Société - Histoire

Le Royaume de Tigidda

Sanhadja et Massufa

Sanhadja beduLes Sanhadja sont un ensemble de tribus berbères, hommes voilés du désert, dont les Touareg sont les descendants les plus directs. Ils occupèrent le Sahara occidental et, à l'apogée des Almoravides, occupent le Maroc et l'Espagne El Andalus. Ils auraient donné leur nom au fleuve Sénégal, par l'intermédiaire du portugais Sanaga (Zanaga). Les Zenata sont une branche des Sanhadja qui a migrée plus au sud ouest en mauritanie et autour du fleuve Sénégal. Ils pourraient être les ancètres des Igdalen et peut être des Iberkoreyan.

Les Massufa sont des tribus Sanhadjiennes qui détiennent les voix commerciales entre le Maroc et le Soudan, de Sidjilmassa (maroc) à Aougahost (Mali) dès le VIè siècle, mais leur zone d'influence va s'étendre à l'est jusque vers le piémont de l'Aïr en fondant Takedda vers le Xè siècle. Ils sont, sinon les fondateurs, les occupants qui ont permis le développement des villes sahéliennes telle Aoudaghost et Oualata (Mauritanie), Tombouctou et Tadamakka (Mali), Takedda (Niger). Les deux dernières ayant étaient détruites entre les XVè et XVIè siècle. Les Inussufan d'Agadez et d'In Gall seraient les descendants directs des Massufa.

Le royaume de Tigidda

A l'approche de la fin du premier millénaire, la route commerciale reliant la boucle du Niger à l'Egypte et passant par Maranda commence à décliner, vraisemblablement à cause de l'insécurité grandissante. Dès le IXè siècle l'Ighazer est occupé par les Massufa et les Sandals, vraisemblablement installés à Anissaman, réserve de céréales et centre spirituel, en compagnie des Igdalen et Iberkoreyan premiers installés dans cette zone, tous venus de l'ouest. L'ensemble de ses tribus participeront à la création du royaume de Tigidda avec plus ou moins d'influence. Si les Massufa vont émigrer vers Takedda,  pour contrôler l'industrie naissante du cuivre et détenir la chefferie du royaume, les Sandals vont rester sur le piémont de l'Aïr avec comme tribus suzeraines, les Itesseyan et les Imikitan. 

Du Xè au XVè siècle une période climatique plus favorable va rendre la région plus attirante pour les pasteurs nomades, augmentant peut être le débit des sources le long de l'lghazer wan Agadez, notamment autour du site d'Azelik-Takedda, rendant ainsi cette zone propice aux haltes caravanières, et supplanteront ainsi définitvement Maranda. Au fil des siècles, le royaume de Tigidda allait s'étendre sur toute la partie sud de l'Aïr et la Tadarast, régnant ainsi sur les voies commerciales vers l'Egypte. L'industie du cuivre se développe grâce aux savoirs des Azna (Hausa), sans doute issus de Maranda dont l'activité du fer et du cuivre a dépéris, ainsi que sur différents sites de la plaine de l'Ighazer, incitant encore les Massufa à mettre la main sur ce territoire. Au fil des siècles la capitale de l'Ighazer allait passer de Maranda à Takedda, aussi bien en ce qui concerne le commerce transaharien, vers le Maghreb, la tripolitaine et l'Egypte, que l'industrie du cuivre également exportée en pays Bornou et Hausa. 

Outre les Massufa et les Sandal, ce royaume est également composé de groupes résiduels hausaphones et songhayphones, déjà refoulés vers le sud par les poussées berbères. Au XIVè siècle Ibn Batuta nous apprend que le Sultan de ce royaume vivait en brousse, et non en ville, qui devait possèder son chef organisateur de la vie quotidienne. Ainsi le Cadi de Takedda était un maghrébin de Djanet. Au XVè siècle, l'épuisement des gisements de cuivre et les dissentions avec les Touareg de l'Aïr désireux d'avoir leur du sur le commerce transaharien, allaient logiquement affaiblir le royaume jusqu'à sa destruction au milieu du XVIè siècle, le Sultanat de l'Aïr mettant ainsi la main sur tout l'Ighazer. Un important cimetière de plusieurs centaines de tombes est encore visible aux abords de la cité détruite, rappelant ainsi la violence de la destruction, à la suite de 7 ou 12 guerres selon la tradition orale.

Néanmoins, on relève dans l'histoire des empires du Mali et du Songhay des vélléités de contrpôle de ce centre minier. Mari Djata, premier empereur du Mali, en 1251 subit un premier échec sur la prise de Takedda. L'un de ses généraux qui l'a trahi Mansa Sakoura vers 1298-1308 étend l'empire du Mali à l'est en mettant la main sur les productions de cuivre de Takedda. L'empire du Mali se développe avant tout sur la maîtrise de l'or en Afrique de l'ouest qui le fera ainsi rayonner, ainsi que sur le commerce d'esclaves. L'intérêt de s'accaparer le cuivre est sans doute plus lié aux besoins internes de l'empire et de celui du royaume du Bornou pour qui il équivaut à de l'or. 60 barres de cuivre échangées pour 100 dinars d'or. En 1324 Mansa Musa se vante d'avoir une grosse rente avec la tenue de la ville de Takedda dont le cuivre est exporté au Bornou. Mari Diata vers 1360-1373 va reconquérir Takedda, et Musa Keita II réprimera une rébeillon Touareg dans la cité minière.

Ces quelques faits historiques, même si certains sont surement enjolivés, indiquent que le contrôle de Takedda ne fut jamais total, sans doute du fait de son isolement. Le royaume Massufa devait néanmoins entretenir des relations de bon voisinage, notamment avec Tademakka dans les Ifoghas et la boucle du Niger, le Bornou, le pays Hausa. Les bonnes relations devaient se traduire par des échanges de "cadeaux" entre royaume marquant ainsi la fraternité qui devait se poursuivre pour le bien du commerce. C'est sans aucun doute cette activité principale qui a permis le développement de la capitale Takedda, par la sécurisation des routes du comemrce entretenue par les Massufa vers l'Egypte. La sédentarité des populations à cet endroit s'accentua plus tard avec l'exploitation des gisements de cuivre qui transforma la capitale en centre minier, avec une source de travail qui transitée déjà par la ville, les esclaves. Ce travail des esclaves, qui n'exclue pas la présence de quelques forgerons spcialisés, peut expliquer la technique simpliste d'extraction du cuivre qui étonna grandement les archéologues de la métallurgie, car cette technique est en régression flagrante avec les techniques de la fin du Néolithique.

Aucuns indices ne révèlent sa dépendance vis à vis d'un autre royaume, car sans doute trop isolé de tout autre royaume socialement structuré, comme le Bornou avec qui le comemrce du cuivre va néanmoins se développer.

La capitale Azelik - Takedda

Azelik fut une importante cité, située à environ 130 km au nord ouest d'Agadez. En surface se rencontrent nombre de tessons de poteries et autres meules dormantes, mais le plus important sur ce site, demeure certainement les restes d'habitat composés de “bâtiments ouvrant sur une seule cour” et trois mosquées, dont deux possédant un minaret en partie en pierre. De plus, des cimetières d'époque islamique ont également été retrouvés tout autour du site.(1)

Azelik, nom actuel du site de l’ancienne Tigidda, aussi appelée Takedda par les auteurs arabes et visitée en 1353 par le géographe arabe Ibn Batuta, était un centre d'exploitation et de commercialisation du cuivre. Elle fut l'objet d'une fouille archéologique, dans le cadre d'un programme d'urgence de la RCP 322 de l'ORSTOM, urgence au vu des futures exploitations minières de l'uranium. Ce programme a permis dans les années 80 de dessiner les contrours urbains de cette cité, mais aussi sa région d'influence, et d'en esquisser l'évolution des peuplements.

Azelik est le foyer urbain le plus important de la ville, siège de la tranformation du cuivre dont les mines sont situées à proximité. Les recherches archéologiques de surface y ont dénombré de nombreux ateliers de fonte du cuivre, le transformant en batonnets qui servait de monaie locale. A l'est se trouve Tadraght, village avec très peu de reste de construction donc vraisemblablement moins urbanisé, et servant peut être de caravanserail, habitait par les Imasdraghaghen. Plus au sud est Bangu Béri (le grand puits en Songhay) réserve d'eau de la ville, peut être habitée par des groupes songhayphones. Entre les deux le site de In Zazan. On peut associer aussi à cet ensemble Gélélé à l'ouest, ou l'on exploitait aussi le cuivre et le natron.

Cet ensemble urbain de sédentaires était tenu par des Inussufa, mais nombre de tribus cohabitaient en ces lieux : Imasdraghaghen, Imiskikyian, Illissawan, Tawantakat, Iteesan, Igdalen, Attawari, Kel Eghal, ces deux derniers appartenant aux Iberkoreyan. A coté des Sanhadja voilés vivaient des groupes Gobirawa, ces derniers pouvant être les ouvriers du cuivre, connaisseurs de ce savoir depuis Maranda.

Le cuivre

L'exploitation du cuivre en Ighazer participe pleinement à l'expansion du royaume jusqu'au sud de l'Aïr et la Tadarast. Les premiers indices archéologiques relevés sur le site nous indiquent que l'exploitation du minerai dura environ 300 ans du XIème  au XIVème siècle. Certains roi du Mali ou du Songhay se vantent de tenir de Tigidda un tribu des plus importants, mais il est probable que ce tribu ne fit qu'un cadeau de bons voisinages comme il fut d'usage au moyen-âge. Néanmoins cela devait bien traduire la richesse qu'apportait cette ressource minière au royaume. Cette richesse à peut être aussi participé à la sédentarisation des Massufa jusque là plutôt caravaniers.

Le cuivre était exploité par les groupes Haoussa venus de la cité minière Maranda, qui fut abandonnée suite à l'épuisement des gisements et la découverte de nouveaux plus productifs. On trouve d'ailleurs des traces de cette exploitation sur les sites de Tegidda n'Adrar et Fagoshia entre les deux capitales.

Après extraction le cuivre était fondu en baguette certaines fines et d'autres plus épaisses qui pouvaient servir de monaie. Au milieu du XIVè siècle, Ibn Battuta signale que le cuivre de Takedda est exporté au Gobir, au Zaghay et au Bornou.

Les autres établissements sédentaires

Les autres établissement sédentaires de l'Ighazer pouvaient être occupés par diverses fractions les Massufa et les Isandalan qui dominées la région, ainsi que les Igdalen, Iberkoreyan nomadisant en Ighazer. Le plus important de ces établissement à caractère urbain était Anissaman. C'était un centre intellectuel et religieux à environ 30 kilomètres au nord de Agadez. Fort peu d'étude ont étaient menées sur cette petite ville dont il ne reste que quelques ruines. Néanmoins nous savons que ce centre a perduré jusque vers le XVIIè siècle, mais n'a jamais été un véritable centre de pouvoir, plutôt une "université" à caractère religieux.

Agadez n'était alors qu'un ensemble de paillotes encore occupées par des Gobirawa, ce n'était pas encore le centre urbain que l'on connaît aujourd'hui, mais plutôt le grand campement qui accueilli le premier Sultant d'Agadez. Les Gobirawa semblent alors de plus en plus isolés sur le sud de l'Ighazer aux abords de la falaise de Tiguidit. Les derniers Gobirawa occupant encore l'Aîr finiront vraisemblablement par accepter la dominisation et la proetction des fractions berbères qui peu à peu s'installent dans la montagne bleu.

Fagoshia est tout proche de Takedda à une vingtaine de kilomètres au Sud, et produit aussi un peu de cuivre, mais sans véritable installation d'une transformation. 

Tebangat était aussi un petit centre religieux situé à une quinzaine de kilomètre au nord de Ingall.

Les sources de Tegidda n' Adrar et Tegidda n' Tagait devaient être connue et utilisées mais ces dernières n'avaient pas d'établissement fixes, ce n'est que plus tard que l'on relèvera des éléments de type "urbains".

(1) Bernus -Encyclopédie Berbère

livreAzelikS. Bernus et P. Cressier, Edisud (Volumes n° 8) , 1990 - Encyclopédie Berbère