Société - Préhistoire

Le Néolithique

Le Néolithique débute vers 10 000 ans BP, et se traduit notamment par le début de la sédentarisation des populations, qui s'accompagne en général de la domestication des plantes et des animaux, ainsi que de la fabrication de poteries destinées à des usages domestiques. L'Aîr est un foyer originel de la céramique, on y retrouve les plus vieilles poteries de l'Afrique vers 10 000 ans BP à Tagalagal près des Monts Bagzan et dans l'Adrar Bous au Nord du massif bleu. Cette phase de l'évolution des cultures a considérablement modifié l'attitude de l'Homme vis-à-vis de son environnement, grâce à l'acquisition de nouvelles techniques. Elle se teminera vers 2 000 av.JC avec les débuts de la métallurgie et de l'écriture.

Les peuplements

A la suite de l'aride du Kanémien, un premier épisode pluviale arrose les plaines désertiques de 13 000 à 12 500 BP, sans que l'on ne retrouve de traces humaines pour cette période. Le retour de la pluie viendra vers 10 200 BP, puis plus sûrement de 9 500 à 8 500 BP, phase humide majeure de l'Holocène. Durant cette phase émerge en Aïr, les premières céramiques d'Afrique, ce qui en fait un foyer de création originelle. Il est l'oeuvre de populations sans doute réfugiées dans les montagnes pendant les périodes arides et qui ont développé un moyen de conserver les céréales sauvages qu'ils récoltaient et pouvaient ainsi consommer pendant les périodes de soudures. On retrouve d'ailleurs sur le site de Tagalagal nombre de meule de broyage, outils attestant d'une alimentation en céréales.

En Ighazer les premiers éléments permettant de parler du néolithique datent de 8 000 av.JC. L'Aïr et le Hoggar charient alors des pluies par les fleuves Ighazer et Timersoï qui se déversent dans l'Azawagh, ce dernier coulant régulièrement voir continuellement selon les périodes. Une faune lacustre se développe dans de grands lacs comme au nord de l'Ighazer dans le Talak, les grands mamifères étendent leur territoire, tout comme l'homme encore chasseur et cueilleur, mais qui va commencer à se sédentariser autour des ressources en eau.

Chronologie schématique de l'holocène pour l'Aïr et l'Azawagh (les hachures représenetnt l'occupation humaine attestée (Paris 1992)

De 8 000 à 2 000 av.JC, cette période favorable sera entrecoupée de 3 épisodes d'aridifcation, dont la seule réponse des populations sera de s'exiler vers le sud plus favorable, et après chaque périodes sèches, ils reprendront place quasiement sur les même sites d'habitat. Vers 6 000 av.JC se développe une végétation de type sahélienne qui favorisera encore plus l'expansion de l'homme dans le Sahara méridional, ave l'épanouissmeent d'une riche culture néolithique, à l'est de l'Aïr, le Ténéréen, qui perdurera jusque vers 2 500 av.JC ou l'aridité et sans doute les pressions démographiques les firent migrer vers le sud. Une nouvelle culture septenttrionale pris place au nord de l'Aïr, à Iwelen vers 2 300 av.JC, d'origine lybico berbère par ses céramiques, ses cultures funéraires et autres parures. Ce sont peut être les paléo-touareg utilisant les chars attelés nombreux dans les peintures rupestres des massifs centraux du Sahara.

A partir de 3 500 av.JC les épisodes humides sont différents, de moins en moins intenses et longs, surtout à cause d'un changement du type des pluies, passant d'un régime hivernal et de mousson à un régime unique de mousson. L'aridité que l'on connaît aujourd'hui commence son installation, et avec elle les modes de vie vont évoluer vers le nomadisme. Les gens du village d'Iwelen vont ainsi abandonner leur instalaltion vers 500 av.JC pour des déplacements de plus en plus fréquents à la recherche de pâturage et d'eau pour leurs troupeaux.

A partir de 2 500 av.JC, le processus d'aridification du Sahel et du Sahara est en place, et le climat évolue lentement vers l'actuel jusque vers le début de l'ère chrétienne. Ce climat de mousson avec une saison sèche de plus en plus marquée va repousser les populations autochtones négroïdes, d'abord aux abords des grands fleuves fossiles, Ighazer et Azawagh, puis vers le sud laissant ainsi la place à de nouvelles populations nomades, des proto-berbères mieux adaptés à ce nouvel environnement, venus du nord du sahara vers 1 800 - 1 500 av.JC. Ainsi la plaine de l'Ighazer est de nouveau une zone de confluence entre des populations berbères venues du nord du Sahara, se confrontrant à des populations soudanaises venues du sud-est lorsque le climat était favorable. Elles furent supplantées par des populations sahariennes lorsque le climat devint plus propice à un nomadisme, mais aussi gràce à leur technologie, la métallurgie et la maîtrise du cheval puis du chameau. Le remplacement des populations soudanaises par d'autres sahariennes, blanches ou métissées, peut se traduire à différents niveaux, la metallurgie, les céramiques, l'art rupestre et les momuments funéraires, que nous évoquerons dans les paragraphes suivants. Il n'en demeure pas moins que ces populations ne se sont pas succèdées brutalement, et que des relations existées entre elles, matérialisées par des échanges, exemple de cette roche le jaspe vert de l'Aïr que l'on retouvre à Chin Tafidet sous forme d'outillage, 150 km à l'ouest de son site d'extraction en Aïr. De plus cette période recouvre assurément le début de spécialisation de groupe sociaux, autour de la métallurgie, mais aussi d'un point de vue sociologique. En effet les populations sahariennes ont développé des momnuments funéraires typiques de l'Ighazer en lien vraisemblablement avec leur autorité sur un territoire, et le développement d'échanges "commerciaux"L'histoire de ces migrations en Ighazer n'en est qu'à ces débuts, puisque la plaine et le massif de l'Aïr allaient, jusqu'au XIXè siècle, être la confluence de migrations humaines venant de l'ouest et du nord-est.

Faune et flore

Au cours de cette période, l'homme commence la domestication des ruminants, d'abord l'Auroch, Bos primigenius sauvage depuis 25 000 BP, qui servira de "garde-manger ambulant" pour les chasseurs nomades, puis pogressivement par sélection orientée par l'homme, sera remplacé par le Bos africanus aux longues cornes à partir de 6 000 av.JC. Le boeuf domestique étant attesté en Ighazer et Azawagh entre 5 000 et 4 000 av.JC.

Les ovicaprinés sont attestés au Sahara vers 5 000 av.JC, venus de la vallée du Nil. Ils supplanteront les bovins à mesure que les conditions climatiques se détérioreront, l'aridité grandissante limitant les ressources fourragères et hydriques. Son introduction est vraisemblablement postérieure à celles des bovins.

Les peintures rupestres sont alors emplies de boeuf et de girafes tirées par l'homme. Etaient-elles domestiquées ? On ne peut pas y répondre avec certirtude mais leurs représentations, nombreuses et parfois très fines, dénote une importance certaine pour les hommes ; sorte de sentinelle de l'environnement ? En ce temps la domestication du boeuf et des ovicaprinés fait émerger de nouveaux besoins pour les abreuver et les nourrir, une sédentarisation stricte est alors de moins en moins propice compte tenu du climat de type mousson qui s'installe. Ainsi l'homme a pu suivre les migrations annuelles des girafes le plus souvent nord sud, pour alimenter et abreuver son troupeau. La grande faune africaine s'éclipsera des rives méridionales du Sahara vers 2 500 av.JC. 

La flore est constituée d'arbustes méditerranéens, myrte, acacias, arbre de judée, chêne vert, pin et micocoulier. L'homme mange des céréales sauvages qu'il récolte, voir ensemence des plaines lacustres. Il maîtrise également les céramiques encore rudimentaires et peu décorées. Il inhume des bovins dans des monuments funéraires à structures lithiques, avant même les hommes.

Les sites d'habitat

Les sites d'habitat du néolithique marquent le sédentarisation des populations. Ils régresseront en usage au fur et à mesure de l'installation du climat actuel jusque vers 1 000 av.JC, pour laisser la place aux pasteurs nomades dont l'habitat périssable ne laisse pas de traces, d'autant qu'ils n'utilisent pas de céramiques trop lourdes à transporter. Ce sont les concentrations de tessons de poteries qui matérialisent un habitat néolithique, elles nous renseignent tant sur la vie quotidienne que sur les origines des populations qui les utilisées.

Full screen pb Geolocalisation bp Full screen pb

cuivre néolithique saharien (2500-500 av.JC) fer néolithique sahélien (1200-800 av.JC)

Sans surprise les sites d'habitat se répartissent autour de la plaine de l'Ighazer, trop humide et marécageuse pour y installer des campements permanents. A partir de 4 000 av.JC le climat de type mousson va peut être favoriser une installation des populations au coeur de la plaine mais seulement en saison sèche, le paysage plat et argileux n'y offrant aucun abris, aucun échapatoire contre les crues du fleuves.

La densité des habitats se répartie autour de quelques zones. Au nord-ouest les villages de Chin Tafidet et In Tuduf, qui font face à la vallée de Sekiret sur la rive droite de l'Ighazer. Autour des falaises de Tiguidit, cette densité se singularise sur les zones d'Aboraq à l'ouest et d'Afunfun à l'est. Les autres sites d'habitat sont plus dispersés sur le pourtour de la plaine. Au coeur de la plaine ce sont les massifs gréseaux qui émergent et reçoivent des traces d'habitat anciens, Azuza, Anyokan, Teleginit, etc.

Les sites d'habitat saharien se distinguent des sites d'habitat sahélien par une céramique différente. Ces derniers sont tous situés au sud-est des falaises de Tiguidit et révèlent d'une influence soudanaise, qui marque également une frontière culturelle, géographiquement marquée par les falaises, mais aussi par des modes de vie différents. Les hommes de Chin Tafidet et ceux de Afunfun sont tous des mélanodermes, plus trapus pour ceux du sud-est et plus longiligne pour ceux du nord-ouest. Les sites du nord-ouest paraissent aussi les plus anciens, et sont en relation avec les autres sites que l'on trouve le long de la vallée de l'Azawagh vers 3 000 av.JC. Ces populatons semblent en lien avec la boucle du Niger pour ce qui concerne les rites funéraires, et en relation avec les montagnes de l'Aïr pour ce qui concerne les céramiques, originelles depuis 7 500 av.JC.

Un village néolithique Chin Tafidet

poterietafidetChinTafidet est l'un des sites importants installés aux bords de l'Ighazer, occupé continuellement vers 2 500 av.JC. pendant près de 600 ans. Les habitants de Chin Tafidet étaient des éleveurs, mais aussi des chasseurs et des pêcheurs, dont l'industrie principale était la production de céramique. Ces céramiques étaient entièrement décorées et le plus souvent cylindroïdes. Les bijoux ne sont pas absents, bracelets et autres pendentifs le plus souvent en ivoire d'éléphants ou d'hyppopotame.

Le régime alimentaire de ces soudanais était au 3/4 assuré par la viande domestiquée, bovins et ovicaprins, complété par la faune sauvage. La chasse et la pêche, plus sûrement pratiquée par des groupes voisins comme à In Tuduf, y a néanmoins laissée des traces, comme des outils de chasse façonnés dans les japses verts de l'Aîr à près de 150 km. Les céréales comme le petit mil sauvage étaient aussi consommées. L'Ighazer voisin était peuplé de tortues, crocodiles et de nombreux hyppopotames, tous consommés par les habitants du village néolithique. La faune sauvage n'était pas absente du régime alimentaire, girafes, félidés, phacochère, antilopes et de nombreux poissons agrémentés les repas. Les lacs et marais avoisinants constituent un bon garde-manger, mais devant les sécheresses qui s'intensifient, l'Aïr et le Hoggar ne renouvellant plus ces eaux, et vers 1 800 av.JC. les populations abandonneront le site, ne trouvant plus les ressources nécessaires à leur troupeau, ni même sans doute les céréales sauvages ou cultivées.

On trouve sur ce site 4 cimetières, dont deux pour les hommes et deux autres plus peitits pour les animaux. La population procédée à des rituels d'inhumation de leurs animaux domestiques, essentiellement bovins, mais on trouve également des sépultures d'ovins, de caprins et même de chiens. L'homme a donc tissé des liens très étroits avec ses bovins, qui sont sans doute l'animal le plus important en nombre, et le premier fournisseur de protéïnes après les poissons. Le Bos est aussi inhumé après un sacrifice rituels, démontré par la présence d'égorgement sur des restes de cervicales, et enfouit en entier sans même consommer la viande. tout comme l'homme, l'animal est inhumé avec une orientation est-ouest. Compte tenu de l'âge du site de Chin Tafidet, il est très certain que la domestication du Bos est ancienne, permettant ainsi de tisser ce lien étroit avec les hommes depuis quelques millénaires. Une intimité semblable devaient également s'être développée avec les chiens eu égard à la qualité des squelettes retrouvés dans les fouilles du site.

Les hommes sont inhumés dans des zones bien précises matérialisant des cimetières, autour d'un site d'habitat léger vraisemblablement sous forme de tente en matériaux périssables. Les corps sont préférentiellement orientés est-ouest, posés sur le coté avec les membres inférieurs fléchis, nécessitant des liens pour maintenir cette position, ce qui dénote un minimum de préparation du corps avant un tel rituel. Aucune relation n'a été mise à jour entre les inhumations animales et humaines.