien.

L'Ettebel des Kel Fadey

ettebel

L'Ettebel est détenu par l'Aménokal, suzerain des tribus qui le reconnaissent comme leur protecteur. Il ne doit jamais être posé à terre. Les Aménokal sont tous issus de la tribu des Ighalgawan : Agdhal, Idder, Baoa, Ahallama, Wan-Agoda, Elwidas, Balla, Isiad, Sidi, Mohamed. L'actuel Aménokal est Ghalioune Mohamed.

Les tribus se répartissent en :
- deux tribus Imajeghen, l'aristocratie guerrière, ce sont ces tribus suzeraines qui dirigent le groupement : Ighalgawan et Idawaran.
- neuf tribus Imghad, vassales : Ifareyan, Ikherkheran, Ibutkutan, Iburgalan, Isagarasan, Igameyan, Kel Tamesna, Itagan, Izelitan.

Certaines sont originaires de l'Aïr comme les Ifareyan, mais d'autres comme les Tamesna viennent de la confédération voisine des Ouelleminden. Les Itagan et Izelitan sont des noms génériques données à des tribus assimilées au cours de l'histoire. Ce groupement n'a pas de tribu Ineslemen, religieuse, mais entretien des liens étroits avec les groupes religieux des Igdalen et des Isheriffen d'In Gall installés dans la région bien avant eux. 

Tessigelet, Wan Agoda et Al Khabous

La première figure héroïque des Kel Fadey est Tessigelet, fille du premier Aménokal Agdhal. Elle se distingua en s'élevant contre la domination des Kel Owey, désireux de s'accaparer la tribu des Ifarayen, en défiant leur suzerain Bolghu, se présentant seule devant lui, le traitant d'esclave, et lui ordonnant de rester sur son terrioire. Le suzerain Bolghu accepta devant tant d'audace. Tessigelet fit alors apporter un plat en bois, fit égorger une vache et avec la peau recouvrit le plat pour donner le premier tambour de guerre aux Kel Fadey. Elle le donna à son fils Wan Aghoda, Aménokal, autre héro Kel Fadey.

Au cours du 19ème siècle, Wan Aghoda et son fils Al Khabous se distinguèrent par des faits d'armes. Les traditons orales rappellent ces faits, plus rocambolesques les uns que les autres, tour à tour contre les Kel Aïr dont ils font partis et les Kel Ouelleminden à l'Ouest de l'Ighazer, rappelant la position charnière de ce groupement entre deux grandes confédérations touarègues, entre deux milieux physiques, les sables de la Tadarast et les argiles de l'Ighazer.

La période coloniale

Au début du 20ème siècle, la pénétration française n'est pas vraiment la bienvenue pour les Kel Fadey, dont le mode de vie en est grandement perturbé. Depuis Tahoua c'est le Capitaine Delestre qui prend le premier contact avec ce groupement, toujours considéré comme non soumis en 1903. En septembre 1904, les français faisaient monter un contre-rezzou par l'Anastafidet des Kel Owey, contre les Kel Fadey dont le chef était Onagoda. Il ramènera l'impôt de soumission pris de force. Le 15 novembre de cette même année fut intronisé Ismaghil, Aménokal des Kel Dinnik soumis aux français. Son opposant, Rezzi, allait se réfugier avec ses compagnons auprès des Kel Fadey qui prenaient cause pour lui. Rezzi se soumettra finalement en décembre 1906. Début 1905, le Lieutenant Jean effectué des opérations de polices contre les Kel Fadey, leur infligeant de lourdes pertes. Le 8 décembre 1906 c'est un fort rezou mené par le neveu d'Onagoda, Albakka, qui pillait la tribu maraboutique des Dagamena à In Kankaran. Le contre-rezzou organisé par le Capitaine Laforgue permettait de reprendre le butin au nord de Tegidda n'Tessoumt.

En 1907, le Commandant de Bataillon Bétrix relevait de leur fonction les chefs Kel Ferouan et Kel Fadey. Ces derniers ne participaient pas à la Sansani d'après l'hivernage, marquant ainsi leur volonté de remettre en cause leur soumission. Ceci ayant pour effet de renforcer les opérations de polices contres les tribus non soumises. En 1908, le Lieutenant Théral faisait une opération dans les monts Izazan, où il mettait au pas les derniers irréductibles Kel Fadey.

Dès lors les Kel Fadey faisaient bonne figure devant les colons, mais leur passé tumultueux les rattrapait. Ainsi en 1915, le Sultan Tagama faisait assassiner son chef de guerre, le Tourawa Mélé, et n'hésitait pas à faire accuser des Kel Fadey de ce crime. A la suite de la défaite de Kaossen en 1917, les Kel Fadey appuyaient les missions françaises, notamment celle du Lieutenant Bourgès en décembre près de la mare de Tigbeloufass, ou Issiad commandait 100 de ces guerriers. Déjà plus tôt dans l'année, 110 Kel Fadey, toujours sous les ordres d'Issiad, participaient aux cotés des français à un contre-rezzou sur Kaocen dans le Damergou, ce dernier cherchant à réapprovisionner ses troupes. Les Kel Fadey comme d'autres trouvaient ainsi dans ces contre-rezzous le moyen de faire perdurer leur us, mais aussi l'occasion de régler quelques comptes avec des tribus rivales et marquer ainsi un peu plus leur prédominance sur leur territoire. Le dernier véritable rezzou au Niger aura lieu en 1927, seuls des bandits de grands chemins oeuvreront par la suite.

Aires de nomadisation

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livreLa région d’Ingall-Tegiddan Tesemt : programme archéologique d’urgence - 1977-1981, Les populations actuelles.