Société - Préhistoire

La Métallurgie

L'industrie métallique va matérialiser l'entrée de la plaine de l'Ighazer dans l'Histoire. Néanmoins ce passage s'étalera sur près de 2 millénaires, car les débuts de la métallurgie n'éteindront pas l'usage des outils lithiques aussi facilement. On peut même dire que ces nouvelles technologies ne changeront pas l'évolution des populations vers un mode de vie de plus en plus nomade. Cette période marque également le remplacement définitif des soudanais par les protoberbères, même si les premiers "réfugiés climatiques" des montagens de l'Aïr se maintiendront encore quelques siècles.

Tout comme la céramique qui ne fut pas importée d'une autre région et qui est un des foyers originels de l'humanité, une étape primitive de cette industrie allait naître dans la région d'Agadez. A des époques différentes, les populations soudanaises de la plaine de l'Ighazer, ainsi que celles du massif des Termit plus à l'est, allaient mettre en oeuvre des techniques originales pour confectionner des objets métalliques. Néanmoins ces métallurgies ne furent jamais à l'origine de grandes exploitaitons de minerais, elles restèrent plutôt confinées aux besoins locaux et à des échanges entre régions voisines avant l'ère chrétienne.

Full screen pb Geolocalisation bp Full screen pb

cuivre âge ancien du cuivre cuivre âge récent du cuivre fer âge ancien du fer du fer fer âge récent du fer metal métallurgie indéterminée

Les sites métallurgiques sont très clairement présents sur les pourtours de l'Ighazer, tout au long des falaises de Tiguidit et sur la bordure ouest de la plaine. Même s'il ne sont pas totalement absents de l'espace central de la plaine, cette partie ne fut que très peu propice à des extractions de minerais laissant des traces dans l'environnement. Au contraire des zones moins marécageuses, comme la vallée sabloneuse de Sekiret, le promontoir d'Azelik ou les falaises marquant la limite méridionale de la plaine. Autre point remarquable, les distributions des sites à métallurgie de fer et de cuivre sont très circonscrites, tout au long des falaises de Tiguidit pour le fer et dans le nord ouest de la plaine pour le cuivre.

Les paléoberbères occupèrent peu à peu les anciens sites de l'âge ancien du cuivre, car les sites renferment le plus souvent les deux types de fourneaux, de la vallée de Sekiret à Afunfun, avec de nouveaux sites comme Tuluk, ce qui marquerait un départ de l'exploitation du minerai dans la plaine centrale. Les sites autour de l'extrémité ouest des falaises sont plus dispersés, et l'on a peut être ici un repli des populatins soudanaises qui tentèrent d'apprendre la nouvelle technqiue du cuivre, car on y retrouve des sites à scories, mais sans fourneaux véritablement identifiables. Ceci conïncide avec l'absence totale de site de l'âge récent du cuivre entre les deux extrémités des falaises. La vallée de l'Ighazer aurait alors jouée un rôle de frontière, ce que l'on observe déjà sur les sites néolithiques, les falaises de Tiguidit en jouant une autre pour l'industrie du fer.

Le cuivre

cuivredolomiteEn Ighazer, le cuivre se trouve nativement dans des calcaires dolomitiques. Il suffit alors de l'extraire de sa gangue, puis de le fondre pour agglomérer ces nodules et les travailler en objets. L'extraction se fait par concassage roche contre roche, et l'on trouve sur ces anciens sites des cupules sur des dalles de grès à Sekiret, Azelik, Guélélé, Tuluk et sur d'autres sites en Ighazer, car il n'y avait pas une mine unique, mais un ensemble de secteur où l'on rammasse le cuivre dolomitique, là ou le niveau minéralisé affleure.

Les premières traces de la fonte ont été retrouvées en Ighazer dans la région de Sekiret et jusqu'au sud des falaises de Tiguidit, par la présence de fours allongés originaux, matérialisant une pré-métallurgie (âge ancien du cuivre), vers 2 000 av.JC. Cette étape de l'apprentissage de l'industrie du métal vert est originelle et ne se rencontre pas ailleurs dans le Sahara. Le cuivre est alors travaillé par martellage, on coule des petits lingots dans le sable, pour confectionner des pointes de flèches, épingles et autres tiges, qui dans tous les cas restent des petits objets qui s'insèrent dans le quotidien des populations. Les poteries que l'on retrouve à proximité de ces fours, attestent que les populations sont d'origine soudanaise. Cette exploitation se fait de manière occasionnelle et les artisans ne demeurent pas sur les sites, ce sont des éleveurs sédentaires dont l'activité principale est la survie de leur troupeau, ou alors ce sont des artisans itinérants, qui sont sans doute identifiés comme ayant cette spécialité, parmi certains groupes, clans ou tribus.

Entre 2 000 et 1 500 av.JC, de nouvelles populations pénètrent lpeu à peu l'Ighazer par le nord, ce sont des sahariens, dont les modes de vie sont mieux adaptés à l'aridification grandissante de la plaine. Ils amèneront avec eux, vers 1 000 av.JC, une nouvelle technologie du cuivre (âge récent du cuivre), avec le bas fourneau circulaire, avec des poteries et des bijoux typiquement sahariens ou paléoberbères. Ces bas fourneaux ne se trouvent qu'au nord des falaises de Tiguidit, ce qui nous donne ici une limite méridionale de l'influence saharienne, qui se matérialisera aussi avec l'industrie du fer, qui ne pénètrera pas au nord des même falaises.

Traversant l'Aïr, les paléoberbères ont également amené de nouveaux minerais comme la cassitérite et le zinc que l'on trouve en Aïr. Ceci permettra aux fondeurs de forger des alliages plus durs comme le bronze et le laiton, qui sont attestés vers 500 av.JC. Cela marque également des échanges de plus en plus grands entre population de régions voisines, comme en atteste de nombreux objets du cuivre retrouvés au nord de l'Aïr, sans qu'il n'y ai de gisement à proximité. 

Le fer

Bien que l'on trouve du fer dans tout l'Ighazer, aucunes industries de ce métal n'y est recensée. Elle est cantonnée au sud des falaises de Tiguidit. Son origine probable est le massif des Termit au sud-est de la plaine argileuse, ou la fonte du fer est attestée vers 1 300 av.JC. Cette industrie est le fait de populations sédentaires dont les traces les plus anciennes près d'Agadez, remontent à 600 av.JC. Ces populations ont donc cohabitées avec les paléoberbères du cuivre, et il n'est pas rare de trouver sur les sites d'artisan du cuivre, des objets en fer et vice-versa. Par contre il n'y a pas d'échange sur les céramiques, ce qui fait penser que les échanges étaient avant tout tournés vers les industries métalliques. Les objets forgés sont des harpons, pointe de flèche, épingles et anneaux.

De - 500 av.JC au début de l'ère chrétienne se développe une métallurgie avec des fours dont la cheminée est directement posée sur le sol, ce qui est original par rapport aux fours de l'exploitation du fer à partir du début de l'ère chrétienne, qui sont tous semi-enterrés. Une autre originalité frappe sur ces sites, la présence de restes d'habitat aux abords de ces fours. Ces deux éléments, technique et sociologique, mettent en évidence l'originalité de cette population. cette population est alors cantonnée à l'est des falaises de Tiguidit.

La métallurgie avec des fours semi-enterrés va se développer tout au long des falaises de Tiguidit, sans pénétrer la plaine, et en continuité des premiers fondeurs du fer. Les habitats sont éloignés des lieux de production, ce qui peut marquer une différenciation culturelle au seind e la population, l'activité étant "rejetée" de la zone d'habitat, que ce soit pour des raisons de salubrité ou autres, ceci peut petre à l'origine des Inadan, forgerons des Touareg. Cette fonte était faite grâce à un travail coopératif, ne serait-ce que pour le concassage du minerai, la taille du bois, ainsi que le transport de la cheminée qui était réutilisée et non cassée. Les traditions des forgerons de l'Aïr et du Gobir actuel, positionnent la naissance de cette insdustrie aux abords des montagnes Azuza, et Teleginit dans la plaine de l'Ighazer, bien qu'on y ai encore retrouvé acunes traces de ces métallurgies originelles.

 

Vers 400 ap.JC, la réunion de ces deux métallurgies va donner naissance au royaume de Maranda, seul site sédentaire près des falaises de Tiguidit, ou le métal sera encore exploité et sans doute tranformé, en provenance des gisements alentours. Le commerce transaharien va aussi y trouver une halte salvatrice. Marandet se situe vraisemblablement à l'intersection de trois mondes : les paléoberbères qui occupent le nord-est de la plaine, les soudanais qui occupent le sud-ouest de la plaine, et d'autres soudanais qui occupent le sud des falaises de Tiguidit, très en relation avec les soudanais de l'Aïr.