Société - Histoire

Le Royaume de Maranda

Les causes climatiques mais aussi peut être l'insécurité résultant de la mise en place de nouvelles populations, vont pousser peu à peu les métallurgistes du cuivre et du fer fer à abandonner leur habitat dispersé et nomade, au profit de la première véritable cité de l'Ighazer, Maranda. Ce sera le point de convergencce des savoirs et savoirs-faire de l'Ighazer puisque outre les fondeurs du fer, on y retrouve également les fondeurs du cuivre. Ce mélange des genres amènera au début du premier millénaire, de nouvelles céramiques avec des décorations typiques, et surtout une augmentation de la production du cuivre, dont Maranda sera un centre d'affinage. Des milliers de petits creusets se retrouvent sur le site, le cuivre provenant pour l'essentiel de la plaine de l'Ighazer, même si l'on ne peut exclure une provenance extérieure.

Maranda/Marandet

Maranda se situe à la confluence de trois sous régions culturelles qui occupent la plaine de l'Ighazer et le sud des falaises de Tiguidit. Au Nord-est les berbères venus du Sahara, au sud-ouest les soudanais songhayphone en relation avec la boucle du Niger, et au sud-est  d'autres soudanais en relation avec le massif des Termit et l'Aïr. Ce sont les falaises de Tiguidit et la vallée de l'Ighazer qui marquent des frontières théoriques entre ces différentes cultures, car il y a bien évidemment des chevauchements entre toutes ces populations.

Maranda peut alors apparaître comme un refuge des populations Haoussa et Songhay, ou seulement d'une partie détenant un savoir-faire comme la forge, sous pression de l'avancée des berbères par le piémont ouest de l'Aïr. La future capitale de la région, Agadez, pue aussi être créée à cette époque par les Gobirawa et Azna occupant encore l'Aïr, la plaine de l'Ighazer apparaissant alors comme une zone de contact entre groupes Songhay du coté de l'Azawagh et groupes Hausa en Aïr, ces derniers occupants plus surement le site de Maranda ainsi que les sites le long de la vallée de l'Ighazer, de Tegidda n'Adrar à Teleginit. L'Ighazer wan Agadez marquerait alors une frontière entre les Gobirawa et Berbères à l'est et les groupes songhayphones à l'ouest. L'habitat y est alors fait de paillotes et de tentes, peut être comme celles que l'on retrouve en Aïr ou plus au sud en Ader. 

Maranda fut un centre de transit important pour les nomades, grâce à sa ressource en eau, mais aussi par sa production d'objets métalliques nécessaires au quotidien des populations, épingle, fer de lance, pointe de fléche, couteaux, mais aussi des bijoux et autres ornementations. Elle est située sur les premières routes caravanières qui traversent le Sahara, entre la boucle du Niger et le Fezzan. C'est également un trait d'union entre le Bornou et la boucle du Niger pour le commerce est-ouest, notamment pour le cuivre, sans doute plus développé que le commerce nord-sud. Néanmoins on doute fortement à ce qu'il y ai eu une cité véritablement organisée, ce seraient plutôt des groupes d'origines diverses qui cohabitaient en ce lieu sans véritable chefferie, mais déjà avec des groupes plus ou moins vassaux les uns des autres, un royaume d'influence territorial sans roi véritable. Ces derniers ont migrés depuis l'Aïr et la tradition orale rappelle leurs capitales successives, Bagzan, Agades, Tinliguilit, Marandet avant de nouvelles migrations vers le sud. Les Azna actuellement installés en Ader et les Tazarawa accompagnés les Gobirawa, l'ensemble de ces groupes seraient originaires du Yémen ou serraient des descendants des coptes d'Egypte. Contrairement aux Gobirawa qui se sont déplacés en bloc de l'Aïr vers le Gobir actuel, les Azna ont migréés par petits groupes vers l'Ader, à des moments différents et suivant des itinéraires variés. On peut donc supposer que les Azna sont les derniers Haoussa à avoir quitter les plaines de l'Ighazer occupant sans doute le massif gréseux de Teleginit en particulier, que relève une partie des traditions orales. Avec eux un savoir faire métallurgique aller perdurer en Ighazer. L'arrivée des Massufa dans la plaine installera une véritable hiérarchie entre tribus dans la plaine et ses alentours.

Vers les VIIè et VIIIè siècles, ce sont les Igdalen et les Iberkoreyan qui arrivent dans la plaine, peut être suite aux invasions arabes en Afrique du nord. Ce sont des populations berbères nomades, vraisemblablement d'origine juive qui ne possèdent pas d'armes, et sont adaptées au pastoralisme. Ce n'est peut-être pas un hasard si leur installation se fait le long du fleuve Ighazer entre les influences Songhay et Haoussa, Akenzigi, In-Jitane, Assaouas, Ttigidda n'Adrar, positionnement qui a priori n'a pas varié depuis. Ils seraient venus de l'ouest, et auraient adoptés comme langue véhiculaire le songhay.

L'effacement de Maranda

Au IVè et Vè siècle, les Sanhadja (berbères voilés) ont atteint la limite méridionale du Sahara occidental (Mauritanie), et commencent à contrôler les principales routes du commerce transaharien, notamment en édifiant des villes, points de passage obligés des convois, et lieu de sédentarité des commerçants nord africains. Les sanhadja n'habitent pas pour autant ces villes, mais nomadisent aux alentours, et se font payer les droits de passage du commerce par des tribus vassales qui organisent la vie quotidienne de ces cités. Ces villes se développent dans toute la bande sahélienne d'ouest en est d'Aoudaghost, fondée au Vè siècle par des Lemtouma, et Oualata en Mauritanie, Tademekkat puis Tombouctou au Mali et Tigidda au Niger Xè XIè siècle, ayant ainsi une influence jusqu'au piémont de l'AÏr. 

La victoire des arabes sur les berbères de Lybie au court du VIIIè siècle, ainsi que la poussée des Luwata et Huwara (berbère du Fezzan), poussera également les Lamta vers le Hoggar et le Tassili n'Ajjer. Avec la poussée des Sanhadja venus de l'ouest mais aussi sans doute du fait de l'épuisement des gisements de minerai et d'évolutions climatiques moins favorables, lMaranda va se faire supplanter sur les voies commerciales par les Massufa, exploitants de nouveaux gisements de cuivre et d'une voie commerciale alors peu utilsée, passant par le nord du Massif de l'Aïr plutôt que par le sud. Les Azna sont ainsi repoussés vers le sud, mais une partie va néanmoins rester dans l'Ighazer notamment autour de la petite montagne de Teliginit et de Tegidda n'Adrar. Ce sont vraisemblablement ces mêmes Azna qui exploiteront le minerai de cuivre de Tigidda au profit désormais des berbères. Plus qu'une conquête guerrière, le royaume de Maranda semble plutôt s'effacer peu à peu devant l'émergence d'une nouvelle capitale, Tigidda.

 

Maranda fit ainsi le lien entre le sud et le nord des falaises de Tiguidit, qui est une véritable frontière géoculturelle, qui se met en place entre pastoralisme et sédentarité. La plaine de l'Ighazer est ainsi le lieu de confrontation des migrations venues de l'ouest et de celles venues du nord-est, repoussant ainsi les autochtones (songhayophone et Haoussaphones) vers le sud. L'industrie du cuivre à Maranda perdurera jusque vers le XIIè siècle.