Actualité de l'Ighazer

Enlèvements au Niger : 4 questions à Maurice Freund


mauricefreundMaurice Freund, Président de la coopérative Point Afrique, est en ce moment au Niger et rencontre les plus hautes autorités, les populations locales et touarègues pour mieux rendre compte et expliquer les enjeux touristiques et économiques sur les zones du Sahel et du Sahara.

L'Internaute Magazine : est-ce que les événements qui ont eu lieu au Niger (l'enlèvement des salariés d'Areva) a des conséquences pour les voyageurs ?

Maurice Freund : la saison touristique au Niger n'a pas encore démarré donc les voyageurs sont encore très peu nombreux sur place. Le peu de touristes qui était dans la zone saharienne vers Agadez ont déjà regagné le sud du Pays vers Niamey et le Parc du W.

L'ensemble du Niger est-il dangereux ou y a-t-il des zones à risque particulières ?

La zone Nord Niger est plus dangereuse et est tout à fait déconseillée par le MAE (Ministère des affaires étrangères) car plus difficile à sécuriser vu l'immensité de cette région dunaire. Par contre, le sud Niger, notamment la région du Parc du W., nous semble sans risque.

Que recommandez-vous aux voyageurs sur le point de partir ou de réserver ? Point Afrique maintient-il ses prochains départs ?

Point Afrique annule ses vols prévus vers Agadez à partir de décembre. Par contre, nous maintenons une activité touristique dans le sud Niger avec nos circuits.

Est-ce important de maintenir une activité touristique au Niger ? Quels sont les apports positifs du tourisme sur cette destination ?

Bien sûr, il est primordial d'essayer jusqu'au bout de maintenir une activité touristique au Niger comme sur toutes les destinations enclavées qui n'ont que le tourisme comme seules ressources économiques.

La vocation de Point Afrique est de prendre des risques économiques en créant des liaisons aériennes et de permettre à ces populations, par l'organisation de circuits, d'avoir un revenu et de pouvoir répondre à leurs priorités (éducation, enfants...). Cela va surtout leur permettre de rester vivre sur leurs terres natales et d'éviter de rejoindre les bidonvilles des capitales, ou encore d'être inscrits sur les routes de l'immigration clandestine.

Un tourisme qui est imaginé à partir de la rencontre ne peut entraîner une notion unique et unilatérale d'un rapport client / consommateur mais une quête permanente d'un échange économique reposant sur la dignité.

Le phénomène du terrorisme "religieux" trouve ses racines dans la pauvreté et l'absence d'identité qui en résulte. Un développement de haine contre l'Occident se développe ainsi, et permet d'instrumentaliser une certaine lecture de la religion. L'existence du fanatisme islamiste est une réalité que l'on peut encore combattre à condition de prendre en compte les populations locales.  Si ces dernières basculent et sympathisent avec des "manipulateurs" d'une jeunesse désœuvrée, il ne sera plus possible de visiter ces régions.

Nous sommes aujourd'hui sur une ligne de crête et notre conviction est que si l'activité touristique engendrée ces dernières années par le tourisme vient à disparaître, nous ne remettrons plus les pieds dans ces régions et l'acharnement militaire qui peut être déployé ne résoudra en rien une évolution inéluctable, une poussée islamiste haineuse et anti-occidentale.

Pour nous, la situation n'est pas irréversible au stade actuel des choses, mais l'inquiétude provient du désespoir que notre abandon va générer.

 

Pour aller plus loin : Portraits du Niger aux confins du désert

Amandine Durand, L'Internaute Publié le 20/09/2010