Les Abzinawa de l'Ader

Avant les migrations berbères en Ayar, le massif de l’Aïr= Abzin et ses environs était occupé par des populations noires qui furent peu à peu refoulées ou assimilées (Bernus et al. 1986). L’ensemble des traditions orales, des émigrés comme des immigrés, correspondent pour en faire des populations hausaphones. Cet article tente de retrouver une partie de ces populations de l’Ayar qui aujourd’hui occupent l’Ader entre Tahoua et Madaoua et d’en définir leurs principales caractéristiques sociales pour tenter d’en reconstituer le positionnement tant géographique que politique en Ayar.

Abzinawa désigne les anciens habitants de l’Aïr, littéralement « ceux de l’Abzin » avant l’arrivée des berbères, puisque les populations actuelles ne se désignent pas comme Abzinawa, ce sont donc les populations noires, hausaphones présentent en Aïr et dans ses environs, Ighazer notamment. Pour certains, le terme a perdu son ‘b‘ au sud du Niger pour donner le terme Azna.

hausaland adamou1978Les Azna ou Hanna, le premier terme est employé dans l'Ader, au Zanfara, au Kebbi et dans le Gobir (Mahdi 1985), le second dans les régions de Zinder et de Tessaoua, marque avec quelques mépris pour les non Azna une différence religieuse, ce sont les païens (Echard 1975). Mais comme beaucoup de terme selon celui qui l’emploi la signification peut en être différente. Ainsi, pour les historiens comme Séré de Rivières, le terme signifie le fond de population Hausa présent avant l’arrivée d’autres populations migrantes qui assimilèrent ces autochtones (Séré de Rivières 1965). Pour Nicole Echard, il semble que se soit constituée, à date ancienne, une société que l’on peut dire Azna et qui aurait été contemporaine, dans sa genèse, de certains États Hausa, en particulier le Gobir. La société Azna résulte de la juxtaposition dans l’espace de communautés villageoises autarciques autochtones qui intégra des populations hausaphones de différentes origines, dont l’Aïr (Echard, op. cit.).

Aujourd’hui, les Azna en Ader se différencient entre eux en Aznan Ramu, les Azna des grottes qui seraient autochtones et les Aznan Mahalba, les Azna chasseurs qui sont plus sûrement les immigrés qui occupent préférentiellement les pouvoirs politique et religieux. Ces groupes se sont reconnus lors de leur rencontre comme appartenant à la même culture hausaphone et païenne. Mais ce terme n’a sans doute pas été connu et reconnu des autres populations, puisque dans les traditions orales des berbères ou les écrits des arabes, il n’en ait jamais fait mention, ils sont désignés sous le vocable de « population noires », parfois hausaphones, mais ce qualificatif est assez facile à rajouter a posteriori.

Dans tous les cas, il semble assuré que l’Aïr était avant les premières arrivées berbères une zone d’influence hausaphone et ce au moins dès le premier millénaire vers les IVè et VIè siècles qui voient au nord l’effondrement des Garamantes dans le Sahara central (Kea 2004) et la naissance de Maranda au sud de l’Aïr.

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