L'Automobile en Ighazer

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Après la première guerre mondiale, les armées françaises d'Afrique développent avec des industriels des véhicules pour mieux circuler dans le désert. Se passe alors dans les années 20 une course entre ces constructeurs, Renault avec une voiture 6 roues, Citroën et sa voiture à chenille, Berliet pour les camions, etc. Ils possèdaient chacun leurs pilotes pour ouvrir un maximum de voies de ciculation en un minimum de temps. Point d'orgue de cette frénésie du désert le premier rallye partant de l'Algérie devant rejoindre Gao au Mali puis retour au point de départ en 1935.

L'ighazer attendra la fin des années 20 pour entendre le bruit des moteurs venus du Hoggar en suivant les pistes caravanières, ne s'arrêtant pour ainsi dire pas dans les villages traversés comme In Gall ou Tegidda n'Tessoumt.


affiche sahara Delahaye1927 - La mission Rottier Zinder-Agadès-InGall-InGuezzam

L'initiative en revient au Gouverneur du Niger, Brévié, et elle se dirige durant les mois d'avril et de mai, du sud du pays vers le nord, dans le but de mesurer la possibilité de créer une artère centrale vers l'Algérie au départ de Zinder ou de Niamey par Agadès et Tamanrasset, ce dans l'objet de relier Alger au Lac Tchad par des voies entièrement en territoire français. Deux reconnaissances furent faites par le chef de Bataillon Rottier à bord d'une Ford Frégoli. La première au départ d'Agadez, il gagna Ingall où l'arrivée de son véhicule ne fut pas sans surprendre les habitants, dont le chef de village Chibba, qu'il quitta le 16 avril, passa la nuit à Tchimouménène avec le chef Kel Fadey Sidi et atteignit Teguidda n'Tessoumt le lendemain. Il continua jusqu'à la vallée du Timersoï mais dû rebrousser chemin par manque d'essence et revint sur Ingall le 20 avril. La seconde lui fit quitter Ingall le 16 mai et entrer le même jour à Tegidda. Le lendemain il changeait d'itinéraire par rapport à sa première tentative en évitant le puits de Takten Kouten et en traçant sur In Abangarit et il atteignit le 18 In Guezzam et réalise ainsi la première liaison automobile entre l'AOF et l'Algérie dans cette partie du Sahara. Il rentrera sur Ingall le 20 mai 1927 en moins de 24h pour parcourir les 445 km de piste qui intégreront bientôt la piste Alger-Zinder.

1969motorcaravan  1969moteurcaravane  1969motorcaravane


1929 - Expédition du prince Sixte de Bourbon

Départ d'Alger le 26 janvier 1929, avec une automobile Delahaye et des pneumatiques Dunlop, pour ouvrir la piste Alger - Lac Tchad en ligne droite via Agadez. Ce raid remarquablement préparé doit son succès à plusieurs facteurs. Le premier est l’utilisation pour la première fois de pneus « ballons » très importants en diamètre et en section sur une voiture. Il ne fut changé que deux chambres à air sur un parcours de 4 000 km. Le second facteur de succès est la légèreté de la carrosserie du véhicule réalisée en aluminium pour abaisser le poids. Ensuite, la puissance du moteur évita échauffement et consommation exagérée du carburant tandis qu’une boite de vitesses à démultiplicateur permit les franchissements les plus difficiles.


1930 - Roederer remonte par l'Ighazer

Après avoir fait un safari dévastateur ou seul le trophée compte, Roederer remonte du Tchad à la Tunisie par l'Ighazer, précisant ainsi les carnets de routes de Sixte de Bourbon.


1931 - Guide pratique du tourisme au Sahara

Rédigé par Meynier et Nadal, ce fut le premier ouvrage sur les circulations au Sahara.


1932 - Nouvelle mission du Prince sixte de Bourbon

Remonte du Lac Tchad par Agadez et l'Ighazer au mois d'avril de cette année, après être descendu d'Alger par l'Ajjer et le Tibesti.


1933 - Création de la SATT

En 1933, Georges Estienne décide de créer la Société Algérienne des Transports Tropicaux (SATT) et exploite la ligne du Hoggar par Tamanrasset, prolongée vers Zinder et Kano, qui atteint 6 000 kilomètres. C'est la ligne automobile la plus longue du monde. La SATT effectue aussi des transports par avion à la demande à travers le Sahara. À partir de 1946, la SATT devient la Société Africaine des Transports Tropicaux.

Le 13 décembre 1933, la SATT réalise le premier service transsaharien Tamanrasset-Zinder par Agadez et l'Ighazer. Ces routes ont fonctionné seulement jusqu'à 1951 quand les compagnies aériennes ont commencé à prendre l'impact sur l'économie du service du transport longue distance.


1934 - Un beau voyage par le Capitaine A. Nabal et le Général Meynier

Partis le 13 décembre 1934 de Tamanrasset, ils atteignirent Agadez le 15 décembre à bord d'un feg-feg. Ils passèrent par In Guezzam, In Abangarit, Tegidda n'Tessoumt, In Gall puis Agadez. Le lendemain ils repassèrent à In Gall pour prendre la route de Tahoua (récit).


1934 - Premier voyage touristique

En avril 1934, a lieu sans doute l'un des premiers passages par une voiture de touristes, Monsieur et Mme Lafaix (enseignants) et leur fille, rentre de Zinder à Alger par l'Ighazer.


1934-1935 - Premier guide touristique

A partir de 1935, les transports touristiques et marchandises sont organisés en services réguliers. Le code Saharien oblige les véhicules à partir avec au moins 5 jours de vivres en réserve. Produit par la société Schell, le guide du tourisme automobile et aérien au Sahara, atteste que les automobiles de tourisme sont maintenant capables de traverser le grand désert, et les compagnies pétrolières, Shell et Standart, imposent leurs stations services qui remplaceront les ravitaillements militaires.

Les voyages se succèdent sur cette piste maintenant jalonnée tous les 5 km. En décembre 1934, Daucourt et un ami traverse le Hoggar et l'Ighazer pour arriver à Agadez avec une voiture de série de 10 cv. En chemin ils rencontrent l'écrivain journaliste Jean d'Esme remontant d'Agadez. Puis ils croisent la route de 3 Enseignes de Vaisseau remontant de Madagascar, qui ont abandonné un véhicule à In Gall.


1939 - Le roi Arhamouk, aménokal du Hoggar entre à Agades en autocar le 16 mai


1949 - Chapelle où l'Aïr excamoté

Le voyageur de la Société des Transports Tropicaux qui se rend d'Alger à Zinder, peut se vanter d'avoir traversé le Hoggar, et il aura aperçu, en effet, au passage la sombre majesté de la Koudia. Il aura pu admirer, dans le site reposant de Tamanrasset, la ceinture de pics et de falaises abruptes qui rosissent au soleil couchant. Mais il n'aura pas vu l'Aïr. Il ne connaîtra que la tra versée monotone du Tamesna et des grandes plaines d'argile craquelée, où s'épandent les eaux bourbeuses sorties chaque année de la montagne. Il aura vu le désert céder peu à peu aux étendues de frêles graminées, les talhas rares et rabougris se grouper progressivement en bosquets plus épais, puis aaoner en force, en hauteur et en densité. Dans les derniers 500 kilo mètres avant Agadez, il aura aperçu des troupeaux de cha melles paissant à l'horizon et qui sont la fortune des Touareg de l'Aïr, il aura surpris de nombreuses et gracieuses gazelles, figées par le bruit du moteur, des outardes au vol lourd, et par fois quelque autruche, quelque bande d'oryx ou d'addax, an tilopes blanches aux grandes cornes. A la fin d'une lonmie et fatigante étape, il apercevra au loin le minaret de la mosquée d'Agadez, hérissé de poutres, les murs ruinés d'une ville décré pite, et le car l'arrêtera devant l'hôtel de la S. A. T. T., qui n'est autre que la maison de Kaossen, la demeure historique du re belle, du chef de la révolte de 1917. En parcourant les ruelles et le marché, il découvrira la première ville noire de son vovace, des négrillons roulant dans la poussière, des porteuses d'eau au geste éternel, le bras levé vers la jarre, et des commercants haoussas, arabes, tripolitains. Dans cette ville, qui fut sans doute, dès le Moyen Age, dès sa naissance, une cité caravanière et cos mopolite, il ne trouvera que par hasard quelques groupes de Touareg authentiques, errant en passagers impatients de repar tir vers leurs campements. Il aura l'impression d'être déjà au Soudan, d'avoir franchi le pays des nomades et il n'aura rien vu de l'Aïr, escamoté par le long détour vers l'Ouest que la montagne impose à la piste.
La suite du voyage jusqu'à Zinder, à travers la steppe épi neuse, ne lui montrera guère davantage de Touareg, si ce n'est autour des puits cimentés qui jalonnent la route et où se pres sent les troupeaux à l'abreuvage. Et pourtant, sur le millier de kilomètres qu'il a ainsi par courus en aveugle, le voyageur motorisé traverse les terrains de passage des Kel Air. Ce sont plus de 50.000 nomades qui font paître des dizaines de milliers de chamelles et de vaches. des centaines de milliers de brebis et de chèvres, sans oublier leurs innombrables petits ânes gris à croix noire, à demi-en sauvagés, mais qui se laissent cependant charger et conduire pour déplacer le campement ou fournir un appoint aux cara vanes. Pour connaître les Touareg, il faut sortir d'Agadez, kyste urbain en pays nomade, il faut quitter la piste transsaharienne, monter à chameau, et s'enfoncer vers le Nord dans les sentiers pierreux de la montagne, parcourir les grandes plaines, nues ou herbeuses au gré des saisons, qui entourent le massif à l'Ouest et au Sud, pénétrer en zigzaguant parmi les épineux de la forêt sahélienne, qui s'étend, au midi, jusqu'au Damergou, jusqu'aux premiers villages de paysans sédentaires.


Références

Chapelle 1949 – Les Touareg de l’Aïr, Cahiers Charles de Foucauld, 12, p. 66‑95.
Collectif 1935 – Guide du tourisme Automobile et aérien au Sahara, SHELL.
de Daucourt F. 1935 – Six semaines au Sahara, Les amis du Sahara, (15), p. 51‑75.
Discours 1932 – Retour à Alger de la mission du Prince Sixte de Bourbon, Les amis du Sahara, p. 23‑37.
Gautsch C. 1929 – D’Alger au Tchad en automobile. Mission de SAR le principce sixte de Bourbon, L’Armée d’Afrique, (56), p. 173‑181.
Gautsch C. 1929 – D’Alger au Tchad en automobile. Mission de SAR le principce sixte de Bourbon, L’Armée d’Afrique, (57), p. 221‑230.
Lafaix 1936 – De Zinder à Alger, L’éducation africaine, (93), p. 7‑24.
Nabal A. 1934 – Nous avons fait un beau voyage, Les amis du Sahara, (11), p. 71‑87.
Prince Sixte de Bourbon 1929 – D’Alger au Lac Tchad par le Hoggar et l’Aïr, La Géographie, (5‑6), p. 381‑404.
Prince Sixte de Bourbon 1931 – Dans le grand désert, La revue hebdomadaire, (26), p. 274‑295.
Rottier A. 1928 – Une reconnaissance automobile au Sahara soudanais, Agadez-In Guezzam, Renseignements coloniaux, supplément de l’Afrique française, (3), p. 157‑168.


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