Société - Préhistoire

Les monuments funéraires

Les monuments et nécropoles funéraires regroupent toutes les structures funéraires en pierre sèche ou en terre ayant servi de sépultures et contenant ou non un mobilier ou tout autre objet lié aux rites d’inhumation.

Les monuments funéraires en Ighazer

Tumulus en croissantL'inhumation des hommes est attestée depuis 4 500 av.JC en Ighazer, mais nombre de sépultures d'âge plus anciens n'ont pu être datées avec certitude, et il est vraisemblable que ces pratiques remontent au moins à 7 500 av.JC. Les premières sont des plus simples, en pleine terre, avec une orientation du corps de préférence vers l'est, les femmes posées sur le coté gauche, les hommes sur le coté droit. Les peuplements de ces sépultures étaient des soudanais, chasseurs, éleveurs et cultivant sur les bords du fleuve Ighazer. 

Un site à l'extrême sud-est de la plaine de l'Ighazer, près des falaises de Tiguidit, Afunfun, se distingue par une orientation nord des corps, avec la présence de poteries cassées et peut être d'offrandes alimentaires pour le long voyage. Ces sépultures pourraient appartenir à un autre groupement humain de soudanais qui se différencie de ceux de l'Azawagh.

Le climat devenant moins favorable vers 4 000 av.JC, va pousser ces hommes sur les bords de l'Ighazer puis vers le sud de la plaine aux abords des falaises de Tiguidit vers 2 000 av.JC. Ces populations étaient culturellement homologues de celles de l'Azawad par le fait que l'orientation est-ouest des corps étaient largement prédominante, ainsi que la position latérale et fléchie des corps, qui est le signe d'un rite d'inhumation, car cette position se maintient uniquement par des liens serrant les jambes au corps.

Apparaissent alors des "tas de pierre" plus ou moins conique,  dont certains ont un diamètre de 15 mètres. Ces Tumulus sont sans doute les premières structures lithiques monumentales. De 4 000 à 2 000 av.JC. un autre type de tumulus "en croissant" a des dimensions encore plus grande, jusqu'à 50 mètres. L'orientation des corps est principalement est, mais il y a moins de régularité dans ce positionnement, par contre le corps est toujours orienté dans le sens de l'ouverture du croissant. Ces structures funéraires se rencontrent plutôt dans le nord ouest du Niger de l'Ighazer à l'Azawagh jusqu'au nord de l'Aïr, elles sont d'origines sahariennes et rendent compte d'une limite méridionale de cette influence à cette époque là, qui toutefois ne pénétrera que peu l'Ighazer. Ce sont vraisemblablmeent les premières expansions des protoberbères, civilisation nord saharienne déjà adaptée à un cimat plus rude.

Les rites funéraires de Chin Tafidet et d'Afunfun

Si l'on trouve des sépultures un peu partout en Ighazer, deux sites sont particulièrement remarquables par l'abondance des sépultures, ce sont à l'extrême nord-ouest Chin Tafidet et à l'extrême sud-est Afunfun, qui auraient étaient contemporains. On peut supposer que ces deux zones d'habitat sédentaires étaient occupées par des populations négroïdes différentes, car les rites funéraires y sont différents, bien que ces populations pouvaient vraisemblablement échangées entre elles, puisque les rites funéraires de l'un se retrouvant chez l'autre, mais de manière exceptionnelle.

A Chin Tafidet (2 000 av.JC), les sépultures en pleine terre sont préférentiellement orientées est-ouest, avec les hommes sur le coté droit et les femmes sur le coté gauche. A Afunfun les corps sont orientés nord-sud, et on trouve des céramiques cassée autour du défunt, marquant bien un rituel. D'ailleurs l'une de ces céramiques est très particulière, ovale à ouverture concave, dont un exemplaire issu du site voisin d'Orub a été daté vers 1 500 av.JC. Dans les deux habitats, les corps sont en position fléchie, voir très fléchie à Chin Tafidet et un peu moins à Afunfun, mais nécessitant tout de même des liens pour que le corps reste dans une telle position. Une autre particularité d'Afunfun est d'avoir trouvés dans 2 sépultures un jeune ovicapriné, inhumé en même temps que le défunt, marquant là encore un certain particularisme dans les rites funéraires de ce groupe humain.

De nouveau arrivants

bazina alignementVers 2 000 av.JC et jusqu'à la période islamique, apparaissent des monuments à alignement typiques d'une nouvelle population. Ils se caractérisent par un alignement nord-sud de petites tours disposées à l'est d'un tumulus ou d'une bazina, ces derniers sont entourés d'un cercle où est construit à l'ouest un petit ciste, sorte de caisse en pierre. L'orientation des corps est nord-sud, on y recense des hommes, des femmes et des enfants, souvent accompagnés de parures en cuivre ou fer, des restes de javelots ainsi que des céramiques. Ce sont ces populations qui sont les auteurs d'une partie des gravures rupestres de l'Ighazer.

Les auteurs de ces monuments ne sont pas connus avec certitude, mais sont très vraisemblablement des leucodermes sahariens, puisqu'on retrouve des structures identiques, notamment en Algérie, mais presque rerement aussi sophistiquées qu'en Ighazer. De tels momuments furent érigés pour des personnes d'une certaine classe sociale, les sépultures monumentales et plus particulièrement les formes les plus élaborées étant souvent considérées comme des tombeaux de chef, leurs sujets se contentant de formes plus simples. Une vingtaine de structures sont recensées dans la plaine, et leur construction s'étalerait de 1 500 av.JC à 1 000 ap.JC., ce qui témoigne là encore de l'importance des défunts ainsi honorés, peut être des souverains. Ceci attestant déjà d'une véritable organisation sociale au sein de ces populations. Nous ne savons toutefois pas encore comprendre le symbolisme funéraire de cette superstructure lithique très originale.

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Un marqueur de territorialité

Ces superstructures à alignement se retouvent depuis la bordure orientale des falaises de Tiguidit, remontent en Ighazer le long du piémont de l'Aïr et se retouvent jusqu'au confins de l'Ighazer wan Agadez et de la Vallée de Sekiret. On y observe même une baisse de la qualité de construction d'est en ouest. Ces populations ne travaillaient pas le fer et devaient se fournir en métal précieux du coté orientale des falaises de Tiguidit auprès de populations sachant extraire et travailler le minerai. A l'opposé de leur territoire on y retrouve les gisements de cuivre plus anciens, que l'on retrouve dans les parures. Ce métal pouvait aussi faire l'objet d'un troc avec les populations de l'Aïr oriental ou l'on y retrouve des traces d'objet de cuivre sans site de production à proximité.

Une classe sociale importante, guerrière, pour qui on construit des monuments funéraires spécifiques, pouvaient très bien dominer des populations travaillant les métaux à son profit et pour échanger avec d'uatres leucodermes à l'intéreur du Sahara ou des montagnes de l'Aïr. Chronologiquement la présence de fer, sous forme de bijou ou de pointe de lance, amène ces constructions vers 500 av.JC et au delà, puisque le fer est attesté à partir de cette époque seulement. Ces populations, leucodermes ou protoberbères ne se sont a priori jamais installées sur la rive gauche du fleuve Ighazer, sur lequel on observe un autre type de sépulture et sans doute une autre territorialité.