Société - Préhistoire

La naissance du Sahara

Si le Sahara nous apparaît aujourd'hui comme une terre qui de tout temps a été désolée et inhospitalière, il n'en a pas été toujours ainsi dans la grande histoire de la dérive des continents. Avant que cette dernière ne soit arrivée à son stade actuel, le Sahara a connu de grandes évolutions sur des temps géologiques se comptant en millions d'années, et son aridité ne serait issue que de ces derniers millénaires, modelant ainsi le milieu et les peuplements humains, affirmant son caractère majestueux.

la dérive des continents

Le Sahara est le résultat des hautes pressions atmosphériques (anticyclone) au niveau du tropique du Cancer, qui entraînent la descente d'un d'air qui s'est élevé et asséché au niveau de l'équateur. A la redescente cet air s'assèche encore et se réchauffe façonnant ainsi le milieu sec et chaud du Sahara. Ces hautes pressions sont notamment influencées par les 2 calottes glaciaires qui influent sur le positionnement des anticyclones et donc du Sahara, actuellement sur la partie Nord du continent africain.

Une longue migration

Vers 600-700 millions d'années (Ma), le Sahara est dans l'hémisphère sud sous une calotte glaciaire. Vers 430 Ma, il amorce sa remontée vers l'équateur, il sera envahie par la mer au Silurien. Au dévonien (400 Ma), il émerge au dessus des eaux, le climat est humide et de grands fleuves se dessinent. Au Carbonifère (320 Ma), le Sahara se trouve en zone tropicale sèche qui formera les grès rouges, mais toujours en milieu australe. Vers 300-250 Ma une catastrophe (changement climatique, météorite ?), provoque la disparition de 95% des espèces marines et 70 % des espèces terrestre de la Pangée. Ce phénomène a été mis en évidence dans la région d'Arlit, au nord de l'Ighazer, par des fossiles de crocodiliens, Nigerpeton et Saharastega, d'herbivore et autres reptiles, qui font de la zone un refuge pour nombre d'espèces et malgrè l'extinction de certaines, a permis l'évolution d'autres mieux adaptées. Ce sont a priori des espèces qui sont endémiques de cette région et qui diffèrent du reste du continent méridional et septentrional de la Pangée. Au Trias (240 Ma), la dérive des continents se poursuit en direction de l'équateur, avec des environnements plus humides, c'est l'époque des dinosaures, crocodiles et autres tortues et la formation de la série des grès d'Agadez qui sépare l'Aïr de l'Ighazer. Au Jurassique (170 Ma), c'est la formation des argiles de l'Ighazer et des bois silicifiés. La plaine de l'Ighazer est alors une forêt de gigantesques arbres parcourue par les dinosauriens. C'est aussi l'émergence des mammifères vers 150 Ma. Au Crétacé (100 Ma), le continent africain se sépare d'avec l'Amérique du sud, de nouveau immergé puis continental au début du tertiaire (66 Ma), c'est aussi l'extinction des dinosaures, et l'apparation des primates. Le Sahara est désormais proche de sa destination finale.

nigerpetonNigerpeton ricqlesi

250 Ma

Amphibien carnivore

 

Saharastega moradiensis

250 Ma

Amphibien carnivore piscivore

saharastega

 

Vers 35-40 Ma, l'évolution des Cathariniens, un groupe de primates, commence et vers 25-30 Ma, le climat devenant plus aride ils se subdivisent alors en cercopithèques et hominoïdes qui rassemblent les chaînons qui méneront aux hommes et aux primates actuels. A 15 Ma, sous l'influence d'une brusque détérioration du climat, une partie des pré-singes abandonnent la forêt pour la savane, et qui seront à l'origine de la bipédie vers 7-10 Ma, avec le groupe des hominoïdes, rassemblant les australopithèques et les hominidés. Vers 6-3 Ma, le climat est de nouveau humide avec de vastes étendues lacustres. Et notamment dans le bassin du lac Tchad ou l'on trouvera Abel au début du XXIè siècle, un australopithèque de 3,5 Ma qui interroge sur l'origine de l'homme, alors centrée autour du rift oriental de l'Afrique. Les australopithèques sont présents dans tout le continent, du Maroc à l'Afrique du Sud. En 2005 toujours au Tchad, c'est la découverte du plus ancien hominidé connu de nos jours, Toumaï âgé de 7,3 millions d'année, ce qui fait de cette région du Sahara le berceau de l'humanité, en attendant de nouvelles découvertes. Cet hominidé évoluait alors dans une savane arborée composée d'îlots forestiers et de prairies de hautes herbes, entremêlés de marécages et lacs. La faune piscicole était pourvues de poissons, crocodiles, tortues et autres python, tandis que les buffles, girafes et autres antilopes parcouraient les hautes herbes. Il est très vraisemblable que la plaine de l'Ighazer s'accomode bien de cette description car très voisine du bassin du lac Tchad et à la même latitude, même si l'ensemble lacustre n'a pas été aussi développé du coté ouest de l'Aïr.

Une aridification tardive

Ogolien RognonJusque là, le Sahara a été plus humide que sec, mais au début du quaternaire vers 2-3 Ma le pôle nord se refroidit et repousse les déserts sur le nord de l'Afrique. Cette période du quaternaire, le pléistocène, peut être confondue avec le paléolithique, époque de l'éclosion de l'homme moderne du genre "homo", dont "sapiens sapiens" il y a 200 000 ans, nomade chasseur cueilleur. Le climat du Sahara est encore frais vers 75 000 BP, début de la dernière glaciation du Würm, et plus ou moins humide vers 60 000 BP, jusque vers 20 000 BP, avec une période de réchauffement bien marquée vers 38 000 BP au Tchad. Le pléistocène est encore assez humide mais mal connu, avec des grands mamifères et autres mollusques autour de grands lacs, qui s'assèchent en 2 millénaires il y a 18 000 ans BP. Le Sahara s'étendra rapidement vers le sud du Niger, les fleuves Sénégal et Niger se perdant dans les dunes, il régresse au nord du continent africain, c'est le désert Ogolien ou Kanémien au Niger-Tchad. Cette période de 21 000 BP à 12 000 BP n'est néanmoins pas uniforme dans toute la région, ce qui permis à quelques groupes humains de subsister dans les montagnes centrales du Sahara.

Vers - 12 000 ans BP, c'est l'holocène qui débute et peut correspondre au néolithique, l'homme commence à se sédentariser en maîtrisant l'élevage et l'agriculture. On y observe d'abord un rapide recul du désert, sous l'influence du réchauffement des eaux du golfe de Guinée, le climat devient plus humide jusque vers - 8 500 av.JC, avec une faune aquatique et lacustre, mais aussi de grands mamifères, jusque vers le pied du Hoggar. Entre la Tamesna et la plaine de l'Ighazer s'étend un grand lac, recevant tour à tour les déversement du Timersoï et de l'Ighazer. C'est à partir de cette époque que l'homme occupe le plus sûrement la plaine de l'Ighazer, notamment le long de la vallée de l'Eghazer wan Agadez et du Timersoï, ainsi que celle de l'Azawagh. Cette période favorable, entrecoupée de quelques épisodes plus arides, va perdurer jusque vers - 4 000 ans, ou le Sahara va connaitre l'évolution vers son climat actuel. Elle découvre ausi le néolithique, qui va voir l'homme se préparer à utiliser des outillages de plus en plus modernes et diversifiés, ériger des monuments funéraires marquant une évolution sociétale importante.

Le bassin des Ouelleminden

L'Ighazer se situe au coeur d'un bassin sédimentaire qui s'étend du Sénégal au Tchad. Le socle cristallin du Précambrien (550 Ma) sur lequel reposent ces sédiments, est représenté par les massifs des Ifoghas, du Hoggar, de l'Aïr et du Tibesti. Les géologues le nomme bassin des Ouelleminden, du nom de la confédération Touareg occupant la partie centrale de ce bassin, l'Azawad au Mali et l'Azawagh au Niger. La phase de sédimentation débuta au Mésozoïque (250 Ma), et s'est faite en alternance d'origine marine ou continentale.

Le Paléozoïque, déformé au Carbonifère et à la fin du Permien (300 Ma), constitue la partie basale de la série sédimentaire remplissant le bassin des Ouelleminden. Le Trias, le Jurassique et le Crétacé sont représentés par des formations essentiellement continentales, à dominante argilo-gréseuse, dont l'ensemble peut atteindre 700 à 800 m d'épaisseur. Le Crétacé supérieur est caractérisé par la présence de séries marines argilo-calcaires du Cénomano-Turonien (300 m au maximum), que surmontent des argiles, grès, marnes et calcaires, d'origines continentale ou marine, du Sénonien (170 à 300 m). La Couverture tertiaire, qui affleure bien dans le bassin des Ouelleminden, comporte successivement des calcaires et argiles du Paléocène (20 à 50 m) vers 70 Ma, époque d'extinction des dinosaures. Enfin des argiles, grès et niveaux ferrugineux de l'Eocène inférieur à moyen (10 à 35 m) et enfin les séries argilo-gréseuses du Continental terminal.

Ces sédiments ne sont pas homogènes sur tout le bassin, la tectonique infléchissant la linéarité d'une tel profil. Ainsi peuvent affleurer çà et là l'une ou l'autre des couches sédimentaires et en particulier les argiles de l'Ighazer. Cette épaisse séquence d'âge du Permien au Crétacé inférieur de grès et de schistes est connue comme la série du Continental intercalaire, qui affleure dans les zones de l'Ighazer. Ces formations accueillent les horizons riches d'uranium et de cuivre ainsi que des horizons salins riches et exploitables pour le sel, qui affleurent notamment à Azelik et Tegidda n' Adrar.

ighazer greigert 1979