Société - Les communautés

Les Igdalen

Les Igdalen seraient présents dans l'Ighazer depuis la fin du VIIIè siècle ou le début du IXè siècle, et sont considérés comme les Touareg les plus anciennement installés dans l'Ighazer. Ils appartiennent aux Kel Aïr sous l'autorité directe du Sultanat d'Agadez. Ce sont des populations d'origine Berbère, dont les us et coutumes sont très proches de celles des Kel Tamasheq, mais ils gardent un parlé spécifique entre eux, à base Songhay, la Tagdalt, proche de la Tasawaq des sédentaires de In Gall.

Première description des explorateurs

Voici la première description de Henrich Barth sur les Igdalen d'Agadès. Il est intéresant de noter le caractère typique de ces populations :

Les Ighdalen ou Eghedel forment une race fort curieuse ; ils sont de sang mêlé berbère et Sonrhaï, et leur type est particulièrement remarquable. Dès les premiers jours de mon arrivée à Agadès, lorsque je visitai l'erarar n'stakan, ou marché aux chameaux, les Ighdalen me frappèrent par l'originalité de leur physionomie. C'étaient des hommes hauts de taille et large de carrure, aux traits grossiers fortement accentués ; ils portaient les cheveux longs, leur couvrant le dos et le visage, au grand effroi des Touareg. Quelque temps après, je reçus, la visite d'un jeune homme fort intéressant, de cette tribu. Il avait la figure ronde et pleine, les traits agréables et fort réguliers ; les yeux noirs, beaux et pleins de vivacité, le teint olivâtre, à peine plus foncé que celui d'un Italien. Sa chevelure était noire, mais ne pendait pas librement, comme chez ses compatriotes ; longue d'environ quatre pouces, elle était, au contraire, hérissée et découpée en rond autour des oreilles, comme en forme de brosse. Ce jeune homme, doué d'un caractère entreprenant, était allé plusieurs fois à Sokoto. D'après ce que j'ai pu constater, les Ighdalen sont un dernier et faible débris de l'ancienne et célèbre tribu de Ghedala, quoique le nom paraisse être assez différent, au premier aspect. Le caractère tout particulier des Senhadja, auxquels appartenaient les Ghedala, força les meilleurs écrivains arabes de les séparer de la souche commune des Masigh pour les rattacher directement à la tribu des Himyariti. Les Ighdalen habitent principalement Ingal, Teghidda et les environs. Ingal est une petite ville située à quatre journées d'Agadès, sur la route de Sokoto. Teghidda est à trois journées d'Ingal et à cinq journées O.-S.-O. d'Agadès.

Description faite par Foureau à son passage à Agadez au milieu de l'année 1998

Foureau-Igdalen

Une tradition orale perdue

Ils seraient venus de l'Ouest, descendants d'une tribu Zenaga, des bords du fleuve Sénégal en Mauritanie, issue de la rencontre entre des berbères et des songhay. Mais la tradition orale ne vérifie pas cette hypothèse. Selon les auteurs et donc leurs informateurs, les Igdalen pourraient venir de Fez au Maroc, ou bien de Oudden dans le Fezzan, a priori à l'opposé. Cependant ces différentes origines reflétent peut être simplement les différentes populations qui composent ces tribus. Les recherches sur ce point sont tellement parcimonieuses qu'il est difficile pour l'heure de se prononcer.

Les Igdalen, au teint clair, sont des gens pacifiques et religieux, ils se disent Isheriffen et souvent ne portent pas d'armes. Cette réputation d'hommes tranquilles et de marabouts de renom, précédent toutes les vagues de migration touarègue dans l'Ighazer, leur a permis de traverser ces 10 derniers siècles sans heurts majeurs. Sans doute aussi que la préservation de leur lignée, par peu de mariage en dehors de leurs tribus, leur a aussi permis de garder leur authenticité et leur neutralité. Ils sont au nombre de 3 308 en 1975 et 3 940 en 2005 dans la plaine de l'Ighazer, soit un taux d'acroissement très faible de 6/1000, qui renforce l'idée que ces tribus sont refermées sur elles, tout du moins dans la préservation de leur lignée.

Dans l'Ighazer les Igdalen sont divisés en deux tribus, les Kel Tofey qui occupent les villages de Akenzigui, In-Gitane, Tegidda n'Adrar, Assaouas, Tigerwit et Tirgit près de In Gall, et les Kel Amdit qui occupent les villages plus au Sud de Marandet à Aderbissinat. Ils ne forment pas un groupement autonome et dépendent directement du poste administratif de In Gall, aujourd'hui érigé en préfecture.

Les Igdalen étaient aussi présents dans les cités de Azelik et Agadez, le quartier Amdit à Agadez portant le nom d'une de leur tribu. Ces sièges du pouvoir devaient être essentiels pour qu'ils puissent préserver leur autonomie et neutralité, et donc leur terroir, qui paraît être le même depuis leur arrivée dans la région.

Les Iberogan qui ont eux aussi un parlé spécifique à base Songhay (la Tabaroq) sont des tribus dépendantes (imghad) des Igdalen, ils se situent actuellement plutôt dans la région de Abalak, et se différencient par une couleur de peau noire. Néanmoins ce statut d'imghad n'est pas clairement établi, d'autant plus qu'il y a une certaine distance entre ces communautés. La pacificité des Igdalen ne doit pas non plus renforcer des liens de subsidiarité avec d'autres populations.

Une origine judaïque ?

La tridition orale des Igdalen les fait venir de Fez (Maroc) ou de Oudden (Fezzan). 

Des questions sont aussi posées de leurs relations avec le judaïsme, du fait que les tribus vassales des Igdalen, les Iberogan ont des longues tresses à leur cheveux. 

Les juifs sont présents au Maroc au moins depuis 500 av.JC, notamment dans la vallée du Draa. Au IIè siècle vers 117 ap.JC, les juifs et les zénètes sont chassés de Cyrénaïque et se réfugient dans le Sahara occidental, entre Maroc et Algérie actuelle. Au Vè siècle les juifs fondent des royaumes notamment dans la Vallée du Draa et s'installent aussi dans le Touat, avec les zénètes qui sont des nomades caravaniers judaisés. Ces communautés sont très complémentaires, et même si le judaïsme des zénètes est plutôt une façade, ces berbères caravaniers participent sans doute à créer avec les juifs commerçants les premiers véritables échanges transahariens.

Sous les poussées islamiques des VIIè et VIIIè siècles, les zénètes abandonnèrent le judaïsme pour un islam "libéral", le kharidjisme, ne se mettant ainsi pas sous la domination complète des arabes. Ils seraient donc parmi les premiers berbères à migrer vers le Soudan, pas seulement pour le commerce mais peut être aussi pour fuir la domination arabe qui s'installe en Afrique du nord, et se seraient installés vers la boucle du Niger avant que certains ne poursuivent plus à l'est vers la piémont de l'Aïr. Cette migration a pu se faire avec d'autres groupes à l'origine similaire et qui aujourd'hui parlent une langue voisines à base Songhay/Tamasheq, le Songhay étant déjà vraisemblablement le véhiculaire des populations de la boucle du Niger. 

On est également frappé par l'absence du port d'arme qui est une constante du judaïsme. Alors coupés de toutes base religieuse ils purent changer de religion pour l'islam qui s'installe à grand pas en Afrique du nord.

La relation avec Sidjilmassa et en particulier les palmeraies de Tabelbala est alors mise en évidence. Tabelbala dans l'ouest algérien ou l'on retrouve un parlé similaire, dont l'origine est sans doute encore plus énigmatique ...

Les Iberkoreyan

Ces berbères maraboutiqes rassemblent les Kel Eghal et les Attawari, tous deux occupant l'Azawagh et le nord Ader. Néanmoins certains auteurs rapprochent de cette entité les Isheriffen et les Igdalen, qui tous ont une fonction de tribus ineslemen autonome. Ils ont pu avoir un usage des armes à la suite des djihad Peulh du XVIIIè siècle, résultat d'une nécessité pour les Imajeghen Ouelleminden d'avoir des alliés face aux Kel Tamezguida. Ils sont originaire du Fezzan.

 

Ainsi on reboucle bien les traditions orales et la complexité de la formation d'un groupement nomade, qui sont sans doute toutes deux justes mais qu'il faudrait savoir lire plus précisément en recoupant nombre de témoignages. Ces traditions dépendent beaucoup des informateurs et de leurs origines d'appartenance à telle ou telle fractions.

 

 

livreIgdalen - encyclopédie berbère