Société - Préhistoire

L'art rupestre

Au Niger, l’art rupestre peut se subdiviser en quatre groupes ou styles, néanmoins il ne faut pas voir ces périodes se suivre les unes à la suite des autres, mais les imaginer fluctuantes dans le temps et l'espace et pouvant même cohabiter. L'impossibilité de datation de ces gravures et peintures ne peut qu'inciter à beaucoup de prudence pour une chronologie des différents styles sahariens.

 - la période bubaline est caractérisée par des gravures au trait large et profond, monumentale par leur taille. Les animaux y occupent une place majeure, elle est dite naturaliste, on y retouve le bubale (grand bufle) aujourd'hui disparu. Elle débuta vers 7 000 av.JC. et pu se prolonger jusqu'à la fin du néolithique. 
- la période bovidienne, dominé par le boeuf domestique à longue corne, Bos africanus, débuta  avec ou après la domestication du boeuf vers 6 000 ans av.JC. On y retrouve beaucoup de grands mamifères dont la girafe sans doute en partie domestiquée.
- la période équine qui est marquée par l’apparition du char. La plupart des auteurs la voit débuter vers 2 000 av.JC. Le métal fait son apparition, on le trouve dans l’armement (pointes de lances).
- la période caméline est caractérisée par l’apparition du chameau dans les gravures, ce dernier étant apparu au dernier siècle avant l'ère chrétienne.

Ces deux dernières périodes sont plus surement contemporaines l'une de l'autre en Ighazer, cheval et chameau étant arrivés à la même époque au Sahara méridional, au début de l'ère chrétienne, avec des populations paléo-berbères venues du Sahara septentrional, en particulier les Garamantes, ancêtres des Touaregs. Ce sont aussi les gravures de ces deux périodes qui sont acompagnées de caractères libyco-berbères, prémices de l'écriture Tifinagh.

isokenvali

En Ighazer les sites rupestres sont circonscrits aux massifs gréseux qui émergent de la plaine, Azuza, Teleginit, Tegidda n'Adrar,  et dans quelques vallées comme Dabos, sur les grès d'Agadez. Il semble se dégager un art bovidien, association boeuf girafe, avec peu de personnage.

Le long des falaises de Tiguidit, sur les grès de Tegama plus friables, on recense des inscriptions de caractère libyco-berbère accompagnées d'une grande faune gravée dans un style schématique, c'est à dire avec peu de lignes courbes et peu de traits. Ceci semble se "propager" jusque vers la pointe est des falaises.

On ne recense pas de char attelé en Ighazer, les plus proches se situent au nord de l'Aïr. Cela n'est pas très étonnant compte tenu que la plaine ne devait pas être très pratiquable pour ces engins, que leur vocation soit guerrière ou porteuse de mobilité. Enfin s'il est acquis que le cheval et le dromadaire sont venus du Sahara septentrional, il est étonnant de voir que leurs représentations se situent sur le site le plus méridional, car c'est sans doute les gravures les plus récentes.

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cuivre art rupestre fer inscriptions tifinagh

Principaux sites étudiés

Le site d'Eknaouène à l'extrémité est de la falaise de Tiguidit est l'un des sites le plus méridional de tout l'art rupestre du Sahara, avec près de 350 gravures. Les falaises semblent marquer, une fois de plus, une limite géoculturelle. La majorité des gravures représentent des groupes humains entourés de chevaux et de dromadaires, ainsi que des inscriptions libyques. Ce sont à l'évidence les ancêtres des touaregs ou paléoberbères, qui sont les artistes de ce site, éleveurs de chameaux et de chevaux, déjà habillés de grands sérouals. Ces inscriptions datent vraisemblablement du début de l'ère chrètienne. Néanmoins la période bovidienne n'est pas absente mais semble bien recouverte par les derniers utilisateurs du site.

Le site de Dabos au pièmont de l'Aïr, est semblable au précédent, mais ici c'est la période bovidienne qui domine largement avec l'Auroch Bos primigenius, mais aussi les girafes tenues en laisse comme les bovins. Est-ce le signe d'une domestication ? Quoi qu'il en soit, l'importance de la girafe dans la vie quotidienne de ces pasteurs ne fait pas de doute.

Le site de Isokenwali, rassemble environ 200 gravures sur des éboulis de grès le long du kori. Avec Eknaouène, les Bos africanus sont représentés. Cette station est la synthèse des deux autres et marque ainsi des périodes successives au sud-ouest de l'Aîr :
- une période bovidienne ou l'association boeuf girafe domine, et très peu de personnages à Dabos,
- une période intermédiaire avec le Bos africanus à la place du Bos primigenius, à Isokenwali
- et une péridoe cameline avec le cheval et le dromadaire et beaucoup de personnage, à Eknaouène.

Ainsi, les gravures le long du piémont de l'Aïr jusqu'aux falaises de Tiguidit montrent que l'on passe assez rapidement de la période bovidienne à la période cameline en Ighazer. Même si le cheval fut présent, il a sans doute eu qu'une présence symbolique pour les aristocrates qui se pavanaient, mais vraisemblablement que peu d'importance d'un point de vue matériel, d'autant que les chars avec qui il est le plus souvent associé ne sont pas représentés.

Les guerriers

Sur les gravures sahariennes, on peut distinguer des guerriers à lance et d'autres à javelots, ces derniers étant les ancêtres des touaregs, montant leurs chevaux et dromadaires. La répartition des guerriers à lance dans les gravures sahariennes est limitée à la frange méridionale du Sahara. Ce sont des éleveurs de bovins, dont les représentations se confrontent pleinement aux us des pasteurs Peulhs. Entre les négroïdes au sud et les leucodermes au nord, cette partie du Sahara fut sans doute le territoire de pacage de ces populations, hommes élancés, où les femmes ne sont pas représentées. Les artistes concentrés les représentations sur leur richesse, à savoir leur troupeau et la faune sauvage, et leur orgueil, celle de guerriers arborant une lance à pointe sans doute métallique, du fait de la présence d'une nervure centrale. Ces populations seraient donc contemporaines des artisans du précieux métal, avant le début de l'ère chrétienne, mais aussi sûrement après jusqu'à ce que les paléoberbères installent leur pastoralisme. Les bovidiens sont alors repoussés dans la zone sahélienne. 

L'esquisse chronologique en Ighazer pourrait être la suivante en fonction des évolutions climatiques de la région :
- une période bovidienne de 5 000 à 2 000 av.JC,
- une période intermédiaire de 2 000 av.JC au début de l'ère chrétienne,
- une période cameline de 0 à 500 ap.JC.