Les Igdalen

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Les Igdalen seraient présents dans l'Ighazer depuis la fin du VIIIè siècle ou le début du IXè siècle, et sont considérés comme les Berbères les plus anciennement installés dans l'Ighazer. Ils appartiennent aux Kel Aïr sous l'autorité directe du Sultanat d'Agadez. Ce sont des populations d'origine Berbère, dont les us et coutumes sont très proches de celles des Kel Tamasheq, mais ils gardent un parlé spécifique entre eux, à base Songhay, la Tagdalt, proche de la Tasawaq des sédentaires d'In Gall. Ce sont des gens pacifiques, pieux, qui ne portent pas les armes et se mettent le plus souvent sous la protection de tribus Imajeren ou Imrad pour les défendre.


en cours d'écriture

De l’Agdal

Dans son dictionnaire kabyle-français, Huyghe décrit le terme agdal comme le singulier de Igdalen qui signifie « endroit réservé au pâturage » (Huyghe 1901). L’agdal pastoral, puisqu’il y a différent type d’agdal, est un pâturage commun soumis à des mises en défens saisonnières. C’est une pratique de gestion communautaire reposant sur la protection de ressources spécifiques au sein d'un territoire délimité. Les mises en défens, le plus souvent saisonnières, interviennent à des moments clés du cycle biologique des plantes. Une des caractéristiques essentielles de l'agdal est l'alternance de période d'ouverture et de fermeture du territoire (Auclair 2012). Cette pratique est le plus souvent dirigée par un lignage, comme le note Auclair au Maroc où elle est particulièrement représentée et diversifiée. Mais on l’a rencontre très certainement dans tout le Maghreb et au Sahara en continuité avec le monde berbère.

Auclair fait remonter cette pratique au moins aux débuts de l’islam, puisqu’on en a des traces écrites, mais nous emmènent à penser qu’elle serait bien plus ancienne, faisant référence aux Gétules habitant le Sahara occidental obligés de se replier sur l’Atlas marocain lors de la péjoration climatique vers 2500 BE. L’émergence de cette pratique aurait alors permis une meilleure gestion des ressources naturelles en forte dégradation et raréfaction. Elle aurait disparu dans le désert du Sahara occidental et se serait perpétuée dans les alpages Marocains (ibid.).

Plusieurs auteurs rapprochent la racine berbère GDL (agdal/igdalen) des Gdala/Gedula, les berbères Gétules ante-islamiques (Salem 2006 ; Auclair, op. cit.), avec un sens toutefois un peu différent pour Salem, protecteur dans le sens de protéger des caravanes qui semblent à l’évidence le bien le plus précieux à protéger sauf pour des pasteurs nomades dont le bien essentiel est plutôt l’herbage. Hawad parle plutôt de « former écran, être à la frontière » (Walentowitz et Attayoub 2003). Dans tous les cas, ces traductions ne sont pas en contradiction mais forment bien un tout comme le rappelle Auclair en définissant l’Agdal de frontière que l’on protège. L'agdal désigne à la fois le territoire protégé des communautés, lieu de l'honneur et l'espace protégé à la frontière des territoires tribaux, lieu de la baraka des saints (Auclair, op. cit.).

Les agdals pastoraux sont des pâturages soumis à une mise en défens pastorale pendant plusieurs mois au printemps, étroitement associés à la pratique de transhumance estivale (ibid.). A l’évidence, il est assez simple de faire un parallélisme avec l’environnement des Igdalen de l’Ighazer qui participent chaque année à la cure salée, on pourrait même leur attribuer un semblant rôle de gardien, car ils ne s’éloignent guère de la plaine estivale et ce depuis près de 1500 ans, ils sont selon toutes les traditions les premiers berbères occupants l’Ighazer (Chapelle 1949 ; Hamani 1989).

Au Sahara, les clans qui s'approprient les espaces sacralisés, les agdals, portent l'emblème des Igdalen - le pluriel d'agdal - qui désigne aujourd'hui encore, chez les touaregs, les membres de la classe sacerdotale gestionnaire du sacré (Auclair, op. cit.). Les Igdalen de l’Ighazer répondent encore à cette catégorie, puisqu’ils sont les porteurs de l’islam, érudits pieux et non armés.

Ce lien qui s’esquisse ici entre les Igdalen et l’agdal, serait très intéressant à renforcer par des études plus précises sur la manière dont les Igdalen de l’Ighazer appréhendent leur territoire de parcours.


Des origines

igdalen originesLe recueil des traditions orales dans la littérature, nous présente deux villes comme origine probable des Igdalen, Fez au Maroc (Chapelle, op. cit. ; Hama 1967) et Oudden (Urvoy 1936 ; Adamou 1979) qui n’est pas située précisément. Certains la situe au Fezzan et même jusque près de la Mecque, les Igdalen seraient les descendants d’Al Hassan petit fils du prophète (ibid.). Que ce soit Fez ou la Mecque, il est recherché à travers ces origines une référence pour valider la généalogie chérifienne des Igdalen, Fez ayant était créée par le Chérif Idriss premier à la fin du VIIIè siècle, ce qui paraît somme toute assez proche de leur venue en Ighazer.

Il serait également possible de rapprocher les Igdalen des Zenaga proche du fleuve Sénégal qui se nomme aussi Igdalen et sont peut être des descendants des Gedala/Getule (Chapelle, op. cit.). Barth fait se rapprochement lorsqu’il visite Agadez (Barth 1863). On notera également qu’au sud Mauritanien, il existe une ville ancienne du nom de Ouadane qui pourrait être une possibilité pour le Oudden des traditions. Mis à part ces citations sans plus de précision, il est difficile aujourd’hui de trouver une trace de ces Igdalen au bord du fleuve Sénégal et si cela fut le cas un jour, il est fort à penser qu’ils devaient être situés plutôt sur la zone de Ouadane en Mauritanie et qu’ils peuvent être maintenant plus sûrement aux abords du fleuve Niger.

Si, faute de mieux pour le moment, l’on concatène ces éléments, les Gedala occupaient le Sahara occidental et tissaient des liens entre Maroc et fleuve Sénégal. Des Gedala, seraient issus les Igdalen détenteurs d’un savoir vivre qu’est l’agdal, éminemment important pour préserver les ressources naturelles et très certainement éviter trop de conflits d’usage. Gardiens du système de gestion des herbages pastoraux, il n’est pas étonnant de retrouver des Igdalen au Maroc et autour du fleuve Sénégal sur toute la zone de présence des Gedala.

L’origine occidentale des Igdalen se situerai entre Fez et le fleuve Sénégal ou plus sûrement la région de Ouadane et on peut supposer une relation assez étroite à une époque donnée avec la boucle du Niger car la langue des Igdalen, la tagdalt, est une langue mixte songhay/tamasheq matérialisant la fonction de contact qu’à eu cette population à un moment de son histoire avec les songhayphones. Par ailleurs, c’est bien autour de la boucle du Niger que l’on retrouve les parlés songhay septentrional commun à l’Azawagh et l’Ighazer, sans omettre la palmeraie de Tabelbala entre Maroc et Touat.

Ibn Hawqal fait des Igdalen des Zenata, il cite les Banu Igdalen dépendant du roi de Tademekkat donc plus sûrement autour des Ifoghas (Cuoq 1975). Les berbères zénètes chassés de Cyrénaïque au IIè siècle se réfugient au Sahara occidental avec des populations juives également chassées s’inféodant peut-être aux Gétules dans l’Atlas Marocain pour former les Sanhadja. On retrouvera d’ailleurs des populations juives commerçantes jusqu’au fleuve Sénégal (ibid.). Au Vè siècle, les juifs fondent des royaumes notamment dans la Vallée du Draa et s'installent aussi dans le Touat, avec les zénètes qui sont des nomades caravaniers judaïsés (Oliel 1994). Ces communautés sont très complémentaires, et même si le judaïsme des zénètes est plutôt une façade, ces berbères caravaniers participent sans doute à créer avec les juifs commerçants les premiers véritables échanges transsahariens et notamment avec la boucle du Niger, il sont peut être même ceux qui ont amenés le chameau à travers la Sahara.

Sous les poussées islamiques des VII-VIIIè siècles, les zénètes abandonnèrent le judaïsme pour un islam "libéral", le kharidjisme, ne se mettant ainsi pas sous la domination complète des arabes. Ils sont ceux dont l'islamisation a été la plus précoce et surtout l'arabisation, qui peut être un souvenir de l'origine arabe des Igdalen, ils ont notamment aidés Uqba Ibn Nafi contre les berbères Masmuda à la fin du VIIè (Hamani, op. cit.). Une partie d’entre eux pourrait être parmi les premiers berbères à migrer vers le Soudan, au début pas seulement pour le commerce mais peut être aussi pour fuir la domination arabe qui s'installe en Afrique du nord et se seraient installés vers la boucle du Niger avant que certains ne poursuivent plus à l'est vers le piémont de l'Aïr.
Ainsi à travers les vicissitudes politiques et économiques les berbères Zenata durent nouer des relations étroites avec la boucle du Niger, contact qui permis que certaines populations, ayant un savoir vivre d’intermédiaire comme les détenteurs de l’agdal, mettent en place un langage intermédiaire pour développer les relations commerciales et autres.

Entre Maroc et Sénégal on peut comprendre que les zénètes pouvaient occuper une grande partie de ces régions avant l’arrivée de l’islam qu’ils embrassèrent rapidement, ce qui leur permis aussi d’avoir très certainement des érudits en capacité de promouvoir les préceptes de Mahomet. Car il est nécessaire de poser la question de l’acquisition de l’érudition islamique des Igdalen. Fez est créée au VIIIè siècle et on a du mal à croire que l’érudition des Igdalen fut acquise en plein Sahara d’un coup de baguette magique. Une hypothèse pourrait être que les Idrissides dépêchèrent des imam pour enseigner l’islam aux nouveaux convertis Zénètes à la fin du VIIIè, afin d’être sur de leur conversion et d’en rendre compte. Mais il n’est pas impossible que la conversion des Zénètes commença dès le VIIè en terres marocaines. On peut également penser qu’une tribu d’arabe avait la charge d’islamiser les zénètes défenseur d’Uqba.

Hamani qui cite Ibn Hawqual précise que les Igdalen sont des Zenata (Yakadalin) et qu’ils sont ceux dont l'islamisation a été la plus précoce et surtout l'arabisation (ibid.), ce qui peut noter le souvenir arabe que rappelle Barth lors de sa visite à Agadez, ce sont des Arabes-Taoureg dixit les arabes, ce qui pourrait être matière à renforcer l’origine maghrébine.

Dans tous les cas, on peut convenir pour l’heure que l’aire d’origine des Igdalen est occidental et se situe assez bien autour ou dans l’aire des langues songhay septentrional, c’est à dire dans un triangle approximatif entre Fez, a région de Ouadane et la boucle du Niger, incluant donc le Touat, le mouvement vers l’Aïr pouvant être considéré comme un mouvement terminal de migration.

La chronologie dégagée ici est encore imprécise, mais permet d’avoir une vue d’ensemble somme toute assez complexe encore, mais qui pourra s’affiner par des recherches complémentaires sur l’agdal et les savoir-vivres des gétules, la précision des mouvements de zénètes à travers le Sahara et notamment entre le Touat et la boucle du Niger, ainsi donc que l’acquisition de la fonction d’Ineslemen des tribus Igdalen et de l’acquisition de leur langue mixte songhay-tamasheq.

On notera la tradition rapportée par Boubou Hama, plus pour la forme car elle rassemble les éléments voir clichés construits a posteriori que l’on retrouve dans beaucoup de traditions orales, qui donne une origine pour les Igdalen de Stamboul puis un mariage d’un Icheriffen avec des Songhay donne le mélange songhay/berbère des Igdalen d’aujourd’hui. Parallèlement la servante aussi se marie à un songhay pour donner les Iberogan (Hama, op. cit.).


Des contemporains

igdalen migrationsL’arrivée des Igdalen en Ighazer remonte selon les auteurs autour des VIIIè et IXè de notre ère, ce seraient les premiers berbères aux pieds de l’Aïr (Urvoy, op. cit. ; Chapelle, op. cit. ; Hamani, op. cit.)., avant l’an 1000 pour Nicolaisen (Nicolaisen 1982). Ces mêmes auteurs citent également aux côtés des Igdalen les Iberkoreyen qui sont également des chérifs (Urvoy, op. cit. ; Chapelle, op. cit. ; Hamani, op. cit.). Je retracerais ailleurs l’histoire de ces derniers ainsi que celles des Isheriffen du nord Niger, dont il semble actuellement encore difficile de démêler les origines mais dont les apparentements méritent une discussion.

Pour Chapelle les contemporains des Igdalen sont les Goberawa, Katsinawa et Iberkoreyan, tous d’ailleurs quittent la région à la fondation du Sultanat d'AZ vers fin du XVè (Chapelle, op. cit.). Il signale donc qu’avant le Sultanat de l’Ayar, les montagnes et leurs alentours sont occupées par des hausaphones, Igdalen et Iberkoreyen formant la population berbérophone. La seule occupation de ces berbères semblent être la recherche des pâturages (Hamani 2006). Quelques auteurs, reprenant sûrement Muhamad Bello, signalent également d’autres berbères en Aïr comme les Kel Tamgak ((Séré de Rivières 1965 ; Hama, op. cit. ; Rossi 2016).

A l’aube du deuxième millénaire, les Igdalen, bien installés en Ighazer, semblent disparaître des écrits et des traditions orales. Peu de mentions sont à noter sur leur compte, montrant l’absence de rôle politique de cette population dans l’histoire de la région, où tout du moins une absence de rôle prééminent. Pourtant, ils sont bien présents à Azelik/Takadda en compagnie des Inusufan, Imesdraghen, Lissawan, Tawantakat, Iberkoreyan (Bernus et Cressier 1992). Muhamed Bello les cite également dans les 5 tribus venues d’Awdjila, certes tardivement, ayant mis en place le Sultan d’Agadez aux côtés des Amakitan, Tamkak, Sandal et Ajdaranen (Rossi, op. cit.).

A la naissance du Sultanat de l’Ayar et plus précisément lors de la révolte des Gobirawa et Iberkoreyan au milieu du XVè siècle contre le Sultan, les Igdalen ne semble pas être du bon côté et leur place en Ighazer va se faire au prix d’un désarmement (Urvoy, op. cit.). Légende ou fait réel ? On retrouve ensuite les Igdalen lors de la scission des Ouelleminden, mais on ne sait pas trop le rôle qu’ils ont pu jouer avec l’ensemble des Icheriffen (ibid.). Un autre événement plus tardif est relaté sans guère plus de précision, vers le XVIIIè 4000 Kel Fadey viennent à Tegidda n’Adrar sur invitation des Kel Tofeyt pour repousser les Kel Tamesgidda (Bernus 1981). Cet événement montre néanmoins que les Igdalen sont désarmés et qu’ils font appel à des protecteurs, ici les Kel Fadey, pour les défendre.

Au début du XXè, les Igdalen de l'Adrar des Ifoghas qui étaient Imrad des Tarat-Mellet région de Kidal, ont eu à subir les exactions d’Hamoédi des Kounta, les survivants se sont enfuis au Denneg, région au nord de Tahoua où ils se sont réunis aux Igdalen de cette région (Cortier 1908). cette événement nous rappelle qu’il y a aussi des Igdalen au Mali dans presque toute la boucle du Niger depuis Goundam où l’on trouve des locuteurs de la Tetserret, langue des Attawari, et qu’ils ont des parentés avec les Dhaushahaq de la région de Ménaka. L’ensemble de ces éléments de parenté sont importants à mieux accrédités si l’on veut reconstruire une histoire des Igdalen. Je noterai en complément pour le moment, l’hypothèse que j’ai émise dans un autre article sur la possibilité que les Yénatiboun domestiques blancs du Sultan Izar qu’Ibn Battuta visite en 1353 peuvent être les Igdalen tenant un rôle de scribe arabe pour la royauté Inussufan (Jarry 2019). A In Gall certains Igdalen se réclament d’une parenté plus grande avec ces sanhadjiens qu’avec les Isheriffen.
On notera également le point de vue de Hamani qui suggère que les berbères de la région de la boucle du Niger présents aux pieds de l’Aïr ne sont pas que les Igdalen mais qu’il y a eu un mouvement d’ensemble avec Iberkoreyan qui sont tous des Zenata précédant les Massufa puis les Sandal dont les Iteseyen (Hamani, op. cit.).


Kel Amdit – Kel Tofey - Iberogan

igdalen implantationLes Igdalen rassemblent différentes petites communautés indépendantes les unes des autres qui adhèrent à différents groupements Touareg. Lorsque l’on parle d’Igdalen dans la littérature, c’est le plus souvent un terme générique et la situation géographique est importante pour comprendre à quelle entité il est fait référence. Les Kel Amasar sont la classe dirigeante des Igdalen (ibid.), le nom pourrait provenir de Amasara un village de l’Azawagh au sud d’In Teduq qui reste notamment dans les mémoires des traditions orales des Attawari et Anuankarawa de l’Ader. La racine berbère Amasar signifie manquer, faire défaut. En tamasehq, « amasur » signifie l’avant-bras, il n’est pas rare de voir des noms de tribus être dénommée par l’anatomie humaine montrant ainsi l’importance de la tribu ou du groupement.

Les Igdalen, au teint clair, sont des gens pacifiques et religieux, ils se disent Isheriffen et souvent ne portent pas d'armes. Cette réputation d'hommes tranquilles et de marabouts de renom précédant toutes les vagues de migration touarègue dans l'Ighazer, leur a permis de traverser ces 10 derniers siècles sans heurts majeurs. Sans doute aussi que la préservation de leur lignée, par peu de mariage en dehors de leurs tribus, leur a aussi permis de garder leur authenticité et leur neutralité. Ils sont au nombre de 3 308 en 1975 et 3 940 en 2005 et 8 320 au recensement de 2012 dans la plaine de l'Ighazer, soit un taux d’accroissement de 3,5%, qui se fait essentiellement à l'intérieur de cette tribu et participe ainsi à la préservation de leur lignée. Dans les années 80 Edmond Bernus recense environ 1300 Kel Tofeyt vers Kokari et Akenzigi et 800 Kel Amdit vers Tigerwitt et Assaouas (Bernus, op. cit.).
Dans l'Ighazer ,les Igdalen sont divisés en deux tribus, les Kel Tofey qui occupent les villages d'Akenzigui, In-Gitane, Tegidda n'Adrar, Assaouas, Tigerwit et Tirgit près d'In Gall, et les Kel Amdit qui occupent les villages plus au Sud de Marandet à Aderbissinat. Ils ne forment pas un groupement autonome et dépendent directement du poste administratif d'In Gall, aujourd'hui érigé en préfecture.

Les Igdalen étaient aussi présents dans les cités d’Azelik et d’Agadez, le quartier Amdit à Agadez portant le nom d'une de leur tribu. Ces sièges du pouvoir devaient être essentiels pour qu'ils puissent préserver leur autonomie et neutralité, et donc leur terroir, qui paraît être le même depuis leur arrivée dans la région.

Les Iberogan qui ont eux aussi un parlé spécifique à base Songhay (la Tabaroq), sont des tribus dépendantes des Igdalen, ils se situent actuellement plutôt dans la région d'Abalak et de Telemsès (ibid.) et se différencient par une couleur de peau noire. Boubou Hama citant un ministre parle de « Iderfan » c’est à dire des esclaves affranchis. Néanmoins ce statut de dépendances n'est pas clairement établi, d'autant plus qu'il y a une certaine distance entre ces communautés. La non violence des Igdalen ne doit pas non plus renforcer les liens de subsidiarité avec d'autres populations. Selon la tradition orale évoquée plus haut, ils auraient la même origine que les Igdalen mais seraient issus d'une servante qui leur conféra donc ce statut d'imghad (Hama, op. cit.). Ils seraient des intermédiaires reconnus sur le commerce du sel de Tegidda n’Tesemt (Bernus, op. cit.).

Maurice Abadie fait une première énumération des Igdalen, Kel Tofei, Kel Tagaleyet (qui font l'exode de 1902 vers le Lac Tchad), Kel Amdit, Kel Taforhas, Terbanaza et Iguermmadert (Abadie 1927). Boubou Hama énumère également les différents groupes, mais on ne sait jamais vraiment de qui il parle. Sont cités plutôt du côté de Tahoua, les Kel Tagallalet 1er groupe Ouelleminden, les Tamjirt 1er groupe, des Icheriffen 1er et 7è groupe, des Igdalen 7è groupe, qui sont peut être des Iberogan. Il cite également les Kel Tofeyt, Kel Tagaleyet, Kel Tareyeret et Kel Amdit avec 4 sous tribus pour les Kel Amdit que sont les Tarnabassa, Ikérémidal, Tatorhas et Kel Amdit proprement dit. Situé plutôt entre Damergou et Ighazer 2 tribus Kel Tagaleyet, blanc de Marandet recensé à partir de 1936 avec les Kel Amdit et les Kel Akbour affranchis par les Kel Tofeyt avant le XXè, tous vers Tanout (Hama, op. cit.). Seule la tribu des Iguermmadert n’est pas répété par Hama qui ajoute 5 autres tribus très certainement inféodées aux Ouellemiden.


La Tagdalt - La Tabarog – La tente

igdalen tagdalUne des grandes particularités des Igdalen est d’avoir un parlé qui leur est propre, la Tagdalt, un langage mixte songhay-tamasheq tout comme la Tasawaq des Isawaghen d’In Gall ou la Tetserret des Attawari d’Abalak qui sont les descendants des Iberkoreyan. Ce n’est que tout récemment que la langue Tagdalt est devenue la 11è langue nationale du Niger, reconnue le 6 décembre 2019 par l’assemblée nationale nigérienne. Cette reconnaissance tardive marque un écho de l’histoire des Igdalen, qui n’eut que peu d’influence sur la géopolitique médiévale, historique et contemporaine de cette partie du Niger, mais qui pourtant ont suent résister culturellement depuis 1500 ans.

Les langues songhay septentrional sont connues pour combiner les caractéristiques songhay et touareg-berbère. Elles sont issues d’un songhay véhiculaire simplifié (Nicolaï et Creissels 1993). Nicolaï a divisé ces langues en sous-branches nomades et sédentaires, ce que Benitez-Torres et Grant ont confirmé d'un point de vue grammatical (Benitez-Torres et Grant 2017). Les Iberogan ont la même caractéristiques mais leur parlé est différent et se nomme Tabaroq, les deux parlés composant la Tihishit.

Les Igdalen habitent des tentes en nattes comme la plupart des Touareg de l’Ighazer, Kel Ferwan, Kel Fadey. La question de l’origine des tentes en nattes n’est pas résolue, mais Salluste en particulier les attribue aux Gétules, dont on a vu que les Godala en seraient les descendants et dont les Igdalen pourraient être apparentés (Casajus 1981). Aux Xè Ibn Hawqal mentionne parmi les gens du roi d’Aoudaghost dont certains ont des tentes en branchage (Cuoq, op. cit.), rappelant la description d’Ibn Battuta au XIVè à l’est de Gao (Defrémery et Sanguinetti 1858). De même, l’ancienneté des Igdalen dans la région peut avoir un rapport avec le fait qu’on les considère comme les spécialistes de la fabrication de certains clayonnages et aussi avec le fait que, des deux types de tressage utilisés dans la sparterie l’un s’appelle « la touarègue », l’autre « celui des Igdalen » (Casajus, op. cit.). Une question se pose alors : les Kel Ferwan, Kel Ewey, Kel Gress avaient-ils à leur arrivée dans l’Aïr des tentes en nattes ou les ont-ils adoptées au contact des Igdalen et autres berbères de l’Ighazer ou inversement ? Question aujourd’hui sans réponse. Par ailleurs dans les familles les plus huppées, on dispose une natte particulière sous les nattes du lit qui se nomme « ewerwer » et qui est fabriquée par les Igdalen. C’est une sorte de clayonnage d’Afazo (Panicum turgidum), de forme rectangulaire, elle peut être ornée d’agréable manière des poils de chèvre ou du crin de cheval (ibid.).


La description d’Henrich Barth en 1850

Les Ighdalen ou Eghedel forment une race fort curieuse ; ils sont de sang mêlé berbère et Sonrhaï, et leur type est particulièrement remarquable. Dès les premiers jours de mon arrivée à Agadès, lorsque je visitai l'erarar n'stakan, ou marché aux chameaux, les Ighdalen me frappèrent par l'originalité de leur physionomie. C'étaient des hommes hauts de taille et large de carrure, aux traits grossiers fortement accentués ; ils portaient les cheveux longs, leur couvrant le dos et le visage, au grand effroi des Touareg. Quelque temps après, je reçus, la visite d'un jeune homme fort intéressant, de cette tribu. Il avait la figure ronde et pleine, les traits agréables et fort réguliers ; les yeux noirs, beaux et pleins de vivacité, le teint olivâtre, à peine plus foncé que celui d'un Italien. Sa chevelure était noire, mais ne pendait pas librement, comme chez ses compatriotes ; longue d'environ quatre pouces, elle était, au contraire, hérissée et découpée en rond autour des oreilles, comme en forme de brosse. Ce jeune homme, doué d'un caractère entreprenant, était allé plusieurs fois à Sokoto. D'après ce que j'ai pu constater, les Ighdalen sont un dernier et faible débris de l'ancienne et célèbre tribu de Ghedala, quoique le nom paraisse être assez différent, au premier aspect. Le caractère tout particulier des Senhadja, auxquels appartenaient les Ghedala, força les meilleurs écrivains arabes de les séparer de la souche commune des Masigh pour les rattacher directement à la tribu des Himyariti. Les Ighdalen habitent principalement Ingal, Teghidda et les environs. Ingal est une petite ville située à quatre journées d'Agadès, sur la route de Sokoto. Teghidda est à trois journées d'Ingal et à cinq journées O.-S.-O. d'Agadès.


Références

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