Actualité de l'Ighazer

M. Moumouni Karimoune, Chef de poste administratif d'Ingall

"Aujourd'hui les gens sont libres de leurs mouvements de jour comme de nuit"

Cela est un bon signe et il est à mettre à l'actif des ex-combattants qui ont bien voulu déposer les armes"

Pouvez-vous nous présenter le poste administratif d'Ingall ?

Le poste administratif d'Ingall est un vieux poste administratif. Il a été créé en 1956, donc peu avant les indépendances. Il couvre une superficie de 50.000 km2 pour une population estimée, en 2010, à environ 45.000 habitants.

Au niveau de ce poste administratif, on rencontre sept groupes socio-ethniques qui cohabitent sur le territoire du poste, à savoir les Touaregs, les Izawaganes, les Igdalènes, les Peuls, les Haoussas et les Kounta. Les premières catégories du groupe socio-économique sont les Touaregs. Le poste administratif compte également une commune, créée par la loi n° 2002/14 du 11 juin 2002.

Il comprend également trois groupements touaregs et deux groupements peuls; 16 villages administratifs et 52 tribus non groupées. Concernant sa situation géographique, on peut dire qu'il est situé à l'extrême ouest de la région d'Agadez. Il est limité au nord par la République sœur d'Algérie et le département de Tchirozérine ; au sud par la Commune rurale de Bermo et de Gadabédji plus le département d'Abalak.

A l'Est, le poste administratif d'Ingall est limité par la Commune d'Aderbissanat ; à l'ouest, par le département de Tchintabaraden et le poste administratif de Tassara. Enfin, à l'extrême nord-ouest, par la République du Mali. On retrouve, au niveau du poste administratif, des caractéristiques physiques très variées. Il y a quatre zones écologiques à savoir le Tadress, l'Azawak, l'Irhazer et le Tamesna. L'Irhazer est une zone très fertile et qui a fait l'objet de beaucoup d'études, aussi bien avant qu'après les indépendances. Mais les résultats de ces études n'ont pas vu le jour jusqu'à la date d'aujourd'hui. C'est une zone qui est très importante pour l'économie de la région. Et aujourd'hui, il y a un projet qui est en étude et qui a pour objectif la mise en valeur de cinq mille (5.000) hectares dans l'Irhazer. Ce projet est piloté par AREVA. Plus précisément, il s'agit de la mise en valeur de quatre mille (4.000) hectares dans l'Irhazer et mille (1.000) hectares dans le Tamesna. Sur le plan éducatif, à la rentrée 2010-2011, le secteur pédagogique d'Ingall compte 77 écoles dont 67 fonctionnelles et 10 fermées pour des raisons diverses. Des 67 écoles fonctionnelles, 14 à cantines sont soutenues par le Programme Alimentaire Mondiale (PAM). Au niveau de l'enseignement secondaire, le poste dispose d'un Collège d'Enseignement Général créé en 1988, et qui, à la date d'aujourd'hui, compte six (6) classes avec un effectif de deux cent vingt (220) élèves dont quatre-vingt douze (92) filles. La plupart des élèves sont issus des écoles nomades. Il y a là un problème sérieux qui se pose à ces élèves. D'abord, ils ont des parents qui ne vivent que de l'élevage, donc du nomadisme, et qui, en grande partie, n'ont pas les moyens nécessaires pour supporter ces élèves une fois éloignés de leurs campements. Le gouvernement doit donc accorder une attention particulière à cette question, afin de doter Ingall d'une cantine scolaire au niveau du collège pour épauler ces élèves. Du point de vue structures sanitaires, Ingall a un centre de santé de type 2, neuf cases de santé fonctionnelles et un certain nombre de cases qui ont été construites dans le cadre du Programme spécial, mais qui ne sont toujours pas fonctionnelles. Avec un petit effort, je pense que ces cases de santé peuvent être équipées et viabilisées.

Je voudrais aussi parler un peu de la campagne d'hivernage, même si elle n'est pas encore terminée. Les inquiétudes sont persistantes à ce niveau, car nous avons un déficit énorme du point de vue pluviométrique. Si on fait une comparaison, l'année dernière, jusqu'à la fin août, on a enregistré 267 mm de pluie, contre 182 mm cette année. De mon point de vue, ce déficit-là est énorme. Et cela, sans compter la mauvaise répartition de cette pluie dans le temps et dans l'espace. Néanmoins, nous avons quelques poches satisfaisantes, mais compte tenu du nombre important des animaux dans la zone, il y a vraiment de grosses inquiétudes quant à la satisfaction de tous. Même s'il est mal indiqué, à l'heure actuelle, de faire un bilan, au vu de ce que nous avons vécu, il est souhaitable que des dispositions soient prises à temps pour nous épargner des affres de l'année dernière. Mais toujours est-il que du point de vue élevage, le cheptel se porte très bien, en dehors de quelques cas d'ennemis de pâturage.

Sur quoi repose l'économie du Poste administratif d'Ingall ?

L'économie du Poste administratif d'Ingall repose essentiellement sur l'élevage. C'est le secteur le plus important. Et dans cette zone, si la pluviométrie n'est pas bonne et que le système herbacé n'a pas connu de croissance, tout le cheptel se trouve en danger. Et c'est la survie même des éleveurs qui est en danger. Donc, l'économie de cette zone repose essentiellement sur l'élevage. Ces derniers temps, il y a quelques prospections minières qui sont entrain d'être faites dans la zone et qui suscitent beaucoup d'engouement de la part des nomades et de la jeunesse.

Est-ce que vous avez pu évaluer l'apport de la cure salée dans l'économie d'Ingall ?

Nous n'avons pas fait une évaluation exhaustive, mais une telle manifestation suscite l'engouement des opérateurs économiques qui sont entrain de se manifester. Je pense que chacun trouve son compte pendant la cure salée. Que ce soient les restaurateurs, les commerçants ou les transporteurs, chacun trouve son compte pendant ces trois ou quatre jours que durent les manifestations de la cure salée.

Vous avez tantôt parlé de la diversité de la composante de la population d'Ingall. Comment cohabitent ces populations ?

La cohabitation entre les différentes ethnies est bonne. En tout cas, depuis que je suis là, je n'ai pas enregistré un incident majeur. Je peux donc me réjouir de cette situation et sans risque de me tromper, je dirai que la cohabitation est bonne.

Est-ce qu'il y a un problème d'insécurité à Ingall ?

A l'heure où je vous parle, le problème de l'insécurité est un vieux problème. En tout cas, à ce que je sache, tous les ex-combattants ont décidé, de leur propre volonté, de déposer les armes. Et ils se sont manifestés par rapport à l'appel que le Gouverneur leur a adressé. Cela a abouti à un dépôt massif des armes. Et depuis ce temps, dans toute la région d'Agadez et particulièrement au Poste administratif d'Ingall, on n'a enregistré aucun incident malheureux. Pour tout corroborer, le 3 août dernier, le Gouverneur a pris la ferme décision d'organiser, après la cure salée, une fête à Iférouane; et juste après cette fête, il prévoit de visiter, en compagnie de tous les cadres régionaux, toutes les poches de l'Aïr. Cela est un bon signe de retour de la paix. Le Gouverneur compte d'ailleurs engager d'autres actions pouvant montrer à la face du monde que l'insécurité n'est plus qu'un mauvais souvenir. Et c'est ce qui l'a amené, dans ses actions, à lever l'escorte. Aujourd'hui, les gens sont libres de leurs mouvements, de jour comme de nuit. Cela est un bon signe et il est à mettre à l'actif des ex-combattants qui ont bien voulu déposer les armes.

Le sahel dimanche par OUMAROU MOUSSA,